Léa, jeune fille libanaise, d’une dizaine d’années, l’aînée de sa famille, avait révélé un diabète de type 1 depuis deux ans traité par insulinothérapie sous-cutané, bien suivi, bien équilibré et comme toute maladie chronique l’équilibre de son diabète reposait essentiellement sur l’éducation thérapeutique bien acquise par sa maman.
Ses parents ainsi que tous ceux des autres enfants présentant des maladies chroniques actuellement au Liban avaient des difficultés pour trouver le traitement dans les pharmacies. Et une fois trouvée, il fallait encore voir si cette insuline est toujours active et efficace, puisque les ruptures fréquentes du courant électrique pouvaient très bien endommager l’insuline et la rendre inefficace. Enfin, reste l’obstacle du prix de ces traitements qui ne cesse d’augmenter, ce qui le rend dans la limite de l’inaccessible pour les familles dont les revenus sont en livres libanaises.
Malheureusement ce n’est pas tout, puisque Léa se réveille un jour à la mauvaise nouvelle, que sa maman, après avoir subi une intervention chirurgicale minime et avait décidé de rentrer à son domicile pour continuer ses antalgiques, a fait un arrêt cardio-respiratoire suite à un surdosage. Erreur au niveau du traitement antalgique injectable ? Le drame c’est que la maman est décédée ! Pourquoi ces enfants libanais doivent subir de telles tragédies ! Cette injustice qui ne cesse de s’accentuer.
Vivre avec une maladie chronique est à lui seul un fardeau, surtout pour les enfants, y rajouter le stress lié à la rupture du traitement et en fin de compte pour économiser une ou quelques nuits d’hospitalisation, les patients doivent poursuivre leur traitement à domicile avec tous les risques encourus (liés à un personnel soignant peu ou pas formé à cette prise en charge avec très peu de moyen et de surveillance). S’ensuit parfois des décès par accident ou dus au retard de prise en charge. Et une fille comme Léa et ses frères et sœurs qui se retrouvent privés de leur maman.
Le papa, qui doit prendre le relais pour s’occuper de ses enfants et s’occuper du diabète de sa fille, n’a jamais été très bien formé pour les injections ! Mais malheureusement il doit désormais trouver un médecin spécialisé dans le diabète de l’enfant qui puisse lui apprendre sa prise en charge de cette maladie chronique, et qui soit resté au Liban !
Et qu’en est-il du médecin libanais ? Celui qui est tiraillé entre quitter ce pays pour assurer à sa propre famille un niveau de sécurité et de stabilité meilleur et vivre la culpabilité d’abandonner sa grande famille, l’ensemble de ses patients… avec le risque de leur faire perdre une chance de survie quelques fois. Et la pénurie de beaucoup de spécialistes ne cesse de s’aggraver… N’oublions pas le manque de moyens dans les hôpitaux où même dans les plus connus parfois, on ne trouve même pas une bandelette glycémique pour contrôler la glycémie après une injection d’insuline.
Pourquoi sommes-nous arrivés là ? Est-ce juste la corruption des gouvernants ? Mais qui a fait que ces gens-là sont arrivés pour gouverner ce pays ? Quel est le rôle du peuple dans tout ça ?
De nombreuses questions restent à se poser pour comprendre ce cercle vicieux dans lequel le pays tourne, mais attention quand le système de santé s’écroule, comme c’est le cas actuellement au Liban, c’est que nous ne sommes pas très loin de la fin ! Que ferait actuellement un enfant libanais qui a une maladie chronique sans traitement, sans médecin et sans éducation thérapeutique… Essayons de sauver ces enfants !
Dr Ahlam AZAR
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

