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Politique - Éclairage

Polémique autour du travail des Palestiniens : une tempête dans un verre d’eau

La décision du ministre du Travail d’élargir la panoplie de métiers que peuvent notamment exercer les réfugiés relève de la démagogie, estiment des experts.

Polémique autour du travail des Palestiniens : une tempête dans un verre d’eau

Un garçon passe devant un graffiti représentant deux mains jointes, toutes deux peintes aux couleurs du drapeau national libanais, réalisé par le réfugié palestinien originaire de Syrie, Ghayath al-Rawbeh, sur un mur de la place al-Nour à Tripoli (Liban), le 24 octobre 2019. Photo AFP

La décision du ministre du Travail, Moustapha Bayram, le 8 décembre, d’élargir la panoplie des métiers que peuvent exercer les réfugiés palestiniens au Liban a fait polémique. Le ministre du Travail reconsidère chaque année les métiers réservés aux non-Libanais pour y apporter d’éventuelles modifications et Moustapha Bayram, proche du Hezbollah, a décidé d’autoriser les Palestiniens à exercer des professions libérales qui leur étaient jusqu’à présent interdites. Cette nouvelle mesure, qui survient dans un contexte de dépression économique, a provoqué un tollé dans les milieux chrétiens de manière générale, principalement au sein du Courant patriotique libre et des Kataëb qui ont crié au scandale.

Le CPL s’est toujours opposé à l’implantation des Palestiniens et des Syriens, au nom de « la protection des droits des chrétiens ». Dans un tweet, le chef du CPL, Gebran Bassil, a stigmatisé jeudi dernier une entorse au code du travail et à la Constitution. « Il s’agit d’une implantation déguisée que nous refusons. Une telle décision ne passera pas. Nous ne permettrons pas que les Libanais soient délestés de leurs emplois en ces circonstances », a-t-il dit, avant d’inviter les Libanais et les syndicats à se rebeller contre cette mesure et à la contester devant le Conseil d’État. « Ça ne passera pas », a prévenu M. Bassil.

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Le parti Kataëb a qualifié cette décision de « destructrice » et critiqué ses effets en ces temps de crise aiguë. « Cette décision est une atteinte aux droits des Libanais. Elle vient consacrer de manière définitive la présence des Palestiniens au Liban à un moment où les Libanais sont en train d’émigrer », précise un communiqué publié le même jour.

Pourquoi pareil cadeau ?

Aux yeux de nombreux chrétiens, cette mesure est d’autant plus « déplacée » qu’elle intervient au mauvais moment et ne prend pas en considération les priorités de l’heure, sachant notamment que la moitié des Libanais n’a plus d’emploi.

Ayant toujours exprimé leur hostilité à tout ce qui touche de près ou de loin à l’implantation des réfugiés au Liban, certains partis chrétiens ont trouvé dans cette décision une opportunité pour ressusciter les vieilles craintes qui datent du temps de la guerre civile, lorsque les milices chrétiennes avaient pris les armes contre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Estimés à environ 180 000 personnes actuellement, les réfugiés palestiniens vivent dans une douzaine de camps aux conditions précaires, répartis sur le territoire libanais, et étaient interdits jusque-là d’exercer plus de soixante-dix métiers.

Si la réaction du CPL et des Kataëb peut être interprétée comme une façon d’exacerber les réflexes communautaires à quelques mois des élections, la décision du ministre du Travail reste pour le moins énigmatique. Pourquoi vouloir, à un moment aussi critique, faire un pareil cadeau aux partis chrétiens sachant que leur réaction était, d’emblée, attendue ? « C’est une décision en harmonie avec l’esprit des forces nationales et progressistes, ainsi que du Hezbollah et des milieux de la gauche », commente Kassem Kassir, un analyste politique proche du parti chiite.

Preuve en est l’accueil favorable que cette décision a obtenu auprès de nombreuses personnalités qui réclament que les Palestiniens du Liban bénéficient de droits plus étendus. Quant à son timing, il survient à un moment où le parti chiite « cherche à faire une fleur aux forces palestiniennes et à la communauté sunnite par extension », dit-il.

