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Ce moment a eu lieu lui aussi

Les affrontements du 14 octobre à Tayouné étaient si prévisibles qu’ils nous laissent un goût de tristesse et de découragement. Rien n’a donc changé depuis que le Liban est Liban et que mafias et méfiance y mènent le jeu. Les uns scandent leur religion comme un stupide cri de guerre, prennent les rues en conquérants et, pour impressionner, cassent tout sur leur passage. Ils crient si fort qu’ils réveillent des spectres qu’on croyait endormis ; d’autres sortent leurs armes et « défendent » leur territoire en abattant les agresseurs. Sept morts pour rien. Pour des bravades. Au cœur de ce carnage, un député que sa communauté refuse de soumettre à l’interrogatoire sur la double explosion qui a arraché l’âme de Beyrouth. Qui a dit que les Libanais étaient individualistes ? En groupes confessionnels, ils ont des solidarités de fourmilière.


Ce mois d’octobre ramène avec la première pluie d’autres consternations. Il y a deux ans, les chaînes humaines qui ont occupé les places et cru changer l’inchangeable avaient montré le plus beau visage de ce pays. Au seuil de l’effondrement pressenti, on avait déployé en une fois tout ce dont nous devions avoir besoin dans les mois et les années à venir. On avait conjuré le spectre de la faim en ouvrant des cuisines populaires, et qu’est-ce qu’on n’a pas cuisiné en ce temps-là ! Les marmites bouillaient à plein régime. Faim ou pas faim, tout le monde venait emporter sa part et celle de sa famille. Il y avait sur la place quelques « mammas ». Paola réservait leur écot à ceux de Khandak qui faisaient pourtant partie des casseurs. Elle avait compris l’esprit de ce qu’on appelait « la révolution ». La communauté de destin dictait qu’il n’y ait pas de laissés-pour-compte, surtout eux, surtout ceux-là qui avaient besoin d’entendre, sous les tentes où les professeurs d’université et les experts animaient les débats, la possibilité d’autres discours. L’une des grandes beautés de ce moment exceptionnel n’était pas uniquement la fête permanente, la musique, le lyrisme patriotique, le côtoiement heureux, en un même lieu, de toutes les communautés et classes sociales, la générosité et la nourriture en abondance et l’aide spontanée aux plus démunis que la foule, en brassant les âmes, faisait remonter à la surface et rendait plus visibles. La beauté était dans cette agora où la parole se libérait, où l’on osait remettre en question les discours figés, entérinés par les tribus, dictés aux familles et imposés aux jeunes. On se défaisait des haines transmises, on était prêt à étreindre la société nouvelle qui surgissait dans la frénésie des danses populaires, au son des basses et des claquements des drapeaux. On avait donné la main à des inconnus, formé une chaîne humaine qui traçait notre nouvelle frontière. On le voyait déjà, cet avenir rêvé, débarrassé des mesquineries confessionnelles et de la médiocrité communautaire. On voulait qu’il arrive vite, que cette page se tourne, que l’obscurité emporte ceux qui l’ont provoquée, les seigneurs vieillissants des vieilles guerres, le règne crapuleux des banques et des fortunes obscènes, les milices acquises à des amirautés lointaines auxquelles elles ont promis, pour leur complaire, nos terres et nos enfants, notre liberté et nos espérances. On voulait voir se lever une aurore aux doigts de rose.


La révolte s’est éteinte. Elle avait été trop impulsive. Elle manquait de ruse et de stratégie, voulait tout, tout de suite. Elle a été emportée par la sauvagerie de la répression, la pandémie, l’acuité de la crise. Elle a été infiltrée par les opportunistes de tous crins. Il y eut bien un nuage rose, mais pas celui que l’on attendait. Celui-là s’est élevé sur la ville comme un monstrueux Léviathan. Il s’est abattu sur nous en une double explosion phénoménale, arrêtant net nos vies là où elles se déroulaient. Nous n’avons plus d’avant. Que sera notre après? Nous nous étions juré de ne plus retomber dans le vice du sectarisme. Ce moment a eu lieu lui aussi, et il reste fondateur. Quelles que soient les raisons qui ont convaincu le Parlement d’ouvrir les élections aux émigrés – que la classe politique en place a elle-même poussés au départ –, il y a là une aubaine à saisir. Contre les spectres, votez ! Contre les dragons dévoreurs de jeunesse, contre ceux qui veulent vous réduire à une chair à canon au service de leurs ambitions stériles, votez ! Pour redessiner l’avenir, votez ! Inscrivez-vous aux ambassades avant le 20 novembre et que la chance nous ébauche un sourire. Nous n’avons que trop souffert.


