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Politique - Décryptage

Un malaise sunnite en perspective...

Même s’il reste encore feutré, le malaise au sein de la rue sunnite commence à se préciser. Il est devenu perceptible vendredi, sur les réseaux sociaux, lorsque certains commentateurs ont parlé d’instructions données apparemment par Dar el-Fatwa aux imams des mosquées pour attaquer le juge d’instruction Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port, et défendre ainsi indirectement le député Nouhad Machnouk, passible de poursuites judiciaires dans ce dossier en sa qualité d’ancien ministre de l’Intérieur. Il n’y a certes eu aucune confirmation officielle de la part de Dar el-Fatwa, et les polémiques ne se sont pas envenimées ouvertement, mais des sources proches de la plus haute instance sunnite évoquent de plus en plus le mécontentement des cheikhs, qui ne se sont pas tous conformés à cette directive, et l’absence d’une politique claire.En réalité, au Liban, le mufti de la République dépend officiellement de la présidence du Conseil, et un budget de l’État est consacré à Dar el-Fatwa qui reçoit, en plus, des aides de certains pays arabes. Chaque cheikh relevant de cette institution reçoit ainsi un salaire, ainsi que des moyens pour pouvoir aider les membres de sa communauté dans les régions dont il a la responsabilité. En principe, les cheikhs dans les régions et les responsables de mosquée sont nommés par le mufti en concertation avec le Conseil religieux de la communauté, mais selon la tradition établie depuis des décennies, le mufti de la République travaille en étroite collaboration avec le président du Conseil, le premier représentant l’autorité religieuse de la communauté et le second le pouvoir politique. En général, le Premier ministre est soit l’homme fort de la communauté sur le plan politique et populaire, soit une personnalité choisie ou approuvée par lui (qui est en quelque sorte le leader de la communauté sunnite et qui bénéficie aussi d’appuis régionaux, notamment de la part de l’Égypte et des pays du Golfe, avec en tête l’Arabie saoudite). Les deux volets politique et religieux de la communauté doivent donc travailler de concert et assurent une grande stabilité au sein de la rue. Le problème depuis quelque temps, c’est la situation confuse de l’ancien Premier ministre Saad Hariri et ses relations chaotiques avec les dirigeants saoudiens. Considéré comme le leader actuel de la communauté sunnite, après l’assassinat de son père Rafic, Saad Hariri est aussi très proche du mufti Abdellatif Deriane. C’est d’ailleurs là l’une des raisons qui avaient poussé le mufti à refuser de recevoir le candidat à la formation du gouvernement Samir el-Khatib, poussant ce dernier à renoncer (novembre-décembre 2019), tout comme elle l’avait poussé à entretenir des relations tièdes avec l’ancien président du Conseil Hassane Diab.

Toutefois, la détérioration des relations de Saad Hariri avec les dirigeants saoudiens, en particulier avec l’héritier du trône, Mohammad ben Salmane, a eu un impact évident sur la scène sunnite libanaise. D’abord, l’ancien président du Conseil et son camp ont tenté de garder autant que possible le secret au sujet de cette détérioration. Mais elle s’est malgré tout traduite par un désintérêt perceptible de Riyad envers le Liban, et même à l’égard de Dar el-Fatwa. Ce qui ne pouvait qu’avoir des répercussions sur les cheikhs qui ont chacun leur réseau avec plusieurs capitales arabes. Les instructions communiquées en général dans le cadre des réunions élargies ont commencé à être moins précises et, parfois, certains cheikhs ayant des connexions particulières ont commencé à ne plus les respecter.

