La majorité de la société européenne reste attachée à ses valeurs laïques ; fruit d’un processus social et politique qui a débuté au Moyen Âge et n’a cessé d’évoluer jusqu’à nos jours. Il a cependant persisté dans un noyau conservateur qui reste attaché à l’empire chrétien d’antan et à ses valeurs conservatrices. Elles sont entretenues et alimentées par la crise économique, sociale et de sécurité causée par le terrorisme qui sévit en Europe.
Pour bien comprendre l’Europe chrétienne et ses valeurs, il nous paraît intéressant de revenir à l’histoire de sa conversion au christianisme qui se divise en quatre étapes majeures, et nous pourrons ainsi constater que l’élément moteur qui a guidé cette conversion était le chevauchement de la politique avec le mystique ou le religieux.
– L’empereur Constantin le Grand (280-337) prend le parti de s’appuyer sur la nouvelle religion chrétienne pour consolider l’unité de l’empire.
– Le 8 novembre 392, l’empereur romain Théodose Ier proclame le christianisme religion officielle de l’Empire romain. Les chrétiens persécutent, avec la bénédiction de l’État, les hérétiques païens, loin de l’essence des paroles de l’Évangile qui prêche l’amour.
– L’invasion germanique de la partie occidentale de l’Europe : les Germains, envahisseurs chrétiens ariens et païens, se convertissent au catholicisme, qui est la religion des vaincus, pour les dominer.
– À l’époque carolingienne, le pouvoir et la religion s’allient et s’appuient l’un l’autre, et s’efforcent de créer un pouvoir fort, qui a permis au roi Charlemagne (742-814) par son alliance au pape Léon III de gouverner sur un territoire dont l’étendue est proche de l’Europe occidentale actuelle. Il a obligé par l’épée la conversion au catholicisme des païens restant dans l’empire.
L’alliance du pape avec Charlemagne est une alliance de deux pouvoirs, terrestre et céleste. Cette alliance a gouverné l’Europe jusqu’au XIXe siècle, où le pape avait un pouvoir politique à côté de son pouvoir sacré, tandis que Charlemagne et ses successeurs représentaient, en plus de leur pouvoir politique, une dimension divine qui remonte à Clovis. Le pape Boniface VIII (1235-1303) va encore plus loin. Sa bulle le 18 novembre 1302 s’exprime sur « les deux pouvoirs de l’Église, le spirituel et temporel... L’un par la main du prêtre, l’autre par celle des rois... » Le Christ avait dit qu’il faut « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Les paroles du Christ n’étaient pas respectées et les symboles du pardon et de l’amour étaient remplacés par des concepts plus ténébreux, comme l’enfer et le diable.
Le patrimoine culturel de l’Europe a été victime de cet obscurantisme. Ironiquement, ce sont les Arabes qui ont assimilé les philosophies grecques et ce sont eux qui ont pu par la traduction en arabe les conserver pour l’Europe, qui les a récupérées par un mouvement de traduction inverse au XIe siècle.
Huit croisades se sont succédé, la première a été initiée par Urbain II afin de reprendre le Saint-Sépulcre aux musulmans. Ces croisades étaient réellement des guerres expansionnistes ; elles ont mis à sac et pillé Constantinople et Jérusalem. Des ordres religieux, dont les templiers, hospitaliers et teutoniques, participaient aux croisades et combattaient au nom de Jésus qui avait dit « Mon royaume n’est pas de ce monde… »
Les juifs subissent les terreurs des Occidentaux, du XIe au XXe siècle, accusés d’être responsables de la mort du Christ, et plusieurs communautés vivaient en ghettos depuis 1274. En France, les juifs du pape vivaient sous sa surveillance, gardés comme « peuple témoin » à la crucifixion de Jésus. En 1349, la plupart des juifs sont expulsés de Suisse, beaucoup d’entre eux sont exécutés sur le bûcher. En 1492, les juifs sont expulsés d’Espagne avec les musulmans par les royaumes chrétiens.
Cette politique de discrimination a mené aux guerres de religion entre les protestants et les catholiques qui ont causé des milliers de morts et l’expulsion les protestants de la France par l’édit de Nantes sous le règne de Louis XIV. Le massacre de la Saint-Barthélemy de protestants, déclenché à Paris le 24 août 1572, a provoqué entre 10 000 et 30 000 assassinats dans la France entière.
Comme tout pouvoir totalitaire, afin de pérenniser son pouvoir, l’Église n’a pas hésité à contrôler la justice et à installer des forces oppressives. Elle a aussi créé un instrument « diabolique » : les tribunaux d’inquisition. Ces tribunaux barbares ont ainsi sévi du XIIIe jusqu’au XVIIIe siècle. Ils ont confisqué les biens et mené par la torture jusqu’à la mort ces candidats au supplice.
La colonisation pratiquée par les Européens a rendu tout un continent à l’esclavagisme et causé des millions de morts et des destructions, et était bénie par l’Église. La bulle du pape Nicolas V envoyée au roi Alphonse du Portugal, en 1454, fait foi : «… La faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les Africains païens... De réduire leurs personnes en servitude perpétuelle... » Au nom de la civilisation européenne chrétienne, des communautés et des civilisations qui datent de milliers d’années ont été anéanties. En lisant un extrait d’une lettre de Sitting Bull (chef de tribu indien d’Amérique) au président des États-Unis d’Amérique (1886), on se demande qui est le civilisé et qui est le sauvage. « (l’homme blanc) traite sa mère la Terre et son frère le ciel comme des choses à acheter, piller, vendre, comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert. (...) La Terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la Terre. »
Face à la voie de l’obscurantisme, a germé une autre voie qui a pris racine dès le Moyen Âge avec la traduction des philosophes grecs et la création des universités au XIIe siècle en traversant le siècle des Lumières et la Révolution française jusqu’à la loi de la laïcité de 1905 qui a ainsi inscrit la séparation de l’Église et de l’État dans la Constitution française. Athées, agnostiques et croyants ont été durant ces siècles à l’origine de la genèse de cette voie. Même des hommes d’Église qui ont bien assimilé les paroles de Jésus sur l’amour, l’espérance et la séparation de la religion et de la politique – « il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » –, on peut dire que la laïcité est un principe chrétien qui se trouve dans les paroles du Christ. Le traité sur l’Union européenne de 1992 fait foi. Il est fondé sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de la légalité, de l’État de droit, ainsi que du respect des droits de l’homme…. L’adoption par l’Europe de l’Hymne à la joie de Beethoven fait une différence significative avec la Marseillaise qui est un chant de guerre devenu hymne national de la France.
Architecte DPLG
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