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Société - Crise

« Le Liban est une prison » : pour les travailleuses migrantes, quitter le pays est une lutte

En sus des problèmes purement financiers, les travailleurs migrants doivent trop souvent, avant tout, essayer de récupérer leur passeport.

« Le Liban est une prison » : pour les travailleuses migrantes, quitter le pays est une lutte

Des travailleurs migrants manifestant devant le consulat de Gambie à Beyrouth, peu après l’explosion du port du 4 août 2020. Anwar Amro/AFP

La dernière fois que Tigets a vu son fils, il avait deux ans. C’était avant qu’elle ne quitte l’Éthiopie pour le Liban, où elle avait trouvé un emploi qui devait lui permettre de soutenir financièrement la vie et l’éducation de son fils. C’était il y a quatre ans. Il lui semblait alors que la séparation était un sacrifice qui en valait la peine.

« Il y a deux ans, je pouvais envoyer beaucoup d’argent à ma famille, je travaillais et étais heureuse ici », déclare l’employée de maison de 42 ans, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas publié. Mais, désormais, le Liban en crise est devenu un purgatoire dans lequel elle est coincée, un pays dans lequel elle ne gagne plus assez d’agent pour couvrir les besoins de son fils.

L’employeur de Tigets, un agent immobilier, lui dit qu’il n’a pas été payé depuis un an et demi et qu’il n’est pas en mesure de lui verser son salaire, qui était auparavant de 400 dollars par mois. Son contrat de travail a pris fin il y a un an, donc, techniquement, elle est libre de partir, dit Tigets. Mais aujourd’hui, elle ne peut même plus envoyer de l’argent à sa mère pour payer les fournitures scolaires de son fils. Alors acheter un billet d’avion… « Je suis coincée ici, déclare-t-elle. Je connais la situation et la crise que traverse mon employeur, mais en ce moment, le Liban est une prison pour moi. »

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Depuis le début, il y a deux ans, de la grave crise économique au Liban, les demandes de rapatriement ont augmenté au sein de la communauté des travailleurs migrants au Liban. Et ce d’autant plus après l’abandon, par leurs employeurs, de centaines de travailleurs, jetés devant leurs consulats, souvent sans argent, sans nourriture ni même leurs documents officiels.

Un certain nombre d’obstacles empêchent de nombreuses personnes de partir, notamment le prix des billets d’avion, les salaires impayés et le fait que des employeurs n’aient pas rendu leur passeport à de nombreux travailleurs migrants.

Une autre Éthiopienne, qui a requis l’anonymat, déclare à L’Orient Today que ses employeurs l’ont renvoyée parce qu’ils n’avaient plus les moyens de payer son salaire. « Aujourd’hui, je ne peux même pas acheter des tampons ou des serviettes hygiéniques, je ne peux même pas acheter des denrées alimentaires basiques. Pour éviter de sentir la faim, je dors le plus possible », raconte cette femme qui s’est installée chez des amis. « Je veux retourner dans mon pays pour essayer de trouver un emploi ailleurs... n’importe où sauf ici », dit-elle.

Avant la crise économique, l’on comptait quelque 200 000 travailleurs domestiques migrants au Liban. Dans le cadre du système de kafala, ou parrainage, ces travailleurs sont liés à un employeur spécifique et n’ont pas les mêmes droits que les autres employés en vertu de la législation du travail.

Si le nombre de travailleurs migrants ayant quitté le Liban, depuis le début de la crise, n’est pas clair, une enquête auprès de plus de 1 000 travailleurs migrants au Liban menée par l’Organisation internationale pour les migrations plus tôt cette année révèle que près de la moitié souhaitent rentrer chez eux.

Depuis la crise économique au Liban, des abus tels que le non-paiement des salaires, le licenciement abusif ou la rupture de contrat par les employeurs sont en augmentation, indique à L’Orient Today Zeina Mezher, coordinatrice nationale de projet au bureau de l’OIM à Beyrouth. Et de nombreux travailleurs migrants ont du mal à trouver un moyen de quitter le Liban, précise-t-elle. Même s’ils avaient l’argent pour acheter un billet d’avion, note-t-elle encore, de nombreux travailleurs n’ont pas accès à leur propre passeport, qui est généralement confisqué par l’employeur. Par ailleurs, de nombreux travailleurs migrants ont dépassé la validité de leur permis de séjour au Liban et s’exposent à des conséquences juridiques potentielles s’ils tentent de partir.

Certaines ambassades, ONG et organisations internationales sont intervenues pour aider à évacuer les travailleurs bloqués. Récemment, l’ambassade des Philippines a annoncé qu’elle avait évacué 280 travailleurs du Liban, dont la plupart étaient « sans papiers et en situation de détresse ». En juillet dernier, 20 Éthiopiennes ont pu rentrer chez elles quand leurs frais de voyage ont été couverts par Egna Legna Besidet, une organisation de défense des droits des migrants éthiopiens basée au Liban, ainsi que par l’OIM. De nombreuses femmes avaient été victimes de harcèlement et d’abus sur leur lieu de travail, indique Egna Legna Besidet, et quatre d’entre elles étaient en prison lorsque l’ONG est intervenue. « Nous essayons d’aider ces femmes autant que nous le pouvons, l’ambassade d’Éthiopie n’a pas fait grand-chose, mais c’est peut-être parce qu’elle n’a pas de moyens financiers à cet effet », explique Banchi Yimer, la fondatrice d’Egna Legna Besidet. « Il y a encore beaucoup de femmes qui essaient de partir mais ne le peuvent pas parce que leurs employeurs ne paient pas leur billet ou ne leur donnent pas leur salaire. Chaque mois, le nombre de ces cas augmente progressivement », souligne Banchi Yimer. « Mon seul espoir est que nous puissions continuer à recevoir des fonds pour aider autant de femmes que possible », dit-elle encore, avant de préciser que dans de nombreux cas, des avocats sont intervenus pour aider à faire pression sur les employeurs afin qu’ils règlent les salaires des travailleurs ou remettent leurs documents d’identité.

