Alerte de LinkedIn, le réseau social de l’emploi : une agence de presse internationale cherche photographes et correspondants au Liban. Depuis la guerre, ce genre d’annonce évoque toujours pour nous Libanais quelque chose de vulturin. Ainsi, semblons-nous nous diriger vers un crescendo de violence, orchestré par le divin parti scandalisé de voir un juge demander la comparution de ses alliés. Comparution, justice, enquête, interrogatoire, mandat d’arrêt, un champ lexical inconnu dans un milieu où le seul discours autorisé est scandé de l’index, modulé selon l’humeur du jour – toujours maussade – et repris en chœur par un public de longue date habitué à ne chercher ses mots que dans la gamelle où ils lui ont été mâchés crachés. À quoi bon s’embarrasser de justice quand on a des armes ? Et à quoi servent les armes sinon à étouffer toute velléité de débat? Dès aujourd’hui, nous assisterons à ce spectacle étrange : les « mostiks » et autres rouleurs de mécaniques, qui ont naguère bastonné les débonnaires rebelles du 17 octobre, vont à leur tour manifester sur ordre de leur hiérarchie. Ils n’ont pas de droits à revendiquer : celui d’obéir leur suffit, celui d’adorer les comble. La corruption ne les dérange pas, tant qu’ils ont le privilège d’en recevoir les reliefs. L’inflation, la paupérisation, ils s’en accommodent avec une mystérieuse docilité. Non, s’ils manifestent, c’est contre un pouvoir judiciaire qui a l’audace de se prétendre indépendant et jouer dans sa propre cour. Un juge s’arroge le droit d’émettre des mandats d’arrêt contre ceux dont ils n’oseraient pas effleurer la tunique, et cela leur est proprement outrageux. Combien avons-nous vu, dans la courte histoire de ce pays, des chefs de clan protéger des crapules, des assassins promus héros, des tueurs à gage transformés en demi-dieux, des prisonniers purger leur peine dans des palaces. Et la justice éternellement bafouée.
Aussi, quand un juge tel que Tarek Bitar se montre à ce point inébranlable face aux cohortes estomaquées par sa résistance et qui veulent littéralement sa peau, on ne peut qu’applaudir des deux mains. Les victimes de la double explosion de Beyrouth ne sont pas près de laisser passer la dernière occasion de connaître au moins une partie de la vérité sur ce qui a emporté leur dernière étincelle d’espérance. Le juge travaille seul, certes, et l’on sait la somme incalculable de documents qu’il lui faut analyser et recouper. Mais de cette plongée dans un des dossiers le plus sales de l’histoire contemporaine, on ne peut émerger bredouille.
Que les tranchées se creusent et que le pays se scinde au prétexte de la manifestation annoncée n’étonnera personne. Rarement le mal ne se sera autant banalisé que sous nos cieux, et à cela, pour garder notre humanité et notre dignité, il nous faut fermement, courageusement résister. Voilà des années que nous vivons en permanence à l’ombre d’une sourde menace qui se réalise par sursauts. Nous enchaînons les deuils, nous assistons à des morts horribles, nous menons des vies sans qualité. Notre potentiel s’épuise à ce jeu de serpents et d’échelles. À qui tout cela profite-t-il ? Aujourd’hui, nous assisterons à un nouvel épisode du thriller qui sert de trame à nos destins fatigués. Les morveux vont se moucher – bien bruyamment – et nous serons au spectacle. Voyons quels seront les slogans de leur drôle de cause et quelle cape de légitimité ils jetteront sur leurs revendications. Voilà longtemps qu’on ne les a pas vus brûler de drapeaux américains ou israéliens. Faute de mieux, ce sera peut-être une bonne occasion de le faire. On a la civilisation qu’on peut.


Nostalgique Mme Fifi . Vous vivez encore dans une époque révolue de la révolution libanaise des tintements des casseroles, croyant qu'elle est le sosie de celle de Saint Petersbourg .. j'aimerais bien que vous nous racontiez un de ces quatre les performances de ladite sawra avérée de mauvais augure. Depuis son début et jusqu'à ce jour le pays n'a pas connu un moment de répit .
16 h 24, le 21 octobre 2021