Confrontés à des politiques d’emploi discriminatoires, les Palestiniens sont à ce jour exclus de la couverture de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), bien qu’un pourcentage de leur salaire soit déduit à cet effet. Alors que les Palestiniens et leurs employeurs doivent verser 23,5 % de leur salaire à la CNSS, à l’instar des travailleurs libanais, les Palestiniens ne peuvent recevoir qu’une indemnité de fin de service équivalente à 8,5 % de leur salaire. C’est ce qui expliquerait ce geste de bonne foi esquissé par un ministre du Hezbollah, mais qui reste, aux yeux des réfugiés palestiniens, dénué de sens au vu de la complexité de cette décision et des multiples entraves juridiques qui la vident de son sens.

Réaction démesurée

Directeur du centre de développement des droits des Palestiniens et avocat, Souhail Natour estime que cette nouvelle mesure reste en effet extrêmement codifiée. « Il n’y a pas de quoi en faire un plat dans la mesure où les anciens obstacles et complications sont toujours là. En tant que palestiniens, nous ne pourrons parler de percée que le jour où la loi sera modifiée de sorte à élargir la panoplie des métiers qui nous sont véritablement accessibles », dit-il. Prise dans l’objectif proclamé de répondre à certains besoins dictés par le marché du travail, mais aussi, au nom d’une justice sociale à l’égard des Palestiniens, cette nouvelle mesure pourra, tout au plus « servir à combler l’hémorragie dans certains secteurs professionnels comme par exemple dans les métiers d’infirmières où il existe un manque au Liban », explique M. Natour.

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L’ancien ministre du Travail, Camille Abousleiman, proche des Forces libanaises, va un peu dans le même sens et considère que la réaction à cette décision est « démesurée ». C’est ce qui expliquerait d’ailleurs qu’en connaissance de cause, les FL ne sont pas montées au créneau. « Cette décision, dans ses aspects se rapportant aux travailleurs palestiniens, aura peu d’effets pratiques, car les restrictions proviennent des lois et des règlements régissant les professions libérales concernées », explique l’ancien ministre. À titre d’exemple, l’ordre des médecins applique le principe de la réciprocité en matière de droit d’exercer sur le sol libanais, ce qui, de toute évidence, ne peut s’appliquer aux médecins libanais qui ne peuvent pas se rendre en Palestine.

Expert en politiques publiques, Ziad el-Sayegh considère qu’il s’agit d’une initiative « populiste » qui a eu pour effet de cliver les Libanais autour de la question des droits des Palestiniens, entre ceux qui leur sont favorables et ceux qui sont contre. « Pourquoi évoquer cette question alors que le dossier des armes des Palestiniens reste ignoré ? » s’interroge-t-il. L’explosion qui a eu lieu samedi dernier dans le camp de Bourj el-Chemali au Liban-Sud et dont la cause serait des armes et des munitions appartenant au Hamas palestinien, devrait, selon cet expert, relancer le débat sur un dossier qui doit faire l’objet d’une vision commune.


La décision du ministre du Travail, Moustapha Bayram, le 8 décembre, d’élargir la panoplie des métiers que peuvent exercer les réfugiés palestiniens au Liban a fait polémique. Le ministre du Travail reconsidère chaque année les métiers réservés aux non-Libanais pour y apporter d’éventuelles modifications et Moustapha Bayram, proche du Hezbollah, a décidé d’autoriser les...

commentaires (10)

Operation de diversion au moment ou toute l'attention est sur le juge Bittar et sur les armes illegales ! C'est aussi un cadeau a son allie du CPL qui n'a pas tarde a monter au creneau pour jouer sa partition favorite, la fibre confessionnelle ! Vivement un Liban laic debarasse de tous ces criminels !

OMAIS Ziyad

19 h 45, le 14 décembre 2021

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Commentaires (10)

  • Operation de diversion au moment ou toute l'attention est sur le juge Bittar et sur les armes illegales ! C'est aussi un cadeau a son allie du CPL qui n'a pas tarde a monter au creneau pour jouer sa partition favorite, la fibre confessionnelle ! Vivement un Liban laic debarasse de tous ces criminels !

