Photo Marwan Assaf
Ce texte traite essentiellement des tendances et tensions intercommunautaires au Liban, celles qui se déclarent ou qui sévissent dans l’organisme interne libanais. Il ne peut prétendre appuyer les sentiments des courants séculaires ou des larges segments de la population libanaise qui se révoltent contre le système confessionnel ancré dans la culture populaire du Liban.
Parlons d’abord de l’angoisse chrétienne. Est-elle justifiée ? Après la guerre de 1975, et les accords de Taëf signés en 1989, une crise se déclenche. La peur s’installe, les chrétiens du Liban se sentent profondément affaiblis. Pourtant, la communauté est toujours omniprésente. Les pouvoirs du chef de l’État tiennent bon. Il garde un titre de chef suprême des forces armées et détient un rôle dans la formation d’un gouvernement. Sans son approbation, le système constitutionnel se paralyse. Constitutionnellement, ce pouvoir est parfaitement légitime. En parallèle, la communauté chrétienne est fortement représentée (bien que divisée) au sein du pouvoir législatif, c’est-à-dire au Parlement, à travers ses formations partisanes multiples. Sur le plan de la sécurité étatique, le commandant de l’armée et celui des renseignements reviennent à cette même communauté. Ajoutons quand même que le vice-président du gouvernement et du Parlement sont par coutume chrétiens, ainsi que le ministère des Affaires étrangères (sauf rares exceptions). On pourrait énumérer d’autres postes-clés au sein du système mais la liste serait peut-être trop longue, en pointant juste la présence chrétienne au niveau syndical. Le contrôle chrétien, accompagné d’un savoir-faire et d’une connaissance distinguée et incontestable dans les secteurs financiers, de la manufacture, du tourisme ainsi que dans d’autres segments du secteur des services, est clair, et, à juste titre, prononcé. Malheureusement, les chiffres démographiques des chrétiens du Liban et ceux du Proche-Orient semblent diminuer, produisant un sentiment minoritaire dans une région à grande majorité musulmane. Réaction naturelle, c’est l’autodéfense. On a peur.
Le chiisme libanais est une autre histoire, aussi intéressante et importante. Minoritaire au sein de l’islam, le chiisme se retrouve le dos au mur au Proche-Orient. Ce qui explique en grande partie la croissance politique, militaire et enfin économique de la communauté chiite libanaise qui (admettons-le au moins une seule fois) a été et pour longtemps reléguée au second plan. D’où la peur de perdre les acquis de l’après-guerre, pire, se voir anéantie soit par les autres composantes libanaises, soit bien évidemment par leur ennemi juré (et puissance nucléaire) qu’est l’État hébreu. L’angoisse s’installe des deux côtés de la frontière du Sud-Liban, et elle semble être équitablement partagée par les deux parties au conflit, un statut qui déclenche à son tour la peur de la dominance militaire et politique chiite parmi de nombreux Libanais. L’ampleur majeure donnée au chef du législatif et du pouvoir législatif lui-même n’ont pas suffi à enrayer le sentiment d’être marginalisés. L’acquisition du haut poste de chef de la Sûreté générale a, certes, renforcé l’esprit chiite national, s’ajoutant à un essor économique et social de grande mesure. Mais malgré ces développements fondamentaux, y compris la naissance du Hezbollah et sa puissance politique et militaire, on constate toujours un malaise au sein du chiisme libanais. Les apparences sont souvent trompeuses. Il a du mal à se faire accepter par les autres. Si bien que les chiites partagent la même valeur que leurs concitoyens, la peur.
Les accords de Taëf auraient dû consolider une position prédominante au sunnisme libanais. Ce fut le cas jusqu’à l’assassinat du président Rafic Hariri en 2005. Ce fut « l’âge d’or » du sunnisme Libanais, terminé brutalement en un choc émotionnel et historique pour un sunnisme qui s’était cru, à tort, être capable pour un temps, pouvoir gouverner un Liban unilatéralement. Le monopole virtuel s’envole.
