Le juge Bitar à qui l’investigation périlleuse de l’explosion au port de Beyrouth a été confiée a mené son enquête d’une main de maître et avec brio. Il a réussi à démontrer trois choses. Tout d’abord que le corps judiciaire dans notre pays n’est pas tout à fait pourri et que des gens de valeur sont encore dignes de confiance et sont prêts au péril de leur vie de faire triompher la justice et de surmonter les entraves que les corrompus et les mafieux essayent de mettre sur leur chemin. Le juge Bitar a confirmé, au cours de son enquête, vers qui les documents publiés par les médias montraient du doigt comme responsables par action ou par omission de ce tragique incident. La plus grande responsabilité revenant de fait à qui est vraiment l’acteur ou à celui qui protège l’acteur !
Le juge Bitar a également montré sa détermination à poursuivre son enquête jusqu’au bout. Les menaces qu’il reçoit ces derniers jours indiquent indubitablement qui sont les responsables réels de ce drame très probablement accidentel. À partir de ce moment-là que peut-il arriver ? Il peut arriver que le juge soit assassiné, ce qui serait très regrettable, car des hommes comme lui ne courent pas les rues et qu’il pourrait avoir un rôle important à jouer dans le Liban de demain auquel nous rêvons.
De toute façon, nous voyons déjà de multiples tentatives de blocage de l’enquête se mettre en place. Donc au risque de ne pas aboutir, et si cette enquête devait surmonter toutes les entraves et aboutir un jour, comme a abouti le tribunal international de l’assassinat de Rafic Hariri, la probabilité de voir condamner quelqu’un est infinitésimale. En résumé, il y a de fortes chances que cette affaire tourne en rond pour aboutir à une fin qui ne va ni découvrir les vrais responsables ni leur faire payer leur crime, entre-temps le risque de perdre le juge Bitar est grand. Par ailleurs, notre juge n’est pas du genre à démissionner facilement et il ne le fera très probablement pas de son propre gré surtout avec tous les encouragements qu’il reçoit de tout un peuple écrasé par la corruption, la pauvreté et l’injustice ; d’où l’idée de créer paradoxalement un groupe de personnes qui le prient de démissionner et de ne pas risquer sa vie inutilement.
Peut-être qu’une pétition lui demandant de le faire devra être mise en circulation. Sa mission a été accomplie, car rien ne peut plus dévoiler les coupables que les coupables eux-mêmes ne l’ont fait, et que d’autre part il ne pourra pas faire plus que le tribunal international n’a fait : c’est-à-dire condamner les vrais coupables. Sauvons ce juge unique avant qu’il ne soit trop tard.
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