Rechercher
Rechercher

Politique - Analyse

Pour le Hezbollah, la vie sans Hariri

Entre le parti chiite et ses adversaires, il n’y a désormais plus qu’un immense vide que chaque camp tente de combler.

Pour le Hezbollah, la vie sans Hariri

Saad Hariri et Hassan Nasrallah, photographiés en mars 2006. Hassan Ibrahim/ Archives AFP

D’un côté, il y a le Hezbollah, ses armes, ses partisans, ses projets locaux et transnationaux. De l’autre, il y a tous ceux, de plus en plus nombreux, qui s’opposent à la formation iranienne, au Liban et en dehors du pays. Mais entre les deux, subsistait ces dernières années un ventre mou, un acteur hybride qui n’était plus ni un ami ni un ennemi, mais qui occupait suffisamment d’espace pour diluer la confrontation entre les deux premiers. Cet acteur, c’était le courant du Futur de Saad Hariri. Le leader sunnite n’a jamais été l’allié du Hezbollah. Toute la première partie de sa vie politique a même été marquée par la confrontation avec le parti chiite et ses alliés, de la guerre de juillet 2006 aux événements du 7 mai 2008 (le Hezbollah et ses alliés ont pris plusieurs quartiers de la capitale), du combat pour la mise en place du Tribunal spécial international (TSL) après l’assassinat de Rafic Hariri jusqu’à la chute de son gouvernement après la démission des ministres du 8 Mars en janvier 2011. Mais à partir de 2014, et encore plus après le compromis présidentiel de 2016, Saad Hariri a fait le choix du modus vivendi avec le Hezbollah, devenant un partenaire accommodant et même particulièrement utile à un double niveau. D’une part, le chef du courant du Futur a fourni une couverture sunnite à la formation de Hassan Nasrallah, d’autre part, il a anesthésié tout projet de confrontation avec le Hezbollah.

Lire aussi

Les dessous de la visite du chef de la diplomatie koweïtienne au Liban

Sans Saad Hariri, sans le leader des sunnites et de l’un des plus grands blocs parlementaires, impossible de mener la bataille contre le parti chiite. Mais l’équation n’est plus la même depuis le 24 janvier dernier, quand le chef du parti bleu a annoncé son retrait de la vie politique. Entre le Hezbollah et ses adversaires, il n’y a désormais plus rien d’autre qu’un immense vide que chacun des deux va tenter de combler. Pour le Hezbollah, c’est un défi de taille, d’autant plus qu’il considère que les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, sont derrière cette décision qui annonce le début d’une nouvelle phase de confrontation. « Ils (les pétromonarchies du Golfe, NDLR) veulent raviver la grande division sunnite-chiite survenue après l’assassinat de Rafic Hariri », dit à L’Orient-Le Jour un haut responsable du parti ayant requis l’anonymat.

Lire aussi

Que veut l’Arabie saoudite du Liban ?

Contrairement à l’ambiance qui prévalait lors des législatives de 2018, la « question Hezbollah » devrait être l’une des plus clivantes lors de l’échéance prévue pour le 15 mai prochain. Le risque, pour le parti chiite, c’est que la prochaine Chambre soit principalement composée de deux blocs, l’un qui lui serait favorable, qui pourrait se rétrécir, et l’autre qui lui serait au contraire hostile, avec les Forces libanaises (FL) soutenues par l’Arabie saoudite en chefs de file. La scène politique serait alors marquée par un bras de fer constant entre ces deux forces, ce qui réduirait la capacité du Hezbollah à manœuvrer et à contrôler, via ses alliances, les principaux pôles du pouvoir, en particulier la présidence du Conseil. Le Hezbollah avait fait de Saad Hariri son candidat idoine pour le poste au cours de ces dernières années, puisqu’il avait le double avantage de représenter les sunnites sans s’opposer à ses choix stratégiques. Comment le parti de Dieu réagira-t-il si le prochain homme fort côté sunnite adopte une position beaucoup plus radicale à son égard ?

Fragmentation et infiltration

La rue sunnite semble aujourd’hui très marquée par son opposition au parti chiite. Mais en l’absence du courant du Futur, va-t-elle se mobiliser, et derrière quel leader ? C’est parce que ces questions demeurent aujourd’hui sans réponses qu’au sein du Hezbollah, on estime que le retrait de Hariri peut aussi être une opportunité, celle de réaliser des percées dans les régions sunnites. Il mise pour cela sur la fragmentation de cet électorat et sur son infiltration. À la suite de l’explosion d’une citerne d’essence dans le Akkar en août 2021, le Hezbollah s’était empressé d’apporter de l’aide à cette région particulièrement défavorisée. Dans la même logique, il a fait en sorte de distribuer son « fuel iranien » dans plusieurs zones sunnites. À moins d’une forte abstention de cette communauté, qui permettrait aux voix chiites de peser lourdement dans la balance dans certaines circonscriptions mixtes à l’instar de Beyrouth II, les chances de percées semblent toutefois limitées. D’autant que les « sunnites du 8 Mars » (en référence aux députés sunnites proches du Hezbollah) pourraient essayer cette fois-ci de se distancier du parti. L’alliance entre eux était régie par leur hostilité à la famille Hariri. Mais en son absence, ils pourraient considérer qu’ils ont une nouvelle carte à jouer et, en ce sens, avoir le Hezbollah à leurs côtés pourrait être un handicap.

Lire aussi

Au Akkar, le Hezbollah va-t-il profiter de l’absence de Hariri ?

Il existe, enfin, un dernier scénario si les élections sont repoussées ou annulées. Cela pourrait permettre au parti de Dieu de préserver le statu quo au sein de l’Assemblée. Mais cela signifierait, dans le même temps, que la bataille se jouerait essentiellement en dehors de celle-ci.

D’un côté, il y a le Hezbollah, ses armes, ses partisans, ses projets locaux et transnationaux. De l’autre, il y a tous ceux, de plus en plus nombreux, qui s’opposent à la formation iranienne, au Liban et en dehors du pays. Mais entre les deux, subsistait ces dernières années un ventre mou, un acteur hybride qui n’était plus ni un ami ni un ennemi, mais qui occupait suffisamment...
commentaires (1)

Et les chrétiens d ‘achrafieh où sont ils ?

Eleni Caridopoulou

18 h 28, le 08 février 2022

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Et les chrétiens d ‘achrafieh où sont ils ?

    Eleni Caridopoulou

    18 h 28, le 08 février 2022

Retour en haut