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Société - Parution

Un livre qui donne de la voix aux oubliés de la société libanaise

Réfugiés, employées de maison, enfants des rues... c’est à tous ceux-là que rend hommage « Le Liban, 18 communautés et bien davantage... ». Les auteurs de cet ouvrage collectif font tomber toutes les cloisons communautaires et sociales à travers l’écriture.

Un livre qui donne de la voix aux oubliés de la société libanaise

Un réfugié syrien rassemblant ses effets personnels après le démantèlement de son abri à Ersal, en juin 2019. Photo AFP/Joseph Eid

Lire Le Liban 18 communautés et bien davantage… (édition Victor Le Brun – Hachette – Antoine), c’est embarquer dans une aventure dans les parts d’ombre de notre quotidien. Parcourir ses pages, c’est voir, entendre et sentir pour la première fois des personnes que l’on a tendance à réduire à des stéréotypes ou aux tâches qu’elles accomplissent, comme si elles vivaient dans un monde parallèle, un monde à elles qui n’est pas le nôtre. Cet ouvrage collectif réunit les plumes de divers auteurs libanais comme Ramy Zein, Charif Majdalani, Antoine Boulad, Salma Kojok.

Contrairement à ce que suggère le titre, ce livre ne traite pas des méandres du confessionnalisme politique, mais se concentre sur toutes ces vies qui habitent la périphérie de notre quotidien. C’est donc dans le mot « davantage » qu’on trouve l’essence de l’ouvrage. Ses auteurs relèguent au second plan nos préoccupations quotidiennes habituelles, très influencées par le cloisonnement de la société libanaise, basée sur l’appartenance communautaire, le sexe, la nationalité, la couleur de la peau et le statut social, et qui détourne bien trop souvent notre attention « des problèmes auxquels font face les » vraies « communautés vives du pays », souligne l’écrivaine Randa Aractingi dans l’avant-propos du livre.

De l’histoire d’un réfugié palestinien, à celle des enfants cireurs de chaussures et des petits glaneurs dans les poubelles des quartiers aisés de Beyrouth, des mendiants, des personnes âgées qui perdent leur autonomie et parfois leur mémoire devenant peu à peu des fardeaux pour leur entourage, des femmes confinées dans leur rôle de procréation ou des employées de maisons étrangères réduites à un quasi-esclavage derrière les portes de nos foyers libanais… ce livre nous offre une image nouvelle de notre société et va même jusqu’à renverser audacieusement les rôles. Exemple : l’histoire de la vie pénible d’une jeune fille libanaise devenue domestique en Éthiopie, racontée par l’auteur Antoine Boulad. « Le système confessionnel tire à sa fin, ce sont toutes ces petites gens qui sont le vrai Liban », déclare-t-il à L’Orient-Le Jour.

Les travailleurs migrants, parmi les personnes qu’on réduit à des stéréotypes, et qui sont mis en avant dans cet ouvrage. Photo AFP/Anwar Amro

Semer les graines du changement

Le livre a été lancé il y a quelques semaines mais ces textes ont tous été rédigés avant le déclenchement du soulèvement du 17 octobre 2019, qui a permis jusqu’à un certain point à la société libanaise d’abattre les cloisons de l’appartenance communautaire et régionale et qui a mis au centre de la rue libanaise tous ces marginaux rejetés par le système. Momentanément. Selon l’auteur de la préface, Élias Khoury, les auteurs « témoignent pour l’histoire d’une prise de conscience qui sème les graines du changement et qui précède la transformation en actions sociales et historiques ».

« Les personnes qui ont écrit ce livre ne se reconnaissent pas dans leur communauté, mais dans leur citoyenneté », affirme l’écrivain et critique littéraire Ramy Zein, dont le texte titré « Les enfants sans visage » parle des petits glaneurs dans les poubelles, des jeunes cireurs de chaussures et d’un enfant handicapé que les parents ont caché de honte.

« Cela fait plus de trente ans que je suis scandalisé de voir ces enfants essayant de survivre dans la rue, puisqu’en tant qu’adulte libanais, je me sens responsable de ces petits qui ne sont pas à leur place et qui devraient être à l’école, témoigne-t-il à L’OLJ. Cela me fait beaucoup de bien de partager mon indignation via mon texte, car j’essaye depuis plusieurs années de soulever cette question auprès des responsables et des autorités publiques, et on m’a toujours répondu “qu’ils ne sont pas libanais”. Comme si nous n’avions pas la responsabilité, en tant que Libanais, de protéger l’enfance quelle que soit sa nationalité », lâche Ramy Zein.

Un message que personne ne veut écouter

« Ces histoires sont très différentes mais elles sont toutes écrites avec la même encre puisque ces textes sont une lutte contre l’adversité et une manière de faire passer un message que personne ne voulait écouter. Ces histoires sont celles de personnages réels ou fictifs qui sont oubliés et non protégés par la loi. C’est un moyen de lutter à notre manière pour avoir un code civil qui protège les citoyens », explique à notre journal Joëlle Ayache, qui fait partie des auteurs.

Dans son texte, elle revient sur un épisode douloureux de sa vie lorsqu’elle est tombée dans le piège d’un médecin charlatan qui prétendait pouvoir l’aider à avoir des enfants. « Il n’existe pas de loi pour protéger les personnes dans mon cas de ces pratiques interdites et illicites, qui nuisent au corps des femmes. Je n’accuse pas seulement une personne mais tout un système », lâche-t-elle amèrement.

« Chacun de ces textes milite pour une cause et pour les droits bafoués apportant une prise de conscience par le biais de la littérature », nous explique Antoine Boulad.


Lire Le Liban 18 communautés et bien davantage… (édition Victor Le Brun – Hachette – Antoine), c’est embarquer dans une aventure dans les parts d’ombre de notre quotidien. Parcourir ses pages, c’est voir, entendre et sentir pour la première fois des personnes que l’on a tendance à réduire à des stéréotypes ou aux tâches qu’elles accomplissent, comme si elles vivaient...

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