Le clin d'œil

Mon ATM et moi

Mon ATM et moi

D.R.

Avant la thaoura et le cortège de malheurs qui se sont abattus sur nous, retirer de l’argent de la banque consistait à rendre visite à un directeur d’aimable corpulence et à boire un bon café dans son bureau, pendant qu’il ordonnait à un clerc servile d’apporter à « Madame » un beau paquet de billets verts, attesté par une signature vaguement gribouillée sur un reçu bleu, jaune ou rose.

Depuis, les aimables directeurs ont été remerciés sans façon par leur banque et leurs clercs dévoués se sont évanouis dans la nature, happés par la crise.

Votre interlocuteur bancaire est désormais une froide machine, genre machine à laver ventrue améliorée, parfois dérobée aux yeux malveillants par une porte en fer ou – nec plus ultra – placée dans une salle en verre dont la porte ne s’ouvre mystérieusement qu’en pressant sur un bouton. Selon quels critères ? Vous ne l’avez jamais su. Se bloque-t-elle automatiquement à la vue d’un individu mal rasé à la mine patibulaire, ou d’un jeune loubard en blouson noir ayant toutes les raisons du monde d’en vouloir aux nantis ? En tout cas, vous avez le plaisir de constater que la porte – décidément visagiste – vous a visiblement à la bonne et s’ouvre immédiatement dès que vous sonnez. Vous préférez ne pas savoir pourquoi… Mine de mémé tranquille ou de grande bourgeoise bancairement pourvue ?

Pleine d’espoir, vous farfouillez dans votre sac contenant tout et n’importe quoi pour tenter de trouver la carte bancaire du jour, parmi toutes vos autres cartes et celles de vos enfants et cousins expatriés confiées à vos bons soins. Dans cet embrouillamini, vous vous trompez de code et l’horrible machine s’empresse de rejeter sadiquement votre demande sur un ton suspicieux, mais sans réplique. Seriez-vous un usurpateur de cartes bancaires ? Soudain, eurêka ! À force de chercher fiévreusement, vous finissez par taper le bon code. Pour autant, vous n’êtes pas au bout de vos peines, puisque l’appareil – implacable – vous crache haineusement à la figure la phrase redoutée de tous les pauvres usagers des « Automated Teller Machine » (nom officiel de votre damné ATM) : « Vous avez dépassé votre limite journalière », limite que vous n’arrivez jamais à retenir, empêtrée que vous êtes dans vos cartes en livres libanaises, en dollars, en euros, en « fresh » et en « lollars ».

Alors que, désespérée, vous tentez un tout dernier essai, miracle ! La machine se met à ronronner comme un gros matou repu – signe infaillible que votre requête a été acceptée – et vomit une pile de billets bleus… qui ne feront pas la journée.

La crise, d’accord, mais la technologie défaillante en sus… Trop, c’est trop !


Avant la thaoura et le cortège de malheurs qui se sont abattus sur nous, retirer de l’argent de la banque consistait à rendre visite à un directeur d’aimable corpulence et à boire un bon café dans son bureau, pendant qu’il ordonnait à un clerc servile d’apporter à « Madame » un beau paquet de billets verts, attesté par une signature vaguement gribouillée sur un reçu bleu,...

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