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Économie - Repère

Embargo sur les exportations : ce que représente le marché saoudien pour le Liban

« L’Orient Today » a passé en revue les chiffres des douanes relatifs aux exportations vers l’Arabie saoudite en 2020 pour évaluer l’importance de ce marché pour le Liban.

Embargo sur les exportations : ce que représente le marché saoudien pour le Liban

L'embargo saoudien sur les importations libanaises risque de coûter cher au Liban, malgré un commerce entre ces deux pays déclinant depuis quelques années. Photo d'illustration Anastasiya Guseva/Bigstock

Faisant dernièrement les gros titres de l’actualité, tout autant consacrée au drame qui se joue sur la scène politique locale que sur les manœuvres diplomatiques régionales, l’embargo commercial né de la crise diplomatique entre le Liban et l’Arabie saoudite apparaît comme une punition collective de Riyad sur des Libanais embourbés dans une crise économique depuis deux ans.

L’analyse des données douanières officielles du Liban effectuée par L’Orient Today révèle l’importance du marché saoudien pour une large gamme de marchandises diverses en provenance du Liban : non seulement des fruits et légumes (déjà interdits depuis le 23 avril 2021, après la découverte par les autorités saoudiennes d’une cargaison de pilules de Captagon cachées dans des grenades venant du Liban), mais aussi des produits chimiques, des machines et une panoplie étonnamment variée d’autres produits.

Alors que la valeur en dollars américains des marchandises libanaises expédiées vers l’Arabie saoudite a presque diminué de moitié en près de dix ans par rapport au pic de 2012, ce pays du Golfe est resté l’un des principaux marchés d’exportation du Liban en 2020.

La colère croissante des Saoudiens envers le Liban tout au long de 2021 à propos de l’influence du Hezbollah dans le pays – culminant avec l’annonce par Riyad le 29 octobre d’un embargo sur toutes les importations libanaises – semble avoir maintenant tari une source de devises pour une économie libanaise assoiffée de dollars.

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Au-delà des données commerciales, les valeurs monétaires et le Système harmonisé des codes des marchandises (une méthodologie numérique utilisée par les douanes à travers le monde) sont un rappel cruel à la réalité pour des Libanais déjà appauvris.

L’Orient Today a passé en revue toutes les exportations de produits du Liban vers l’Arabie saoudite en 2020 pour évaluer l’importance du marché que représente l’Arabie saoudite.


Au-delà des fruits et légumes

En 2020, l’Arabie saoudite était le troisième marché d’exportations du Liban, avec un peu moins de 230 millions de dollars de produits, soit 5,6 % des exportations mondiales du Liban, selon les statistiques douanières accessibles au public.

Au cours des trois premiers mois de cette année, l’Arabie saoudite est devenue le deuxième marché du Liban, avec 7,1 % des exportations totales en valeur en dollars américains (alors que les douanes ont conservé un ensemble détaillé de données remontant à 2012, l’institution publique n’a pas mis à jour ses statistiques depuis mars 2021).

Puis, le 23 avril dernier, l’annonce par Riyad d’un embargo sur tous les produits agricoles libanais, motivé par l’augmentation du trafic de drogue au sein des exportations de fruits et légumes à partir du Liban, a eu l’effet d’une bombe. Les Saoudiens, déjà frustrés par ce qu’ils perçoivent comme une influence croissante du Hezbollah au Liban, ont accusé les autorités libanaises de ne pas avoir pris les mesures appropriées pour endiguer le trafic de stupéfiants.


Cet embargo a suscité des craintes parmi les agriculteurs libanais en difficulté, qui comptent non seulement sur l’Arabie saoudite elle-même en tant que marché, mais aussi comme point de transit vers d’autres marchés du Golfe. À l’époque, l’Association des agriculteurs libanais a déclaré que 24 millions de dollars de fruits et légumes récemment interdits avaient été exportés vers l’Arabie saoudite au cours de l’année précédente jusqu’en novembre 2020, citant des statistiques douanières. 68 millions de dollars de denrées agricoles supplémentaires ont été expédiés vers d’autres États du Golfe pendant cette période, selon l’association.

Depuis la mise en place de ce premier embargo saoudien, certains agriculteurs libanais ont, paradoxalement, eu recours à la contrebande de leurs produits en Syrie, qui peut exporter vers l’Arabie saoudite, afin de les vendre à l’Arabie saoudite via des commerçants syriens.

L’analyse de L’Orient Today des données douanières pour l’année 2020 révèle que le Liban a expédié pour 27,8 millions de dollars de fruits et légumes en Arabie saoudite – ou, plus précisément, de produits étiquetés comme fruits et légumes comestibles selon les codes du Système harmonisé susmentionné utilisés dans le monde entier pour classer les denrées. Les produits dérivés des produits agricoles, tels que les confitures de fruits, les jus, les sauces et les bonbons, relèvent, eux, d’autres catégories.