Issus de la bourgeoisie mercantile avec une assise populaire plus que modeste, les sunnites occupent les centres urbains du littoral, à savoir Beyrouth, Tripoli et Saïda, qui ont toujours été en compétition pour s’assurer la meilleure place possible sur l’échiquier politico-économique du pays. Après 2005, les rêves s’effondrent. Bien que puissants avec l’octroi de la présidence du gouvernement chargé cette fois de former le gouvernement et prendre l’initiative du pouvoir exécutif, les sunnites perdent un poids politique considérable. Leur présence au sein de l’administration, ainsi que leur formation partisane principale pro-Hariri arrivent à peine à les maintenir à un pied d’égalité vis-à-vis « des autres », voire leur procurer un avenir politique, qu’ils perçoivent menacés plus que jamais. Pour comble, leurs alliances historiques avec la péninsule Arabique s’estompent, comme on l’a bien vu au cours de ces dernières années. L’émotion est grande. C’est le désarroi, l’incertitude complète, la sœur aînée de la peur.
Au Mont-Liban, particulièrement au Chouf, le druzisme est la puissance majeure. Introvertie, la communauté druze puise son organisation sociopolitique de son histoire. Aguerrie et militante, astucieuse de par ses alliances internes et externes, elle surmonte les crises multiples qui frappent le Liban. Cependant, les structures politiques et militaires du Liban ont bien changé la donne. Minoritaires en nombre, les druzes cherchent surtout à protéger leur fief, par tous les moyens. Les armes et les hommes ne manquent pas. C’est peut-être bien une aspiration franche à l’autonomie. Toujours très présent dans presque tous les secteurs étatiques et économiques du pays, le druzisme est néanmoins mis sous épreuve. Méfiance et susceptibilité font bon train, ici aussi. Crise de « leadership », divisions internes, succession, autant de facteurs qui convergent dans une et seule direction, s’unir avant et au-dessus de toute considération. Ainsi, ils regagnent du crédit d’une part. Mais de l’autre, et à long terme, leur solitude est inquiétante. Les penseurs et les sages s’activent. Se retrouver dans l’isolation, c’est l’impasse. Ce qui génère bien des frissons, premier symptôme de la peur.
Une place d’honneur et d’importance devrait être réservée aux autres composantes confessionnelles et ethniques libanaises.
Le protestantisme, actif, cultivé, joue son rôle discrètement. L’Église d’Orient, éclatante, joue un rôle prépondérant, protégeant l’orthodoxie. Bien sûr, ici aussi, on voit mal son futur et pour cause une assise déjà fragile, à comparer à l’ensemble catholique, bien plus dominant dans l’arène politique libanaise. Diplomatie exige, la communauté arménienne par exemple est franche sans être arrogante. Elle aussi est discrète et prudente, de même que la communauté syriaque. Mais n’oublions pas les préjudices et même à l’extrême, l’affreux racisme qui sévit, hélas, fortement au pays du Cèdre. Un facteur qui ne peut qu’engendrer la peur, le regroupement instinctif et la création de zones exclusives, pour ne pas péjorativement employer le mot « ghetto ».
Vivre dans la peur, c’est choisir le néant au lieu de l’existence. Une nation ne peut se définir à travers la peur. Surtout quand on réalise que quand on a peur, ce n’est pas de son adversaire, mais d’abord de soi-même.
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YAANI JE SUI DESOLE DE DEVOIR METTRE LES POINTS SUR LES "" I "" POURQUOI DESOLE? BEN PARCE QU'IL EST ESSENTIEL DE DIRE LES VERITES TELLES QU'ELLES, UQE LES CITOYENS LIBANAIS N'ONT AUCUNE PEUR DE SURVIE ENCORE MOINS PEUR EXISTENTIELLE, QUE LES CITOYENS LIBANAIS N'EN ONT RIEN A FOUTRE DE TTE CETTE THEORIE DE LA PEUR, QUE CE SONT LES CRAPULES DANS TOUTES LEURS SPHERES DU POUVOIR QUI INSTILLENT CETTE "PEUR" QUAND ILS JUGENT QU'ELLE SERT LEURS INTERETS. MALHEUREUSEMENT C'EST DEVENU REPETITIF , SURTOUT DEPUIS L'ARRIVEE D AOUN AU POUVOIR, DEPUIS QUE SON GENDRE HONNIS S'ASSOCIE A LUI A CRIER CE LEITMOTIVE QU'ILS SONT LA POUR RAPATRIER LES DROITS DES CHRETIENS, PIRE CETTE OUTRECUIDANCE A REPETER QU'ILS SONT LA POUR LA DEFENSE DES CHRETIENS DANS TOUT LE MO> ceci dit les autres crapules mentionnes ci-haut, sans vouloir les exonérer de quoi que ce soit, ceux la sont nettement moins responsables dans ce sens.
15 h 23, le 08 décembre 2021