Le clin d'œil Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul

L’histoire de Najibé K.

L’histoire de Najibé K.

D.R.

Lorsque votre médecin de famille vous l’avait conseillée pour les soins à domicile de votre cher convalescent, son prénom montagnard vieillot vous avait d’abord fait frémir. Vous vous imaginiez déjà face à une solide matrone, cigarette au bec (!) et voix haut perchée, croyant tout savoir et distribuant des ordres péremptoires à toute la maisonnée.

Contre toute attente, l’infirmière debout devant votre porte, dans l’aube grisâtre de ce mois d’octobre si mélancolique, apparaît à vos yeux brouillés par de longues nuits sans sommeil comme une toute jeune fille, un petit moineau pâle et fragile. Brune, un peu ébouriffée et toute mince dans sa tenue noire, elle regrette gentiment, à voix feutrée, de devoir venir si tôt. Elle vous apprendra plus tard, comme en s’excusant, qu’elle habite une modeste banlieue plutôt éloignée et qu’elle doit visiter ses malades avant de conduire ses trois enfants à l’école des Sœurs de la Charité et de prendre son service à 7 heures du matin dans un hôpital à l’autre bout de la ville…

Avec des gestes à la fois doux et efficaces, elle effectue toutes les tâches, change le sérum prend le pouls et la tension et rassure le malade sur ses progrès. Elle prend le temps qu’il faut, répond calmement à toutes vos questions angoissées et à aucun moment ne vous fait sentir que trois gosses ensommeillés l’attendent dans la voiture. Elle n’a même pas le temps d’avaler une tasse de café et lorsque vous lui offrez des petits fours, elle en prend poliment un seul, comme on le lui a appris, et vous devez insister pour qu’elle en prenne aussi, en rougissant légèrement, pour les enfants.

Elle n’a pas cassé de devantures de banques, celles-ci ne lui ayant rien pris, puisqu’elle n’a pas d’argent, n’a pas le temps de manifester, n’a jamais fréquenté les tentes du centre-ville, ni crié dans la rue ni hurlé sa colère. Et bien sûr, elle n’a jamais levé le poing.

Malgré un mari bon à rien, une belle-mère malade qu’elle a accueillie chez elle et sa tribu à nourrir pour laquelle elle n’a le temps de cuisiner que le soir, après la longue journée d’hôpital, elle trouve normal de trimer jour et nuit et vous propose même, un jour que vous vous sentez fatiguée, de faire chez vous des gardes de nuit.

À cause de « la situation », précise-t-elle sobrement.


Lorsque votre médecin de famille vous l’avait conseillée pour les soins à domicile de votre cher convalescent, son prénom montagnard vieillot vous avait d’abord fait frémir. Vous vous imaginiez déjà face à une solide matrone, cigarette au bec (!) et voix haut perchée, croyant tout savoir et distribuant des ordres péremptoires à toute la maisonnée.Contre toute attente,...

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