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Nos Lecteurs ont la Parole

Mal et spectacle

Le mal et le spectacle politiques sont deux concepts constamment abordés par les penseurs depuis des siècles. Le lien entre les deux n’a toujours pas fait l’objet d’une étude approfondie. Pourtant, ce lien existe. Si les religions du monde ont orchestré des liturgies et mis en scène des cérémonies hebdomadaires pour chasser le mal, en politique, ce spectacle s’improvise au quotidien. Quand tout va mal, certains discours et conjonctures deviennent très vite ludiques. Le peuple devient spectateur d’une situation comique et en rit. Pourtant, le mal, le problème politique, est toujours là. Il ne disparaît pas. L’effet amnésique de ce spectacle est éphémère. Le mal ressurgit constamment : il marque fortement la période de pause entre deux spectacles.

Les politiques jouissent de ce mal qu’ils mettent en scène et qu’ils observent depuis les coulisses, sans vouloir y voir du mal. Ils en rient. Ce rire satisfait leurs pulsions sadiques. Le mal, l’écrasement de l’homme par l’homme, devient leur spectacle. Les politiques se voient victimes d’un peuple divisé et corrompu. Ils sont pourtant auteurs et acteurs de la situation. La définition aristotélicienne de l’homme comme un être naturellement politique entretient l’illusion que l’amitié et la compassion entre les hommes vont de soi. Les politiques, sourds sans être aveugles, s’en servent pour masquer leur hypocrisie. Mais le peuple n’est pas naïf.

Ainsi, plusieurs spectacles se créent et se jouent simultanément. Les spectateurs s’intervertissent. Le mal est pourtant le même. Il est constant. Sa perception est différente. Le rapport mal-spectacle est façonné tantôt par l’intérêt, tantôt par l’indifférence, tantôt par le sadisme, tantôt par la victimisation, tantôt par la compassion, tantôt par la misère et tantôt par l’instinct de survie. Le spectacle politique, soit-il comique ou tragique, devient un besoin vital auprès de certains spectateurs, de par son effet cathartique.

La philosophie et la pensée ont accordé une certaine légitimité aux usages du mal par les politiques. Le mal est considéré comme un instrument légitime dans le but de mettre en place un cadre pour le bien du peuple. Le mal est légitime uniquement quand il est transitoire, passager et constitue un moyen éphémère pour instaurer le bien et la paix durables. Le mal n’a pas lieu d’être quand il s’éternise et devient une fin en soi. Quand le mal se distingue et s’observe seul, il devient illégitime. Le prince signe alors son échec. Le spectateur qui pointe le mal du doigt change de position. Il devient acteur. Il veut remédier au mal. Les autres spectateurs le suivent. Le prince est déchu. Le [petit] prince observe son peuple se venger de lui. Il n’a pas le choix. Le peuple gagne. La justesse et la justice ont le dernier mot.

Le spectacle et les spectateurs sont réversibles. Le mal, motivé par la bonne volonté de vengeance d’une injustice, l’est aussi. Cela requière une conscience et une action collectives, une foi en la justice et une grande patience. L’histoire contemporaine en est témoin, avec le sort des anciens dirigeants politiques voisins balayés par les révolutions du printemps arabe. Le printemps arabe n’est pas encore fini. L’été est proche. Si, selon les livres sacrés, la vraie sagesse commence par la crainte de Dieu, il faut ajouter qu’elle passe aussi par la crainte de l’homme, des hommes.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Le mal et le spectacle politiques sont deux concepts constamment abordés par les penseurs depuis des siècles. Le lien entre les deux n’a toujours pas fait l’objet d’une étude approfondie. Pourtant, ce lien existe. Si les religions du monde ont orchestré des liturgies et mis en scène des cérémonies hebdomadaires pour chasser le mal, en politique, ce spectacle s’improvise au...

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