Les données douanières libanaises sur les produits désormais bannis ont été croisées avec les statistiques fournies à L’Orient Today par le service de recherche de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban. Ainsi, les envois de fruits et légumes du Liban vers l’Arabie saoudite en 2020 représentaient 12,1 % de ses exportations totales vers le royaume, chutant de 11 % au cours des trois premiers mois de 2021.

Début juin, l’émissaire du Liban en Arabie saoudite a envoyé une lettre au ministère des Affaires étrangères l’avertissant que Riyad se préparait à serrer la vis en passant d’un embargo sur les produits agricoles à une interdiction globale sur l’ensemble des produits libanais. La sanction est finalement tombée le 29 octobre, quand l’Arabie saoudite a banni toutes les importations venant du Liban afin de « protéger la sécurité du royaume et de son peuple », au motif d’« un contrôle du Hezbollah sur tous les ports » du Liban.


Exportations diversifiées

Le Liban exporte une large gamme de produits vers l’Arabie saoudite, dont plus de 40 % en 2020 liés à l’alimentation, tandis que les produits chimiques, les machines et les métaux précieux constituent également une part importante.

De 2016 à mars 2021, le chocolat figurait en tête de liste des produits libanais exportés vers l’Arabie saoudite, pour une valeur de 108 millions de dollars expédiés vers ce pays.

En 2020, selon les douanes libanaises, les principaux segments de marchandises exportés par le Liban vers l’Arabie saoudite comprenaient : les aliments prêts à la consommation et les boissons (25,5 % de valeur en dollars), les produits chimiques, les produits agricoles, ainsi que les machines et les appareils mécaniques. Parmi les autres principales exportations vers l’Arabie saoudite en 2020, l’on retrouve les produits de beauté, des livres et brochures imprimés, les raisins ou les groupes électrogènes.

Le royaume détenait au moins 50 % des parts de marché pour des dizaines de classifications différentes de produits libanais exportés.

À titre d’exemple, le Liban a exporté pour 11,9 millions de dollars de savon en 2020, dont 5,9 millions de dollars à destination de l’Arabie saoudite. Un peu plus de la moitié des 2,3 millions de dollars de valeur de fûts, bidons, cannettes et produits connexes du Liban ont été expédiés en Arabie saoudite cette même année, tandis que le royaume a reçu 76,7 % de valeur en dollars des exportations totales de filets de poisson du Liban.


Le Liban était presque entièrement dépendant du marché saoudien pour 1,9 million de dollars d’exportations en 2020. Entre autres, le royaume a importé 90 % ou plus des exportations totales du Liban de charbon et de vaisselle ornée de métaux précieux. Toutes les exportations libanaises de graines de soja et de livres à colorier pour enfants sont allées à l’Arabie saoudite en 2020, bien que cela n’ait représenté qu’un total de 515 dollars.

L’Arabie saoudite est également récipiendaire des 46,1 % des 47,9 millions de dollars de valeur d’exportations d’encre du Liban ; de 37,54 % des exportations mondiales de confitures de fruits du Liban, soit un total de 16,8 millions de dollars ; et de 42,8 % de ses exportations mondiales de chocolat, d’une valeur de 36,7 millions de dollars.


Tout ce qui brille

Au cours des 15 derniers mois, les exportations de métaux précieux – à savoir les articles de joaillerie et l’or – avaient augmenté passant de 4,7 % de la valeur totale en dollars des marchandises expédiées vers l’Arabie saoudite en 2020 à 7,15 % jusqu’en mars 2021.

Les lingots d’or ont à nouveau confirmé leur prédominance au sein des exportations libanaises au cours de l’été 2019, ce qui s’est également reflété dans les échanges commerciaux avec l’Arabie saoudite, alors que le système bancaire de Beyrouth commençait à s’effondrer.

En effet, de 2012 à 2018, le Liban n’a expédié aucun lingot d’or en Arabie saoudite, selon les données douanières. Puis, en 2019, des exportations de lingots d’or d’une valeur de 1,05 million de dollars ont été enregistrées, atteignant 4,9 millions de dollars l’année suivante et 2,9 millions de dollars au cours des trois premiers mois de 2021 seulement.

À partir de juin 2019, les lingots d’or exportés du Liban – en termes non seulement de valeur totale en dollars mais aussi de kilogrammes expédiés à l’étranger – ont commencé à augmenter. Le 25 juin 2019, l’or a atteint 1 431 dollars l’once, son prix le plus élevé depuis le 14 mai 2013, et a depuis enregistré des niveaux encore plus élevés, selon les statistiques du World Gold Council.

En 2019, les exportations de lingots d’or du Liban, d’une valeur de 1,13 milliard de dollars, représentaient 23,5 % des exportations totales. L’or a éclipsé la valeur du deuxième produit le plus largement exporté cette année-là, les véhicules motorisés, qui s’élevait à 388 millions de dollars.

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Cette tendance s’est poursuivie l’année suivante, les douanes enregistrant 1,09 milliard de dollars d’exportations d’or, soit 26,7 % du total libanais. La dernière fois que le Liban a atteint des chiffres aussi élevés pour les ventes de lingots d’or, c’était en 2011 et 2012. Plusieurs commentateurs économiques soutiennent que ces exportations sont en fait une forme de fuite des capitaux.

