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Politique - Interview

Abbas Halabi à « L’OLJ » : Ma priorité, c’est la survie d’une école publique en danger

Seulement 270 000 élèves sont inscrits à l’école publique contre 390 000 l’année dernière, selon le ministre de l’Éducation.

Abbas Halabi à « L’OLJ » : Ma priorité, c’est la survie d’une école publique en danger

Le ministre de l’Éducation Abbas Halabi. Photo fournie par le ministre

Il a pris ses fonctions le 10 septembre dernier, jour de la formation du gouvernement dirigé par Nagib Mikati, dans un contexte d’effondrement généralisé du Liban et de son secteur éducatif, autrefois si vanté. Abbas Halabi, ministre de l’Éducation proche du leader druze Walid Joumblatt, a déjà relevé son premier défi. Lancer l’année scolaire en présentiel, après deux années chaotiques d’enseignement à distance. « Deux années pour rien », comme se complaisent à qualifier les années de pandémie de Covid-19 une importante partie des élèves du public et même du privé, car ils n’ont quasiment rien appris. Cet ancien magistrat, professeur à l’Université Saint-Joseph, conseiller juridique de la banque BBAC, bardé de grands diplômes (droit libanais et français, licence en droit français et libanais de l’USJ, diplôme en droit européen communautaire du Centre européen universitaire de Nancy, diplôme en droit comparatif du Centre international de droit comparé de Paris, diplôme de l’Institut des études judiciaires au Liban, DESS en droit privé de Paris X Nanterre), explique dans une interview exclusive à L’Orient-Le Jour sa priorité absolue pour l’année scolaire : « Assurer la survie de l’école publique qui souffre d’une crise sans précédent et, par le fait même, les intérêts des élèves. » L’occasion, au passage, de balayer les rumeurs qui circulent sur la toile et de rappeler que les élèves de mère libanaise bénéficient des mêmes conditions que leurs pairs libanais à l’école ou à l’université publique (la mère libanaise ayant épousé un étranger ne peut transmettre sa nationalité à sa famille, NDLR).

70 millions de dollars au secteur éducatif public
« L’année scolaire a enfin démarré en présentiel, mais avec beaucoup de réticence de la part des syndicats des enseignants dans les établissements publics. » C’est ainsi que le ministre de l’Éducation résume la rentrée scolaire, plombée par une grève des enseignants du public toutes catégories confondues – enseignants académiques ou techniques, professeurs cadrés, contractuels ou intermittents – qui a retardé au 11 octobre la reprise des cours, initialement prévue le 27 septembre. Réticence parce que le salaire d’un enseignant du public (et d’un fonctionnaire) ne vaut plus rien depuis l’effondrement record de la livre libanaise, qui s’échange autour de 20 000 LL contre un dollar sur le marché parallèle, alors que le taux officiel est maintenu à 1 507,5 livres. Parce que aussi les indemnités de transport allouées, pour ceux qui en bénéficient, même relevées de 8 000 à 24 000 LL par jour, ne couvrent pas les frais effectifs des transports, vu que les 20 litres d’essence sont désormais tarifés à plus de 300 000 LL. Et les mesures d’urgence adoptées par Abbas Halabi grâce à l’apport de 70 millions de dollars des bailleurs de fonds internationaux, à savoir la Banque mondiale, l’Unicef et l’Unesco, demeurent largement insuffisantes, même si elles sont favorablement accueillies. Sans oublier qu’elles ne touchent pas l’ensemble de la profession, les plus précaires étant laissés sur le carreau, comme les enseignants du secteur technique qui n’ont toujours pas repris les cours.

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Les conséquences du mouvement de grève en pleine rentrée scolaire n’ont pas tardé. Nous avons constaté une « migration massive des élèves vers un secteur privé qui a multiplié les propositions alléchantes », se désole le ministre. Et ce d’autant que le niveau de l’école publique a dramatiquement baissé.

« Alors que l’année dernière, le secteur scolaire public comptait 390 000 élèves, seulement 270 000 écoliers sont aujourd’hui inscrits dans les établissements publics », précise-t-il. Et comme la nécessité de « préserver l’école publique est son défi majeur » à l’heure actuelle, « car il faut aussi préserver les intérêts des élèves », il a finalement réussi, à force de dialogue, à convaincre le corps enseignant de sa « responsabilité » dans la sauvegarde de l’école publique malgré des problèmes persistants. « Je salue la compréhension et la coopération du corps enseignant qui a permis le démarrage de l’année scolaire malgré certaines difficultés toujours sans solution », souligne celui que l’on décrit comme un homme de dialogue, pour son engagement de longue date, notamment auprès du Comité national islamo-chrétien pour le dialogue. « Car l’école publique est en danger. Et j’ai bien expliqué aux enseignants qu’il est de leur intérêt de mettre un terme à leur mouvement de grève », précise-t-il.

