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Les trois C-États dans l’histoire du Liban

Les trois C-États dans l’histoire du Liban

Le gouvernement de la cité-État était exercé par des rois qui se succédaient par voie héréditaire. L’inscription lapidaire de Shipitbaal, IXe siècle av. J.-C., roi de Byblos, centrée sur la filiation dynastique, confirme cette tendance. Photo Michel Sayegh

Trois C-États structurent l’histoire du Liban depuis l’Antiquité jusqu’à la période contemporaine. Ce concept de gouvernance politique et social fut développé au cours de la période antique.

En effet, la Phénicie, qui était formée de cités portuaires parsemées le long de la côte est de la Méditerranée, se fractionnait à cause de sa situation géographique, comprimée entre les chaînes de montagnes du Liban, de l’Anti-Liban et de la mer, mais aussi en grande partie à cause de la volonté de ne pas vivre ensemble. Cette volonté se transformait en autonomie recherchée qui caractérisait chacune des villes phéniciennes. Ces cités s’opposaient à la formation d’une entité politique basée sur une conscience unitaire et sur une mémoire commune. Cette conséquence situationnelle et factuelle faisait prévaloir, en revanche, la naissance géopolitique des cités-États.

Cité-État

Chaque cité-État représentait une entité politique autonome dont le domaine territorial s’étendait à la ville et à la campagne environnante. L’autonomie de la cité-État était totale à tous les niveaux de la vie quotidienne. Il n’y avait aucun arrangement politique de fédération ou de confédération, ni d’alliance entre les grandes cités phéniciennes. De plus, chaque cité-État disposait d’une force militaire indépendante. Aucune action n’avantageait un commandement unique. Pour confirmer cette tendance, Hérodote mentionna le nom de trois chefs militaires : Tetramnestos de Sidon, Mattan de Tyr et Marbalos d’Arvad, et non d’un seul, lorsque la flotte des cités-États de la Phénicie se mit au service du roi perse Khachayarcha Ier, ou Xerxès Ier (518 av. J.-C.-465 av. J.-C.) lors de la bataille navale de Salamine entre les forces grecques et les forces de l’Empire perse dans le golfe de Saronique, en Grèce, en septembre 480 av. J.-C.

Mais cette autonomie était conditionnée par les puissances limitrophes et par les empires (hittite, perse, égyptien…). En réalité, l’existence politique et sociale de ces

cités-États dépendait l’un de l’autre de ces empires suivant la position de force sur le terrain.

Sur la conception de gouvernance, le gouvernement de la cité-État était exercé par des rois qui se succédaient par voie héréditaire de père en fils. L’inscription lapidaire de Shipitbaal, (IXe siècle av. J.-C., roi de Byblos, centrée sur la filiation dynastique confirme cette tendance : « Murs construits par Shipitbaal, roi de Byblos, fils d’Elibaal, roi de Byblos, fils de Yehimilk, roi de Byblos en l’honneur de Baalat sa dame ». Ces rois, ces hommes politiques se mettaient toujours à la protection d’une divinité céleste ; ou bien à l’obligation de fidélité et à l’obéissance d’une puissance terrestre voisine ou lointaine, afin de prolonger leurs années à la commande de la cité-État. Tout simplement, ces cités-États devinrent les vassales d’un voisin puissant.

Pour cela, il n’y a jamais eu au cours de la période antique d’« État phénicien ». Les habitants de ces cités-États ne se qualifiaient jamais de « Phéniciens » mais de Sidoniens, de Tyriens se référant ainsi à la cité d’appartenance. Aucune source historique de cette période ne mentionne la Phénicie comme royaume ou État.

Même si la conquête d’Alexandre, entre 333 et 331, marqua une rupture dans l’histoire des cités-États qui sont désormais intégrées dans l’Empire grec, en adoptant profondément la vie hellénique, l’esprit recherché d’autonomie, de soumission, d’allégeance, de commerce, de richesse non justifiée et de gouvernance héréditaire vagua au-dessus des empires, des civilisations et des cultures. Il traversa les périodes historiques et se réincarna comme le symbole vivant d’une réalité historique abstraite au sein des communautés-États de différentes religions et sectes au cours de la période moderne de l’histoire du Liban.

