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Lifestyle - This is America

Dépoussiéré, le balai prend la pose

Synonyme de ménage et presque envoyé au placard avec l’arrivée des aspirateurs, cet objet de grande utilité bénéficie d’un « revival » et (re)trouve ses lettres de noblesse.

Dépoussiéré, le balai prend la pose

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Photo tirée du site officiel du Berea College

Au pays de l’Oncle Sam, qui compte environ 5 300 universités et collèges universitaires, la commémoration des dates marquantes de leur histoire est une tradition scrupuleusement respectée. Ainsi, la célébration du centenaire du Berea College, situé dans l’État du Kentucky, a récemment créé le buzz. À cette occasion, le premier shock and awe est venu de la prestigieuse revue Architectural Digest qui a titré : « Since when were brooms such a cool craft? » Autrement dit : depuis quand les balais sont-ils un objet artisanal tellement cool ? Et pour cause, le Berea College s’est taillé une solide réputation en transformant cet outil ménager en objet décoratif. Dans ce collège d’art, les étudiants fabriquent manuellement des balais dans le plus ancien atelier de fabrication de cet accessoire toujours en activité dans le pays. Ils perpétuent une tradition artisanale américaine de moins en moins pratiquée aujourd’hui et qu’ils sont parvenus à remettre au goût du jour.

Un balai « with a twist » ! Photo tirée du site officiel du Berea College

Un objet design

Cette activité est l’illustration de l’esprit et la philosophie de cette université fondée en 1855 et qui fut la première à caractère interracial et mixte dans le Sud américain. Sa vision était et reste de fournir une éducation abordable aux étudiants ayant un grand potentiel mais des moyens financiers limités. Ces premières valeurs ont façonné l’image de Berea et, actuellement, tous les étudiants qui le fréquentent reçoivent encore une bourse d’études de 4 ans. En contrepartie, il leur est demandé de travailler entre 10 et 15 heures par semaine sur le campus. Au tournant du siècle dernier, le troisième président des lieux avait eu l’idée d’utiliser la commercialisation de l’artisanat traditionnel de la chaîne des Appalaches environnante, très convoité à l’époque, comme moyen de promouvoir l’université. La vague du renouveau des arts et de l’artisanat venait d’arriver aux États-Unis depuis l’Europe, il y avait donc une énorme demande pour des produits fabriqués de manière traditionnelle. Les étudiants pouvaient ainsi apprendre de nombreuses techniques en gardant les coutumes vivantes, notamment le tissage, la céramique et le travail du bois. Sans oublier celle de la fabrication des balais, spécialité de cet institut qui l’a perfectionnée, relokée et qui compte aujourd’hui un grand nombre de fans. Un engouement qui rejoint les actuelles tendances des fans de cottagecore, une vie champêtre animée d’occupations manuelles traditionnelles. Une ambiance très nature proche du roman et de la série télévisée éponyme encore prisé : The Little House on the Prairie (La petite maison dans la prairie). En plein règne de l’aspirateur électrique et autres robots ménagers, le Berea College lui a redonné des lettres de noblesse, des ateliers du collège sortant en permanence des créations détournées de cet outil de nettoyage classique qui sont exposées sur la Toile et distribuées à des boutiques artisanales qui les proposent à la vente. Le choix est grand entre différents modèles dont les faisceaux ont toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Exit les ternes pailles jaunes cachées derrière les portes et bonjour le balai glamour.

En forme de pompon. Photo tirée du site officiel du Berea College

Le balai fusée de Harry Potter

Ces balais new-look sont multiples et surtout fonctionnels, comme celui, court, qui sert à nettoyer les coins de cheminée, le cobwebber destiné à se glisser dans les recoins, le balai fouet fabriqué avec des plumes de dinde, conçu pour balayer les dessus de table. Ou, encore plus ludique, un balai fusée destiné aux sorcières et aux fans de Harry Potter. « Il y a quelque chose de très nostalgique et d’unique dans un balai réalisé à la main, précise Aron Beale, qui dirige les étudiants du département d’artisanat à Berea. C’est un objet riche de sens, au-delà de sa finalité pratique. Les quelque cinq mille balais que nous fabriquons chaque année se vendent souvent très rapidement. Nous travaillons à un rythme effréné pour suivre la demande. » Une association a même été créée avec des agriculteurs locaux pour cultiver le genre de maïs nécessaire à la fabrication du balai. Aujourd’hui, la petite ville de Berea est reconnue comme capitale des arts et de l’artisanat du Kentucky. Son festival annuel attire en juillet plus de 8 000 personnes, soit l’équivalent de la moitié de la population. De plus, le collège a balayé plus loin que devant sa porte, étendant son influence à d’autres griffes inspirées de la sienne. « Nous sommes fiers de fabriquer la Cadillac des balais et celle-ci illustre bien où nous étions et où nous voulons aller », affirme Chris Robbins, directeur de l’artisanat du balai dans ce collège. Ces objets à la fois utiles et amusants sont faits à partir d’une plante connue sous le nom de Dorgho vulgare, similaire au maïs autrefois cultivé pour l’alimentation animale. Et c’est Levi Dickinson, un fermier de la Nouvelle-Angleterre, qui découvre, à la fin du XVIIIe siècle, que ce matériau est capable, plus que d’autres, de saisir la saleté et la poussière. Néanmoins, la culture du sorgho demande beaucoup de travail et la récolte ne peut se faire que manuellement. Pendant des milliers d’années, et encore aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, les balais étaient conçus pour répondre à des besoins spécifiques et à partir de tout ce qui était à portée de main : des roseaux ou diverses herbes, le tout attaché à un bâton enfoncé. Les Américains ont créé le balai tel que nous le connaissons aujourd’hui. À ce sujet, le New York Times commente, sarcastique : « Compte tenu de l’héritage puritain de ce pays et de son mélange de piété et de propreté, il n’est pas surprenant que la contribution singulière de l’Amérique à l’artisanat mondial soit la collecte améliorée de la poussière dans des coins inaccessibles ! »


Au pays de l’Oncle Sam, qui compte environ 5 300 universités et collèges universitaires, la commémoration des dates marquantes de leur histoire est une tradition scrupuleusement respectée. Ainsi, la célébration du centenaire du Berea College, situé dans l’État du Kentucky, a récemment créé le buzz. À cette occasion, le premier shock and awe est venu de la prestigieuse revue...

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