À ce climat politique plutôt malsain sont venues s’ajouter la crise économique et la chute de la livre par rapport au dollar, qui ont eu un impact fort sur la valeur des salaires des cheikhs. De même, les aides, pour plus d’une raison, dont le désintérêt saoudien à l’égard du Liban, se sont réduites et le mufti de la République a été obligé de faire des restrictions dans les régions, surtout les plus éloignées de la capitale, qui sont aussi en général les plus défavorisées. Même sur le plan structurel, des postes sont devenus vacants (les imams des mosquées passent en effet à la retraite à l’âge de 72 ans), sans qu’il n’y ait, dans certains cas, de nouvelles nominations. Selon des sources proches de Dar el-Fatwa, les cheikhs ont de plus en plus l’impression d’être abandonnés ou remarquent un certain laisser-aller dans la gestion des affaires de la communauté.

De même, la tragédie de Tleil au Akkar, avec l’explosion meurtrière d’une citerne d’essence le 15 août dernier, a encore plus accentué le malaise des sunnites qui n’ont pas senti que Dar el-Fatwa a réagi rapidement et efficacement alors que le Hezbollah, à travers ses alliés dans la région, s’est montré plus actif, offrant directement des aides aux familles affectées par cette explosion.

C’est dans ce contexte à la fois confus et complexe que Dar el-Fatwa aurait donné des instructions aux imams des mosquées pour attaquer le juge Bitar dans leurs prêches du vendredi. Certains se sont conformés à ces instructions, mais d’autres n’ont pas obtempéré. Cette diversité dans l’exécution des instructions est en elle-même un symptôme du malaise au sein de l’institution religieuse, mais aussi le reflet du malaise vécu actuellement par l’ensemble de la communauté. Même si la plupart des personnalités sunnites influentes sont convaincues que le chef du courant du Futur Saad Hariri reste le leader de la communauté, elles estiment néanmoins qu’il a perdu une partie de sa puissance et de sa popularité. Les neuf mois qu’il a passés en tant que Premier ministre désigné sont interprétés de manières différentes. Pour certains, le fait qu’il ait tenu bon face au président de la République et à son camp l’ont fait apparaître comme le véritable défenseur des droits des sunnites. Pour d’autres en revanche, la rue est fatiguée et elle a désormais essentiellement besoin de solutions à ses problèmes quotidiens. Si le gouvernement Mikati prend donc quelques décisions en ce sens, il pourrait obtenir l’adhésion de la population. D’autres personnalités pourraient aussi vouloir renforcer leur popularité au sein de la rue sunnite, dans la perspective des prochaines élections législatives. Des leaders régionaux pourraient ainsi apparaître et renforcer leur influence. Si le mufti Deriane ne parvient pas à rassembler toutes ces personnalités sous sa houlette, cela pourrait aboutir à des rivalités de nature à affaiblir l’ensemble de la communauté. Or, dans le système confessionnel actuel, si une communauté, surtout si elle est aussi importante que les sunnites, va mal, c’est tout le pays qui souffre...


Même s’il reste encore feutré, le malaise au sein de la rue sunnite commence à se préciser. Il est devenu perceptible vendredi, sur les réseaux sociaux, lorsque certains commentateurs ont parlé d’instructions données apparemment par Dar el-Fatwa aux imams des mosquées pour attaquer le juge d’instruction Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port, et défendre...

commentaires (1)

dans le système confessionnel actuel, si une communauté, surtout si elle est aussi importante que les sunnites, va mal, c’est tout le pays qui souffre. en reflechissant un peu on contate que toutes les communautés recoivent de l argent de l étranger comment voulez vous que ce pays devient indépendant .il est temps de mettre fin à la mendicité collective et se mettre au travail pour le bien de tous

barada youssef

01 h 29, le 28 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • dans le système confessionnel actuel, si une communauté, surtout si elle est aussi importante que les sunnites, va mal, c’est tout le pays qui souffre. en reflechissant un peu on contate que toutes les communautés recoivent de l argent de l étranger comment voulez vous que ce pays devient indépendant .il est temps de mettre fin à la mendicité collective et se mettre au travail pour le bien de tous

    barada youssef

    01 h 29, le 28 septembre 2021

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