Une réforme impossible en temps de crise
C’est là qu’interviennent les mesures d’urgence et à plus long terme pour préserver le secteur et empêcher les enseignants de jeter l’éponge. D’abord cette enveloppe de 70 millions de dollars accordée par la communauté internationale à l’éducation au Liban, répartie entre les enseignants, les établissements et les fournitures. « De ce montant, 37 millions seront alloués aux instituteurs cadrés et contractuels. Ils recevront la somme forfaitaire de 90 dollars par mois durant l’ensemble de l’année, à la condition qu’ils assurent une présence estimée à 90 % du nombre d’heures requis », détaille M. Halabi. Pour permettre à un nombre important de contractuels de bénéficier de cette aide financière versée en plus du salaire, le ministre a « étendu la durée de l’année scolaire à 23 semaines au moins (entre 23 et 26 plus exactement), au lieu de 18 comme fixé par le précédent ministre Tarek Majzoub ». De plus, « 14 millions de dollars convertis au cours du jour seront répartis entre les établissements publics en fonction du nombre d’élèves scolarisés afin de couvrir les frais de fonctionnement et de chauffage ». Enfin, le montant restant doit couvrir « les manuels et fournitures scolaires, les équipements sanitaires ainsi qu’un repas chaud quotidien par élève dans les écoles publiques ».

Pour mémoire

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Quant aux autres revendications des enseignants, notamment la majoration des indemnités de transport, des salaires et du tarif horaire, l’affiliation des contractuels à la CNSS, « elles sont entre les mains du ministère des Finances qui les étudie de manière concomitante avec les conditions de l’ensemble des fonctionnaires », promet M. Halabi. De même, est toujours à l’étude par le gouvernement la question d’un financement public de 500 milliards de LL au secteur éducatif, dont 350 milliards au secteur privé et le reste au secteur public.

Difficile dans le contexte actuel d’engager les réformes éducatives si nécessaires au relèvement d’un secteur en plein essoufflement. Des réformes réclamées à maintes reprises par la Banque mondiale. « Notre plan quinquennal repose sur une nouvelle optique pour le secteur éducatif. Il consiste aussi bien dans l’amélioration de l’infrastructure, des équipements, des laboratoires, que dans la refonte des programmes scolaires déjà en cours, le développement de l’enseignement technique ou la formation des enseignants... » réagit Abbas Halabi. « Mais pour l’instant, nous ne disposons pas du financement pour le mettre en application », regrette-t-il. À moins que l’organisation d’une conférence internationale avec le concours de l’Unesco ne permette de collecter les fonds nécessaires. « Nous sommes en mode de survie, constate le ministre. À l’heure où la population vit une tragédie quotidienne, il est quasiment impossible de parler de réformes et de changements radicaux. » L’important est alors de « continuer à fonctionner afin de sauver ce qui peut l’être au lendemain de la crise sanitaire ».


Il a pris ses fonctions le 10 septembre dernier, jour de la formation du gouvernement dirigé par Nagib Mikati, dans un contexte d’effondrement généralisé du Liban et de son secteur éducatif, autrefois si vanté. Abbas Halabi, ministre de l’Éducation proche du leader druze Walid Joumblatt, a déjà relevé son premier défi. Lancer l’année scolaire en présentiel, après deux années...

commentaires (1)

et ca continu la mendicité pour faire fonctionner l école de la république. à quand une vraie fiscalité ( imposition sur la fortune...) des impots sur les biens des riches...pour faire fonctionner l état ? C EST VRAI la crise économique a le dos large.

barada youssef

11 h 45, le 25 octobre 2021

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Commentaires (1)

  • et ca continu la mendicité pour faire fonctionner l école de la république. à quand une vraie fiscalité ( imposition sur la fortune...) des impots sur les biens des riches...pour faire fonctionner l état ? C EST VRAI la crise économique a le dos large.

    barada youssef

    11 h 45, le 25 octobre 2021

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