Au cours du premier trimestre 2021, les lingots d’or étaient tombés à la deuxième place des exportations mondiales du Liban, supplantés par une matière encore plus précieuse : les diamants.

Ces chiffres qui concernent les lingots d’or ne comprennent ni les bijoux, ni les articles faits d’or. Entre 2020 et le printemps de l’année suivante, le Liban a envoyé un peu moins de 6 millions de dollars de bijoux en Arabie saoudite.

Commerce en déclin

Alors que l’Arabie saoudite est restée parmi les premiers partenaires commerciaux du Liban au cours de la dernière décennie, la valeur totale en dollars des marchandises expédiées vers le royaume a progressivement diminué, passant de 453 millions de dollars en 2012 à un minimum de 229 millions de dollars en 2020.

Cette baisse des exportations vers l’Arabie saoudite a suivi une tendance plus large à la baisse des exportations libanaises, les chiffres diminuant de 5,6 milliards de dollars en 2012 à 4,1 milliards de dollars l’année dernière.

Les données douanières montrent que l’une des principales raisons de cette baisse des exportations vers l’Arabie saoudite est la chute vertigineuse de la demande du royaume en groupes électrogènes qui est passée de 74,2 millions de dollars en 2012 à 7,4 millions de dollars en 2020.

Dans l’ensemble, la quantité de machines et d’équipements électriques exportés vers l’Arabie saoudite – qui comprend les groupes électrogènes – a chuté de 100 millions de dollars entre 2012 et 2020, représentant 46,3 % de la baisse totale de la valeur en dollars du commerce entre ces deux années.

Entre 2012 et 2020, les baisses ont touché plusieurs secteurs : 27,7 millions de dollars pour les produits minéraux, 21,7 millions de dollars pour les textiles et 16,6 millions de dollars pour les produits en plastique et en caoutchouc, ce qui représente en tout 29,6 % supplémentaires de la baisse des exportations libanaises totales vers l’Arabie saoudite.

Cependant, toutes les exportations n’ont pas baissé au cours de la dernière décennie. Ainsi, sur le marché de niche des œuvres d’art et des objets de collection (peintures, collages, gravures et sculptures), les exportations sont passées en une décennie de 12 898 dollars à 108 455 dollars en 2020.

Avant l’embargo de cette année, les produits agricoles, y compris les animaux vivants, avaient enregistré une forte croissance, leur valeur en dollars ayant augmenté de 6,7 millions de dollars de 2012 à 2020.

Face aux dommages politiques et économiques potentiellement catastrophiques que cet embargo saoudien pourrait engendrer au Liban, les responsables libanais ont entamé une série de contacts diplomatiques. Mais, malgré le fait que le président Michel Aoun et le Premier ministre Nagib Mikati ont annoncé s’être mis d’accord sur une « feuille de route » pour résoudre la crise, rien n’a pour l’heure abouti.

(Cet article a été originellement publié en anglais par « L’Orient Today », le 6 novembre 2021).


Faisant dernièrement les gros titres de l’actualité, tout autant consacrée au drame qui se joue sur la scène politique locale que sur les manœuvres diplomatiques régionales, l’embargo commercial né de la crise diplomatique entre le Liban et l’Arabie saoudite apparaît comme une punition collective de Riyad sur des Libanais embourbés dans une crise économique depuis deux ans....

commentaires (1)

La question a se poser est comment le Liban pourrait rétablir sa relation avec le pays du Golfe principal entrée d'argent pour les Libanais ? Soit Reflouer le hezbollah de la politique interne serait salvateur pour maintenir la relation. Soit contrôler massivement les sorties des marchandises et arrêter les malfrats en commençant par le plus gros d'entre eux par l'armée et l'extrader à l'Arabie. La 2ème question à se poser est à qui pourrait bénéficier cette crise: 1.au parti qui defend Cordahi dont le but est de fracasser les fondations de l'état. 2. la Syrie qui tente de régulariser sa situation avec le golfe, vendre ses produits industriels et courtiser le monde pour sa reconstruction.

Alors...

15 h 08, le 10 novembre 2021

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Commentaires (1)

  • La question a se poser est comment le Liban pourrait rétablir sa relation avec le pays du Golfe principal entrée d'argent pour les Libanais ? Soit Reflouer le hezbollah de la politique interne serait salvateur pour maintenir la relation. Soit contrôler massivement les sorties des marchandises et arrêter les malfrats en commençant par le plus gros d'entre eux par l'armée et l'extrader à l'Arabie. La 2ème question à se poser est à qui pourrait bénéficier cette crise: 1.au parti qui defend Cordahi dont le but est de fracasser les fondations de l'état. 2. la Syrie qui tente de régulariser sa situation avec le golfe, vendre ses produits industriels et courtiser le monde pour sa reconstruction.

    Alors...

    15 h 08, le 10 novembre 2021

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