M. le Premier Ministre,
J’espère que cette énième réunion du Conseil des ministres consacrée à l’étude de l’avant-projet de budget se soit bien déroulée. Je ne vais pas m’attarder sur les différents points de cet avant-projet de budget 2022 ou sur les petites querelles internes qui font que les discussions avancent à un rythme tellement lent qu’on a l’impression que vous reculez.
Je vais juste m’arrêter sur un seul chiffre : 1 200. En effet, j’ai été surpris d’apprendre que le projet de budget discuté par le Conseil des ministres depuis maintenant plusieurs séances fait 1 200 pages !
Sans forcément être un expert en politique, le document m’a paru bien dense et mon inquiétude est montée d’un cran quand j’ai réalisé que nous sommes déjà en février 2022 et que le fameux budget 2022 qui fait 1 200 pages n’est toujours pas approuvé.
Est-ce que le budget a une infime chance d’être approuvé avant la fin de l’année ? Malheureusement, rien n’est moins sûr.
Afin de me rassurer, j’ai consulté le budget d’autres pays dans le monde pour me faire une idée : le projet de budget de la France fait 203 pages (les Français sont des latins et ont tendance à être un peu trop lyriques, même quand ils parlent de finance), le budget fédéral des États-Unis fait 74 pages (première puissance mondiale tout de même), alors que celui de l’Allemagne en fait 44 (l’efficacité allemande nous impressionnera toujours).
Du coup, je me suis interrogé, comparé aux budgets en milliards d’euros et de dollars (fresh bien sûr), qu’est-ce qui fait que le budget du Liban fait 1 200 pages ?
Je comprends que ce projet de loi soit important et que vous lui consacrez plusieurs séances en Conseil des ministres, mais malheureusement, dans le Liban actuel, nous ne pouvons pas nous accorder ce luxe.
La maison brûle, M. le Premier Ministre. Nous ne sommes plus au stade où nous discutons de la couleur de la peinture des murs. La maison brûle, les murs sont noirs, nous devons maintenant avancer et rebâtir, nous n’avons plus le choix.
Tout retard serait un renoncement, et chaque jour sans avancée notable est un coup de poignard dans le dos. Vous avez vous-même dit que ces Conseils des ministres sont pour traiter des sujets urgents. Je suis tout à fait d’accord avec vous, il y a urgence !
Les familles et les proches de la double explosion au port de Beyrouth attendent toujours des réponses. Les épargnants attendent toujours de savoir ce que devient l’épargne de toute une vie bloquée dans les banques du pays. Les citoyens subissent de plein fouet l’inflation galopante et se sentent complètement démunis, eux aussi demandent des comptes. Et j’en passe, la liste est longue… et le temps nous est compté.
Pour finir, je citerai Jean-Paul Sartre : « L’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie. »
Bien à vous.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef