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Lifestyle - Rencontre

Michel Chebli, le changement dans la sérénité

Sur les escaliers de Gemmayzé, une terrasse conviviale et un hôtel rappellent que tout n’est pas encore perdu. Bienvenue au Grand Meshmosh Hotel.


Michel Chebli, le changement dans la sérénité

Michel Chebli à l’entrée de son hôtel. Photo Carla Henoud

C’est en 2013 qu’il a décidé de changer de vie. Il avait 36 ans. En devenant propriétaire du Grand Meshmosh Hotel, Michel Chebli a déposé ses envies et ses valeurs sur les charmants escaliers de Gemmayzé, où il tente avec succès, depuis cinq ans, de proposer une forme de tourisme alternatif. Un choix courageux et radical qui lui a fait abandonner, sans regrets, ses domaines de prédilection, le génie et le commerce, et une carrière réussie dans l’entreprise familiale. Le déclic a eu lieu en 2011, quand le nouveau visage de Beyrouth après la reconstruction commençait à se dessiner, accompagné d’une importante promotion du tourisme de luxe et la confirmation d’une économie et d’un pays à deux vitesses. Michel Chebli, qui a grandi à Beyrouth, réfléchit alors aux alternatives. Il part en Inde et au Sri Lanka durant de longs mois pour se ressourcer. Quand il rentre au pays, nous sommes en 2013 et les élections législatives se préparent. Il décide de se présenter dans la capitale en tant que candidat indépendant pour présenter une autre voie, celle d’un Liban différent, plus égalitaire, moins tourné vers le confessionnalisme et les partis traditionnels. Les élections sont ajournées… jusqu’en 2018. « Il fallait, d’une façon ou d’une autre, initier un changement. J’ai commencé à penser à un tourisme plus ouvert où les personnes qui visitent le pays cohabiteraient avec ses habitants. Quand les personnes se mélangent, une nouvelle ouverture se crée et d’autres perspectives se mettent en place », explique le quadragénaire, installé à la terrasse du Grand Meshmosh Hotel. En roulant lentement sa cigarette, il raconte, sans se presser : « J’ai envisagé plusieurs quartiers de Beyrouth, notamment Furn el-Chebback, Badaro, Sodeco, Ras el-Nabeh, Gemmayzé, Jeitaoui, Mar Mikhaël et Bourj Hammoud, pour mettre en place un espace où les étrangers de passage au Liban découvriraient le quotidien des quartiers populaires. »


Une des chambres du Grand Meshmosh Hotel. Photo DR

Son choix se porte finalement sur un immeuble de quatre étages, discret, qui abrite actuellement le Grand Meshmosh Hotel. « Je le connaissais pour y avoir habité le 4e étage de 2002 à 2008. Ici j’ai eu l’impression que le temps passait très lentement et cela me rappelait mon enfance. J’ai donc décidé de donner mon sobriquet d’enfant à l’hôtel. Quand j’étais petit, la famille m’appelait Meshmosh (un diminutif de Michel). » Et Grand sans doute pour ne pas se prendre au sérieux.

Le bâtiment, qui date des années cinquante, paraissait déjà charmant même s’il était alors complètement abandonné et nécessitait de nombreux travaux. Il fallait certes effectuer une nouvelle division de l’espace pour prévoir des dortoirs, des chambres avec et sans salles de bains et des suites. Mais il fallait aussi remplacer le carrelage, restaurer portes et fenêtres, revoir l’étanchéité. Michel Chebli contracte alors un prêt auprès du programme Kafalat et entame les travaux en février 2015. En janvier 2016, il reçoit ses premiers clients, un groupe d’Européens venus tourner un film au Liban avec, au total, 4 suites, 24 chambres et 4 dortoirs dotés de 20 lits.


Un espace simple et convivial où il fait bon prendre son temps. Photos Carla Henoud

Plats du jour et panneaux solaires

Petit à petit, le Grand Meshmosh Hotel se fait une réputation jusqu’à afficher souvent complet. Au bout de quelques années, une annexe est créée pour recevoir plus de voyageurs, dans un bâtiment situé un peu plus loin dans la rue.

C’est que l’hôtel est prisé non seulement des touristes étrangers qui veulent être proches de la ville et de ses habitants, loin des sentiers battus du tourisme de luxe ou celui proposé par les agences de voyages, mais aussi par des Libanais, architectes et artistes, qui soutiennent l’initiative de Michel Chebli, en lui ramenant des clients. Une terrasse aux chaises et aux tables multicolores est aménagée. Une salle à manger, une cuisine opérationnelle tous les jours et un jardin très coquet suivront. À partir de 2016, trois chefs se relaient en cuisine, présentant des plats locaux et européens à des prix imbattables. C’est le cas jusqu’à présent. Le restaurant de l’hôtel présente une carte variée, annoncée sur une grande ardoise modifiée tous les jours et placée devant la terrasse, sur les escaliers de Gemmayzé.


Un espace simple et convivial où il fait bon prendre son temps. Photos Carla Henoud

« Le plus dur a été la période de confinement, l’année dernière. Le travail s’est arrêté et il n’y avait plus de voyageurs. En juillet 2020, les choses ont commencé à aller mieux et puis il y a eu l’explosion de Beyrouth », raconte le propriétaire de l’hôtel.

Le Grand Meshmosh est touché de plein fouet. Pas de blessés, heureusement, mais de lourds dégâts. Au lendemain de la double explosion du port, il a fallu remplacer les vitres, les cadres des fenêtres, repeindre… L’hôtel a rouvert ses portes au bout de six jours, recevant notamment les habitants du quartier autour d’un verre ou d’un café, pour garder un semblant de normalité et de sécurité pour ceux qui vivent dans un Beyrouth détruit.

Imbattable dans les initiatives qui visent à rassembler les personnes de tous bords et à créer des activités dans le cadre desquelles les gens se mélangent et se découvrent, peu avant le confinement de 2020, Michel Chebli a conçu non loin de l’hôtel un espace de travail destiné à tous ceux qui ont envie ou sont obligés de travailler hors de leurs bureaux ou de leurs maisons. Aujourd’hui, même s’il fonctionne au ralenti, il reste ouvert.


Bienvenue à The Grand Meshmosh Hotel. Photo Carla Henoud

Déterminé et serein, il croit au changement et ne perd pas espoir même si, il le reconnaît, le Liban aujourd’hui passe par la plus importante crise de son histoire. Mais Michel Chebli ne compte pas baisser les bras. Son Grand Meshmosh Hotel continue d’accueillir des voyageurs, des clients pour déjeuner, dîner ou prendre un verre. Il souhaite même, bientôt espère-t-il, devenir de plus en plus indépendant du courant électrique fourni parcimonieusement par EDL et par les générateurs d’électricité en ajoutant des panneaux solaires à ceux qui sont déjà installés et utilisés pour chauffer l’eau.

Dans un Liban qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans la crise, et au cœur d’une ville noyée dans l’obscurité et la tristesse, et pas encore entièrement reconstruite, Michel Chebli réussit à préserver un espace de convivialité. Une parenthèse de calme et de sérénité qui, même pour un instant, insuffle aux visiteurs de petites lueurs d’espoir.

C’est en 2013 qu’il a décidé de changer de vie. Il avait 36 ans. En devenant propriétaire du Grand Meshmosh Hotel, Michel Chebli a déposé ses envies et ses valeurs sur les charmants escaliers de Gemmayzé, où il tente avec succès, depuis cinq ans, de proposer une forme de tourisme alternatif. Un choix courageux et radical qui lui a fait abandonner, sans regrets, ses domaines de...
commentaires (1)

Bravooo rien d’autre à ajouter. J’admire toujours ces jeunes libanaises et libanais courageux malgré vents et marées, qui regardent toujours de l’avant bien que les nuages ne nous augurent rien de bon… pour le moment en tout cas. Bravooo encore et bonne chance à vous Michel

Khoury-Haddad Viviane

09 h 08, le 23 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • Bravooo rien d’autre à ajouter. J’admire toujours ces jeunes libanaises et libanais courageux malgré vents et marées, qui regardent toujours de l’avant bien que les nuages ne nous augurent rien de bon… pour le moment en tout cas. Bravooo encore et bonne chance à vous Michel

    Khoury-Haddad Viviane

    09 h 08, le 23 septembre 2021

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