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Culture - Événement

Le « Baalbeck, mon amour » de Simon Ghraichy and co.

Jeudi 2 décembre, l’Institut du monde arabe accueille un concert exceptionnel en hommage au Liban et en soutien au festival de Baalbeck. Un projet porté par six artistes talentueux et renommés, soucieux de préserver le rayonnement culturel d’un pays en grande difficulté.

Le « Baalbeck, mon amour » de Simon Ghraichy and co.

Les artistes Simon Ghraichy, Anna Chedid, Jacopo Baboni-Schilingi, Rana Gorgani, Farah el-Dibany, Camille el-Bacha et Naghib Shanbehzadeh proposent un éventail très large de propositions artistiques dans l’esprit du Festival de Baalbeck pour lui rendre un très bel hommage. Photos DR

Simon Ghraichy, parfois présenté comme « la rock star du piano », reconnaît que si l’année 2021 a été très difficile, il est heureux de la terminer par deux événements très importants pour lui. « Comme beaucoup de musiciens, j’ai trouvé très éprouvant que l’on m’interdise pendant plusieurs mois de jouer de mon instrument pour un public. Depuis la reprise des concerts, j’ai déjà joué deux fois au théâtre des Champs-Élysées, et entre le 14 et le 20 décembre, je vais partir en tournée en Bretagne, où je vais faire la création mondiale d’un concerto avec l’Orchestre national de Bretagne. Cette œuvre a été composée pour moi par la compositrice mexicaine Gabriela Ortiz. C’est une expérience fabuleuse que de créer la musique d’un compositeur vivant, et c’est formidable de pouvoir discuter et de réfléchir avec l’auteur », confie le pianiste avec enthousiasme. La compositrice, qui habite à Los Angeles, lui a proposé une œuvre qui relève de la musique savante du XXe siècle, où l’on perçoit l’influence des impressionnistes comme Ravel ou Debussy.

Mais c’est surtout le concert du 2 décembre, intitulé Baalbeck, mon amour, qui occupe pleinement le musicien. C’est lors d’un dîner chez l’ancien président François Hollande que l’idée de l’événement est née. « Nous étions en train de parler de la situation au Liban, dans un contexte privé et non politique. C’était juste après le 4 août, et on a pensé créer un concert hommage au pays, où les bénéfices iraient à une institution culturelle. Or je suis très proche du Festival de Baalbeck, auquel j’ai participé en 2015 et qui est le meilleur souvenir de toute ma vie. J’y avais interprété une création de Gabriel Yared avec l’Orchestre national libanais. Nous avons contacté Jack Lang, et l’Institut du monde arabe (IMA) nous a accueillis à bras ouverts, en mettant à notre disposition les locaux et la logistique. Ils m’ont confié l’organisation artistique de la soirée », explique Simon Ghraichy, qui n’a pas souhaité programmer exclusivement un récital pour piano. « J’ai rassemblé autour de moi des artistes différents, libanais ou non, avec lesquels je vais jouer parfois. D’autres auront carte blanche pour proposer ce qu’ils souhaitent », poursuit-il.

Le concert, organisé sous le haut patronage de François Hollande et sous l’initiative Li Beyrouth de l’Unesco, avec le soutien de l’IMA, programme des artistes qui ont choisi de se produire bénévolement devant le public parisien afin de lever des fonds pour garantir la tenue du Festival de Baalbeck.

Un programme riche et varié, dans l’esprit du festival

« Pour moi, c’était une évidence absolue que de participer à Baalbeck, mon amour. Il y a quelques années, j’ai joué à Baalbeck avec ma famille ; ce fut un concert mémorable en hommage à ma grand-mère Andrée Chedid. Je chanterai donc quelques-unes de mes chansons, dans un lieu que j’apprécie beaucoup. L’IMA est très important pour moi, c’est le cœur oriental de Paris », précise l’autrice et compositrice NACH (Anna Chedid), qui s’accompagnera elle-même au piano.