Plusieurs tentatives visant à annuler ou réformer la kafala, un programme largement critiqué de parrainage des travailleurs domestiques du Liban, ont échoué au fil des ans. En 2020, Lamia Yammine, alors ministre du Travail sortante, avait publié un nouveau contrat de travail unifié, salué comme un pas en avant pour les droits des travailleurs migrants. Ce nouveau contrat pouvait être résilié par un travailleur sans le consentement de son employeur avec un préavis d’un mois. Il garantissait aussi un salaire minimum national et interdisait explicitement aux employeurs de confisquer les passeports des travailleurs.

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Sous la pression des agences de recrutement de travailleurs, le Conseil d’État, le plus haut tribunal administratif du pays, a bloqué la mise en œuvre du contrat. Les réformes sur ce dossier ont également été entravées par le fait que pendant treize mois, d’août 2020 au 10 septembre 2021, le Liban n’était doté que d’un gouvernement d’expédition des affaires courantes. Le cabinet de Nagib Mikati a obtenu la confiance du parlement le 20 septembre.

« Avec le nouveau gouvernement, nous espérons que le nouveau ministre du Travail ne se contentera pas de faire pression pour un système plus humain concernant les travailleurs domestiques migrants », déclare Diala Haidar, chargée de campagne d’Amnesty International au Liban, ajoutant espérer que les autorités appliqueront correctement toute nouvelle réglementation. En attendant, alors que les réformes se font attendre, Diala Haidar précise que « la justice libanaise, le gouvernement et les autorités ont le devoir de protéger ces travailleurs et de les renvoyer sains et saufs chez eux ».

Althea, une employée de maison philippine qui travaille actuellement dans un café au Liban, fait partie des chanceuses qui partent. Après 11 ans au Liban, elle devrait quitter le pays fin septembre ; son employeur a payé le billet. Mais l’avenir ne paraît pas tout rose pour autant. « Tout cela est un peu étrange pour moi. Je ne suis pas rentrée une seule fois aux Philippines ces onze dernières années, car tous les membres de ma famille sont morts, explique-t-elle. Je ne me sentirai pas chez moi là-bas, et je ne me sens pas non plus chez moi ici. »

(Cet article a été originellement publié en anglais par « L’Orient Today » le 16 septembre.)

La dernière fois que Tigets a vu son fils, il avait deux ans. C’était avant qu’elle ne quitte l’Éthiopie pour le Liban, où elle avait trouvé un emploi qui devait lui permettre de soutenir financièrement la vie et l’éducation de son fils. C’était il y a quatre ans. Il lui semblait alors que la séparation était un sacrifice qui en valait la peine. « Il y a deux ans, je...

commentaires (5)

Honteux honteux honteux je ne sais pas quoi dire ......

Derwiche Ghaleb

13 h 05, le 28 septembre 2021

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Commentaires (5)

  • Honteux honteux honteux je ne sais pas quoi dire ......

    Derwiche Ghaleb

    13 h 05, le 28 septembre 2021

  • Au « Liban d’abord » : et pourquoi est ce que se serait aux femmes libanaises de travailler comme domestiques ? Les hommes ne peuvent pas en faire de même ?

    Ghandour Yasmine

    10 h 57, le 28 septembre 2021

  • Pendant la guerre j'ai supplié les libanaises d'être une seconde maman pour mes enfants pendant que je travaillais et elles ont refusé j'ai n'est eu que le choix d'engager une nounou. Elles sont toutes des princesses.. Il est honteux de ne pas payer le billet de retour de ses femmes qui en ont droit. L'Etat et les ambassades doivent s'en charger vu que les politiciens ont volé l'argent du peuple.

    Georges Zehil Daniele

    10 h 47, le 28 septembre 2021

  • Il faut que les Libanaises arretent cette fierte mal placee et travaillent commes domestiques. Comme les portugaises, les polonaises, les mexicaines. Nous ne sommes pas une race superieure, le nettoyage nest pas une honte. Et si ces dames libanaises ne veulent pas travailler commes domestiques quelles arretent de se plaindre de la crise. Il y a plein de boulots de domestiques a 4millions de livres dont personne ne veut, preferant se plaindre et demander des assistances.

    Mon compte a ete piraté.

    10 h 03, le 28 septembre 2021

  • travailleurs domestiques migrants » C EST L ESCLAVAGE MODERNE A LA LIBANAISE : quelle HONTE POUR CE PAYS DES MAFIEUX

    barada youssef

    01 h 10, le 28 septembre 2021

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