Communauté-État

En effet, la géographie coincée du Liban accueillit des populations nouvelles : maronites, druzes, chiites, toutes persécutées au nom de l’orthodoxie. Ces communautés s’installèrent définitivement sur cette terre d’accueil. Ainsi naquit la communauté-État. Toute la période allant de 1516 jusqu’à 1920, les différentes communautés-États dansent les unes avec les autres, courent les unes après les autres, elles se détestent, elles se déchirent, elles se détruisent, elles se désirent. Mais au bout du compte elles se rendent compte qu’elles sont toujours toutes seules au monde. (Les uns contre les autres, de Michel Berger). Depuis la bataille de Aïn Dara, au début du XVIIIe siècle, chaque communauté échafaudait des plans pour éliminer existentiellement l’autre. La musique macabre des puissances étrangères accompagnait les massacres, les assassinats, les insurrections, les guerres civiles, la partition du territoire en deux districts distincts, le partage du pouvoir communautaire sur la table des intérêts de l’Empire ottoman et des plénipotentiaires. Chakib Effendi était présent ; son règlement était imposé sans rien régler. Au contraire, le but d’instaurer deux communautés-États ne servira qu’à créer deux autorités impuissantes, deux instruments de désordre entre les mains du gouverneur ottoman (lettre de Guizot à l’ambassadeur français baron de Bourqueney). Même les mouqataajis ne se trouvèrent plus dans le règlement du brillant ministre ottoman. Leurs attributions traditionnelles sont bafouées par les fonctions administratives du Conseil. Une situation de plus en plus chaotique se développa au sein de la communauté-État. L’implosion sociale et politique était inéluctable, entretenue par les puissances européennes, sous le regard attentif du maestro ottoman. La volonté de ne pas vivre ensemble s’affichait en rouge sur les murs des maisons brûlées. Au nom des droits, de la justice et de l’humanité, la France devait intervenir suite à une valse diplomatique afin de châtier les auteurs des massacres qui ont ensanglanté cette malheureuse communauté-État. Mais les vautours les avaient devancés, en plongeant leurs becs dans cette bouillie humaine cuite à la surface par le soleil et les intérêts des puissances.

Coopératif-État

Maman chérie, redessine-moi un État. Sur une carte à l’échelle du Levant, notre tendre mère traça le contour d’un pays en recollant les morceaux brisés d’un puzzle communautaire, à l’état fragmentaire. Ainsi, la nouvelle Constitution de l’État doit prendre en compte une équation à 18 inconnues. Sous l’effet de la réduction communautaire, et sur la base d’un consensus non écrit, les dés furent lancés. Les maronites s’octroyaient la tête de cette coopérative, les sunnites se chargèrent de la présidence du gouvernement et les chiites de la présidence du Parlement. La vie politique est soumise à un subtil équilibre censé garantir à chaque communauté religieuse sa part au pouvoir.

Ainsi, au cours de la période contemporaine, depuis sa création en 1920 et après l’indépendance en 1943, le Liban se dirige vers un coopératif-État où les dirigeants politiques sont devenus des oligopolistiques indispensables et irremplaçables dans le cadre de leurs communautés respectives. Le résultat politique de cet arrangement en 1943 pour l’indépendance et 1990 pour arrêter la guerre civile est tel que les dirigeants politiques confessionnels sont devenus plus féroces, plus sanguinaires et cannibales pour s’emparer des postes et des sièges, en échangeant des alliances sous le patronage des saints et des allégeances eschatologiques universelles dans les efforts pour maximiser leur proportion d’influence.

Quelle solution pour sortir de ces trois C-États : cité-État, communauté-État et coopératif-État ? La solution à ce problème passe avant tout par la volonté de vivre ensemble. D’appartenir à une entité unique. D’éliminer l’équation réductrice en trois communautés, en prenant en compte la représentativité des 18 communautés, avec le droit d’exister sur la scène politique. De partager une mémoire commune, notamment dans le cadre de l’histoire nationale.


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Trois C-États structurent l’histoire du Liban depuis l’Antiquité jusqu’à la période contemporaine. Ce concept de gouvernance politique et social fut développé au cours de la période antique. En effet, la Phénicie, qui était formée de cités portuaires parsemées le long de la côte est de la Méditerranée, se fractionnait à cause de sa situation géographique, comprimée entre les chaînes de montagnes du Liban, de l’Anti-Liban et de la mer, mais aussi en grande partie à cause de la volonté de ne pas vivre ensemble. Cette volonté se transformait en autonomie recherchée qui caractérisait chacune des villes phéniciennes. Ces cités s’opposaient à la formation d’une entité politique basée sur une conscience unitaire et sur une mémoire commune. Cette conséquence situationnelle et factuelle faisait...
commentaires (1)

on comprend mieux l'horreur qu'ont les maronites libanais de s'unir ! eux qui crient a qui veut bien les ecouter que leurs ancetres sont les Phoeniciens !

Gaby SIOUFI

16 h 00, le 25 février 2022

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Commentaires (1)

  • on comprend mieux l'horreur qu'ont les maronites libanais de s'unir ! eux qui crient a qui veut bien les ecouter que leurs ancetres sont les Phoeniciens !

    Gaby SIOUFI

    16 h 00, le 25 février 2022

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