Le chef du CPL, Gebran Bassil. Photo d’archives AFP
Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a commenté mercredi les poursuites engagées par la juge Ghada Aoun, procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, proche du président de la République, contre le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, bête noire de Baabda et ses satellites. « Nous n’avons pas confiance en Riad Salamé », a déclaré le leader du CPL dans une interview accordée à la Voix de tout le Liban, appelant à la démission ou au limogeage du patron de la banque centrale. « Les entorses que M. Salamé a commises à la loi de la monnaie et du crédit, ainsi que les poursuites engagées contre lui au Liban et à l’étranger, suffisent pour le limoger », a encore dit le leader maronite.
Les milieux de la présidence de la République et du camp aouniste ont intensifié ces dernières semaines leur campagne visant à limoger le gouverneur de la BDL. Un objectif poursuivi par le chef de l’État depuis plusieurs années. Dans ce contexte, les détracteurs du camp présidentiel l’accusent de vouloir se « débarrasser » de M. Salamé afin de le remplacer par un gouverneur qui graviterait dans son orbite. Gebran Bassil a balayé ces accusations. « Nous ne voulons pas remplacer Salamé par un des nôtres, ce n’est pas l’objectif du CPL ni celui du président », a assuré M. Bassil. Pour lui, « l’affaire Salamé est la plus grande preuve que nous n’avons jamais fait partie du système en place ». Expliquant sa position, le député de Batroun a rappelé que son parti n’a jamais obtenu la majorité au sein des gouvernements pour décider seul de démettre de ses fonctions le gouverneur de la banque centrale. « Une telle décision exige l’approbation des deux tiers du Conseil des ministres, du ministre des Finances et du chef du gouvernement. Ces trois conditions n’ont jamais été réunies », a-t-il souligné.
L’affaire Salamé a ravivé la querelle entre le CPL et le courant du Futur, avec qui les rapports sont complètement rompus depuis l’échec du chef de cette formation, Saad Hariri, à former un gouvernement en 2021. Le parti bleu a publié mardi un communiqué dans lequel il s’en est pris au mandat Aoun, l’accusant de vouloir se débarrasser de M. Salamé pour des raisons politiques. Cette diatribe, le groupe parlementaire aouniste s’était abstenu de la commenter dans son communiqué publié mercredi dernier, à l’issue de sa réunion hebdomadaire. C’est Gebran Bassil qui s’en est chargé dans son interview. « La position du Futur concernant la protection du gouverneur de la BDL est connue », a estimé M. Bassil, jugeant « honteux » ce qui s’est passé ces derniers jours. « L’État a été mis contre l’État », a-t-il déploré, en référence à la confrontation qui a eu lieu mardi entre les agents des Forces de sécurité intérieure, chargés de la sécurité du domicile de M. Salamé à Rabié, et ceux de la Sécurité de l’État, qui devaient exécuter le mandat d’arrêt émis contre le gouverneur par la juge Ghada Aoun, à l’affiliation aouniste notoire. Le lendemain, la magistrate a déposé une plainte contre le directeur des FSI, Imad Osman, proche des milieux sunnites, qui devrait être entendu la semaine prochaine par le premier juge d’instruction de Beyrouth Nicolas Mansour. La démarche de Mme Aoun a provoqué une nouvelle réaction du courant du Futur qui a dénoncé une « hérésie » et affirmé qu’attaquer « la direction des FSI de cette manière grossière est inacceptable ».
Évoquant par ailleurs la question de l’audit juricomptable de la BDL, dont le mandat Aoun fait son cheval de bataille, Gebran Bassil a déploré le fait que « certains protagonistes sont favorables à cette démarche visant à sanctionner les corrompus, alors que d’autres n’en veulent pas ». Michel Aoun a tenu hier des propos allant dans le même sens. « L’audit est l’une des formes de la lutte contre la corruption, d’où les tentatives de l’avorter et d’empêcher l’arrivée aux résultats escomptés, à savoir identifier les raisons de la situation actuelle, et sanctionner ceux qui en sont responsables », a déclaré M. Aoun devant une délégation de la Commission de lutte contre la corruption qu’il a reçue à Baabda. « Mon attachement à l’audit juricomptable n’a pas de motifs personnels. Mais les Libanais ont le droit de savoir où est leur argent », a affirmé le président, soulignant que « tout ce qui est dit autre que cela émane de partis qui ont profité d’une mauvaise gestion de l’État et de ses institutions, dont la BDL ». Une flèche clairement décochée en direction du courant du Futur. « Il n’est pas étrange que ces partis mènent des campagnes contre le président, en usant de tous les moyens, notamment les médias, pour induire en erreur l’opinion publique », a estimé M. Aoun.
Candidat à Batroun
Pour en revenir à Gebran Bassil, il s’est attardé dans son interview sur les élections législatives prévues en mai prochain. Il a dans ce cadre affirmé qu’il ne se portera candidat qu’à Batroun (le caza dont il est originaire et qui fait partie de la circonscription du Liban-Nord III, incluant aussi Zghorta, Bécharré et Koura) et qu’il briguera un des deux sièges maronites du caza.
Notons que le groupe parlementaire de M. Bassil s’était joint à Michel Aoun dans son appel à la mise en place de mégacentres, c’est-à-dire des bureaux de vote géants qui permettraient aux Libanais de voter en leur lieu de résidence au lieu de se rendre dans leur circonscription d’origine. Une demande que le chef de l’État a formulée en Conseil des ministres, mardi dernier, suscitant les craintes quant à un probable report du scrutin, sous prétexte de vouloir établir ces centres de vote. « Ce n’est pas la première fois que nous évoquons cette question depuis 2017. Mais personne n’a réagi parce que leurs priorités étaient ailleurs », commente pour L’Orient-Le Jour Alain Aoun, député CPL de Baabda. « Nous n’avons pas le temps d’assurer les équipements logistiques requis pour cette procédure. Mais nous avons proposé une solution qui n’exige aucun investissement, le vote dans de grandes salles dans les grandes villes (comme le BIEL à Beyrouth). Mais certains protagonistes ne sont pas très enthousiastes à cette idée », déplore-t-il.




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en tous cas , si la theorie qui veut que riad salame soit defendu par kellon car il a des dossiers "contre eux" est vraie, elle n'est certainement pas souhaitable pour eux. car ainsi il faudra avouer que, poursuivi aussi assidument par aoun, le cpl & hezb prouve une chose : eux ne craignent pas les dossiers de salame contre eux..... " je le dis a mon corps defendant mais que voulez vous, c'est logique pas vrai ?
10 h 40, le 19 février 2022