Le chef de l'Etat libanais Michel Aoun (centre) s'entretenant avec une délégation européenne au palais présidentiel de Baabda, le 7 mars 2022. Photo Dalati et Nohra
Une délégation européenne, menée par l'ancien député européen Franck Proust, a entamé lundi une tournée officielle auprès des autorités libanaises afin d'étudier la possibilité de venir en aide au pays au vu de l'invasion russe de l'Ukraine, une offensive condamnée par le pays du Cèdre.
Crise ukrainienne
"Notre visite vise à étudier la possibilité que l'Europe puisse aider nos amis libanais au vu des défis géopolitiques actuels qui rendent la situation en Europe plus sensible, notamment au vu du conflit en Ukraine et de ses répercussions en Europe", a confié M. Proust au Premier ministre. "Il s'agit de répercussions qui ont commencé à apparaître de manière directe au niveau de la sécurité alimentaire au Liban", s'est-il inquiété. Le Liban craint en effet pour son approvisionnement notamment en blé, étant donné qu'il importe de la région de la mer Noire (Ukraine, Russie et Roumanie) plus de 60 % de ses besoins en céréales nécessaires à la fabrication du pain.
De son côté, le Premier ministre Mikati a une nouvelle fois rappelé la position officielle du Liban, qui n'a pas fait l'unanimité sur la scène locale. "Le Liban, qui a souffert d'invasions et de guerres, tient à la loi internationale et à la charte de l'ONU. Il n'accepte pas les agressions contre la souveraineté ou la sécurité de tout pays et estime que le problème entre la Russie et l'Ukraine doit être résolu à travers les négociations", a-t-il martelé.
M. Proust a également indiqué que la délégation a abordé avec le président de la République, Michel Aoun, "la situation géopolitique urgente et ce qui se passe en Europe après la crise en Ukraine qui a impacté l'économie et la sécurité alimentaire mondiales et la situation au Liban".
Législatives et négociations avec le FMI
L' ex-député européen a par ailleurs assuré, lors de sa réunion avec M. Mikati, travailler sur "trois axes et causes essentiels" dans le cadre de sa visite de 48 heures : "l'agenda politique au Liban qui comprend des échéances décisives, notamment les législatives du 15 mai, les municipales reportées d'un an ; la situation économique et les négociations en cours avec le FMI, caractérisées par certaines complications avant que le Liban ne puisse obtenir des prêts supplémentaires (...) ; et les relations entre le Liban et les pays du Golfe". "Nous sommes prêts à contribuer à la prise de décisions convenables pour aider nos amis libanais continuellement, mais il est essentiel que les partenaires politiques comprennent ce qui se passe dans leur pays", a-t-il critiqué. Il a également noté avoir abordé avec M. Aoun "la relation du Liban avec les pays du Golfe et assuré être prêt à se tenir toujours auprès du Liban et le soutenir dans divers domaines afin qu'il dépasse la crise à laquelle il fait face".
S'exprimant au sujet des élections, Michel Aoun a de son côté assuré que "les législatives et la présidentielle auront lieu" et souligné la nécessité que "des lois soient modifiées, notamment en ce qui concerne la mise en place de la décentralisation". Le président s'est à nouveau prononcé en faveur des mégacentres, bien que certains ministres soient contre cette procédure au vu des nombreuses difficultés quant à leur mise en place actuellement". "Il y aura des mégacentres", a-t-il affirmé.
Lundi, le ministre de l'Intérieur libanais Bassam Maoulaoui a affirmé son "soutien" à la création de mégacentres malgré des "obstacles" et un "délai serré", lors d'un entretien avec le Premier ministre. Ces bureaux de vote géants voulus par Michel Aoun et son camp sont perçus par certains comme une tentative de reporter le scrutin prévu le 15 mai au Liban.
Sur le plan financier, M. Aoun a indiqué que "le Liban a besoin de crédits financiers afin qu'il puisse faire face à l'effondrement économique dans le cadre du plan de redressement financier et économique au vu de la dette publique élevée". "Nous négocions aujourd'hui avec le FMI afin d'avoir ces crédits", a-t-il ajouté, soulignant "la difficulté des conditions imposées par le FMI pour exécuter ce plan". L'élu européen avait également reconnu que le Liban "poursuit des négociations avec le FMI (...) avec des conditions difficiles imposées par l'institution, et qui impactent directement la rapidité de l'exécution de ce plan".
Interrogé au sujet de potentielles aides que pourrait fournir l'Europe alors que la communauté internationale n'a plus confiance dans le Liban, le président Aoun a par ailleurs précisé que "le système libanais est paralysé et nécessite un changement en adoptant la décentralisation (...) et en luttant contre la corruption en effectuant l'audit juricomptable pour faire face aux corrompus, notamment les plus grands". Une critique implicite au gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, visé par plusieurs enquêtes internationales.
Les milieux de la présidence de la République et du camp aouniste ont intensifié ces dernières semaines leur campagne visant à limoger M. Salamé.




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Si vous voulez aider vos amis libanais, ne parlez aux gangsters qui gouvernent le pays, mais a la societe civile directement..!
18 h 19, le 08 mars 2022