    OMAIS Ziyad

    19 h 45, le 14 décembre 2021

  • Le problème-polémique des réfugiés refait surface. Mûs par un simulacre d'empathie, la France et les États-Unis notamment jouent sur la corde sensible humanitaire et compatissante envers les réfugiés syriens et palestiniens.Au lieu de s'apitoyer sur leur sort, ces deux grandes puissances feraient mieux de se les partager en groupes et les ramener chez dans leurs pays consécutifs. Les va-et-vient incessants des diplomates pourrait à moyen terme, nous débarrasser de leur présence plus pesante qu'un poids lourd sur notre société et notre économie agonisante.Tout aussi grave encore, en cas d'implantation, est le chamboulement démographique garanti dans notre Liban-trou qui peine à supporter ses propres citoyens .

    Hitti arlette

    16 h 26, le 14 décembre 2021

  • Alors que le Hezbollah attaque Fares Souhaid pour « incitation à la discorde confessionnelle », ses ministres créent un tollé médiatique dans le but de semer cette même discorde. Il n’y a pas plus sale que ce genre de jeu politique. Que 2022 soit l’année où les Libanais choisiront la laïcité, pour que cette arme, la plus puissante de la classe politique, ne prévaille plus.

    Yehya CHEIKH EL ARD

    12 h 52, le 14 décembre 2021

  • Idéalement et pratiquement, les réfugiés palestiniens devraient réintégrer la Jordanie et ci-Jordanie et de là se propager dans d’autres pays arabes.

    Wow

    12 h 47, le 14 décembre 2021

  • C'est Ziad el-Sayegh qui a vise juste non pas camille abou sleiman encore moins les FL.... une telle initiative- en les circonsatnces actuelles vise pour le moins aussi mettre les patriotes libanais au defi de rejeter LEGALEMENT( ? ) que dis-je LEGALEMENT ? - un edit d'un serviteur du hezb.

    Gaby SIOUFI

    09 h 06, le 14 décembre 2021

  • je cite: "C’est une décision en harmonie avec l’esprit des forces nationales et progressistes, ainsi que du Hezbollah.... PREUVE en est l’accueil favorable obtenu auprès de ceux qui réclament que les Palestiniens du Liban bénéficient de droits plus étendus" NON MAIS C QUOI CA ? la preuve que ? ainsi le criminel presente lui-meme ses references ... FABULEUX !

    Gaby SIOUFI

    08 h 55, le 14 décembre 2021

  • Décidément, on ne finira jamais de tourner en rond dans ce pays....

    Georges MELKI

    07 h 30, le 14 décembre 2021

  • Le bon vieux plan néo-safavide visant à monter chrétiens contre sunnites. CPL et Kataëb tombent en plein dans le panneau, pas les FL. 1975 est mort est enterré et si Dieu veut 2022 sera l’année de la vraie révolution qui verra et chrétiens et sunnites et tout Libanais libre dans la même tranchée affronter l’impérialisme néo-safavide et tous ses agents comme cela aurait dû se produire dès 1975.

    Citoyen libanais

    07 h 21, le 14 décembre 2021

  • 180.000 palestiniens... selon quelles sources? Pour 2019, l'URNWA compte 475,075 palestiniens dûment enregistrés et qui mangent au râtelier au Liban. A cela, il faut ajouter les non-enregistrés. Donc une bonne estimation serait autour de 800.000. Si on se base sur le chiffre de 180.000, cela fait 15.000 par camp- a l’évidence un chiffre sous-estimé quand on voit les camps... Quant a "l'esprit des forces nationales", donc quand on veut son pays pour soi, ni on est nationaliste, ni on veut le progrès! C'est l'esprit de l’absurdité doit s'arrêter! Le Liban est déjà le 8eme pays au niveau de la densité humaine au km2. De l'air on étouffe! Qu'ils aillent voir ailleurs avec leurs vielles rengaines de "nationalisme", "gauchisme" et "progressisme". C'est périmé et ça fait très années 70s.

    Mago1

    01 h 08, le 14 décembre 2021

  • Les organisations palestiniennes ….ils ont créé un vaccin contre ce virus?

    radiosatellite.online

    00 h 36, le 14 décembre 2021

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