Jacopo Baboni-Schilingi est un compositeur franco-italien qui allie écriture et interactivité et pour qui la solidarité entre artistes est nécessaire. « Je vais présenter une pièce, Huge, que j’ai composée il y a deux ans et que Simon va jouer. L’œuvre est très extravagante : à un moment donné, il doit mettre des gants pour se protéger les doigts car il va jouer très fort à l’intérieur du piano. En même temps, l’ordinateur élabore au fur et à mesure certains gestes instrumentaux. C’est une pièce assez spectaculaire, que nous avons créée il y a deux ans au théâtre des Champs-Élysées. Elle est dédiée à la virtuosité extrême, d’où le titre. C’est moi qui m’occuperai de la table de mixage pour gérer le volume. J’ai également composé des interludes électroniques pour faire le lien entre chacune des pièces. Ils partent de la fin d’un morceau et la transforment pour arriver au début de la pièce suivante, ce qui crée un effet de continuité et de métamorphose », annonce le musicien avec lequel Simon Ghraichy travaille régulièrement.

Pour mémoire

Simon Ghraichy, le clavier pas tempéré

Dans la lignée de la programmation pluridisciplinaire du festival de Baalbeck, la chorégraphe Rana Gorgani proposera plusieurs danses soufies. « Mon art est celui des derviches tourneurs. En tant que femme, j’apporte à cette danse ancestrale et essentiellement masculine une dimension universelle, dans une volonté d’union avec le tout. Ainsi, les genres sexués ne sont plus délimités. L’esthétique de mes créations dansées tend vers une vision contemporaine tout en étant imprégnée de la tradition. Le mouvement continu et rotatif qui caractérise ma danse provoque un état de transe à travers lequel naît l’extase mystique », explique la danseuse d’origine kurde et iranienne.

La mezzo-soprano égyptienne Farah el-Dibany interprétera quant à elle deux airs d’opéra de Carmen et deux chansons de Feyrouz, Aatini el-Naya wa Ghani et Li Beyrouth; la cantatrice sera accompagnée par Simon Ghraichy. « Le Festival de Baalbeck programme toujours des styles très différents, allant du ballet à l’opérette, en passant par la chanson arabe, française, la musique classique, et j’ai repris l’idée d’un éventail très large de propositions artistiques. Chaque artiste se produira environ vingt minutes. Pour ma part, je vais interpréter une œuvre de Bach et une œuvre de Granados, Recuerdos de l’Alhambra, dont j’ai fait l’arrangement pour piano », révèle le musicien d’origine libanaise et mexicaine, qui est convaincu qu’en temps de crise, maintenir la culture est nécessaire pour permettre aux gens de se ressourcer.

Le pianiste Camille el-Bacha a choisi de jouer ses propres compositions, associées à des moments d’improvisation.

« Je commencerai par deux préludes de ma création, puis je serai rejoint par le grand percussionniste d’origine iranienne Naghib Shanbehzadeh pour deux pièces que nous avons façonnées ensemble pour piano et percussions. J’ai toujours été fasciné par le site de Baalbeck ; la dernière fois que j’y suis allé, c’était pour un récital de mon père Abdel Rahman el-Bacha. J’en garde le souvenir d’un moment majestueux et très émouvant. Je me sens souvent impuissant face aux jours terribles que connaît le Liban; si je peux contribuer à aider à ma manière, je n’hésite pas », confie le pianiste, qui est également sensible à la qualité artistique du concert du 2 décembre. « Je suis heureux et honoré de partager la scène avec tous ces artistes talentueux, et nous serons tous réunis avec nos univers variés pour la même cause. J’aurai également une pensée pour mon oncle Amine el-Bacha, dont un des tableaux est justement exposé à l’IMA dans le cadre de l’exposition “Lumières du Liban, art moderne et contemporain : de 1950 à aujourd’hui”, à laquelle le public du concert aura accès », conclut le jeune musicien, dont la ferveur est révélatrice de la générosité de ces artistes rassemblés par Simon Ghraichy pour un concert dont la totalité de places s’est vendue très rapidement. Début décembre, à Paris, le Festival de Baalbeck est donc déjà est en cours de préparation.


Simon Ghraichy, parfois présenté comme « la rock star du piano », reconnaît que si l’année 2021 a été très difficile, il est heureux de la terminer par deux événements très importants pour lui. « Comme beaucoup de musiciens, j’ai trouvé très éprouvant que l’on m’interdise pendant plusieurs mois de jouer de mon instrument pour un public. Depuis la reprise...

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