Les affrontements du 14 octobre à Tayouné étaient si prévisibles qu’ils nous laissent un goût de tristesse et de découragement. Rien n’a donc changé depuis que le Liban est Liban et que mafias et méfiance y mènent le jeu. Les uns scandent leur religion comme un stupide cri de guerre, prennent les rues en conquérants et, pour impressionner, cassent tout sur leur passage. Ils crient...

commentaires (4)

On peut toujours pleurer et nous lamenter sur notre destin qui nous échappe faute de patriotisme et de remise en cause de notre volonté à vouloir sauver notre pays. Le pas de chance ne peut pas nous sauver, c’est l’excuse des lâches et des soumis, il va falloir se relever et se mettre tous ensemble en travers de ces vendus pour les stopper dans leur manœuvres de nous tuer à petit feu. Aucun libanais n’a accepté de tenir tête à cette mafia en déclarant une désobéissance civile ni à se rassembler pour dégager ces malotrus de leurs postes de commandements alors qu’ils continuent à leur sucer la moelle. Le pain, les denrées alimentaires, le gaz, l’électricité sont devenus des produits de luxe que seuls les profiteurs du système y ont droit et les autres libanais continuent à payer leur électricité, factures de générateurs etc qui profitent aux mêmes voleurs au pouvoir comme tout le reste pour fournir à ces crapules le train de vie qui lui, n’a pas changé pour eux puisqu’ils utilisent les caisses et les infrastructures du pays pour leur seul confort. On dit que le libanais ne peut plus supporter de privations ni de frustration. Alors comment appelle-t-on ce qu’il est en train de vivre jour après jour à cause de ces voleurs, La belle vie? Pourquoi ne pas agir pour arrêter l’hémorragie? Mystère. Se priver de tout jusqu’à faire céder ces assassins est notre solution au lieu d’être à leur merci alors qu’on sait que le résultat serait le même, nous anéantir mais sans vagues.

Sissi zayyat

13 h 12, le 21 octobre 2021

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Commentaires (4)

  • On peut toujours pleurer et nous lamenter sur notre destin qui nous échappe faute de patriotisme et de remise en cause de notre volonté à vouloir sauver notre pays. Le pas de chance ne peut pas nous sauver, c’est l’excuse des lâches et des soumis, il va falloir se relever et se mettre tous ensemble en travers de ces vendus pour les stopper dans leur manœuvres de nous tuer à petit feu. Aucun libanais n’a accepté de tenir tête à cette mafia en déclarant une désobéissance civile ni à se rassembler pour dégager ces malotrus de leurs postes de commandements alors qu’ils continuent à leur sucer la moelle. Le pain, les denrées alimentaires, le gaz, l’électricité sont devenus des produits de luxe que seuls les profiteurs du système y ont droit et les autres libanais continuent à payer leur électricité, factures de générateurs etc qui profitent aux mêmes voleurs au pouvoir comme tout le reste pour fournir à ces crapules le train de vie qui lui, n’a pas changé pour eux puisqu’ils utilisent les caisses et les infrastructures du pays pour leur seul confort. On dit que le libanais ne peut plus supporter de privations ni de frustration. Alors comment appelle-t-on ce qu’il est en train de vivre jour après jour à cause de ces voleurs, La belle vie? Pourquoi ne pas agir pour arrêter l’hémorragie? Mystère. Se priver de tout jusqu’à faire céder ces assassins est notre solution au lieu d’être à leur merci alors qu’on sait que le résultat serait le même, nous anéantir mais sans vagues.

    Sissi zayyat

    13 h 12, le 21 octobre 2021

  • ""il pleure dans mon coeur comme il pleut sur le pays entier "". pourquoi ce pays est damne comme ca ? pour le reste ,oui l'appel aux emigres de voter en masse est essentiel pour en finir -ne serait ce qu'en partie - des crapules environnantes de tout genre.\ MAIS VOTER POUR QUI ? 5 MOIS AVANT LES ELECTIONS ON N'EN CONNAIT PAS UN SEUL, DE NOM MAIS AUSSI DE PROGRAMME CLAIR ET CONCRET ! oui c'est tres vrai, un pays damne !

    Gaby SIOUFI

    09 h 09, le 21 octobre 2021

  • VOVEZ VOTEZ et VOTEZ !!! mais votez pour le changement sinon nous n’aurons rien fait et surtout pas nous plaindre après si cette même rocaille revient au pouvoir par nos votes

    Khoury-Haddad Viviane

    09 h 04, le 21 octobre 2021

  • Discours sensé, objectif et invite à se ressaisir

    Bassam Youssef

    08 h 40, le 21 octobre 2021

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