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Culture - Festival de la BD

En octobre, Beyrouth va faire des bulles

Du 6 au 10 octobre, le Liban va faire des bulles en accueillant, dans le cadre de son Beyrouth BD Festival, quarante auteurs issus de quatorze pays, pour 30 événements, dix expositions et six concerts dessinés.


En octobre, Beyrouth va faire des bulles

Des visuels du festival et l’affiche réalisée par la Libanaise Raphaëlle Macaron.

L’Institut français du Liban (IFL) a organisé hier une conférence de presse pour présenter le programme du Beyrouth BD Festival, qui aurait dû se dérouler en 2020, dans le cadre de l’Année de la bande dessinée en France. Contraint de le reporter à la suite du drame du 4 août, l’IFL est néanmoins resté engagé dans son souhait de « faire découvrir au public libanais cette discipline aux multiples facettes, profondément ancrée dans le paysage artistique et culturel de notre pays », comme l’a indiqué Marie Buscail, directrice de l’institut, qui s’est d’abord réjouie de cette rencontre en présentiel, à laquelle assistaient les journalistes, bédéistes, lecteurs et représentants d’établissements scolaires. « Ce festival est un événement d’ampleur, a-t-elle ajouté, qui sera prêt à accueillir beaucoup de monde et ouvrira le chemin du retour vers le public et vers la normalisation. Un événement autour d’une forme de littérature, mais qui allie aussi l’art de dessiner et beaucoup d’autres formes d’art. » « Ce festival a eu une longue gestation, deux ans de préparation, a-t-elle poursuivi, mais nous sommes, à l’Institut français, tenaces et déterminés quand il s’agit de transmission de culture et nous sommes nombreux à avoir porté ce projet. Grâce au formidable travail d’équipe et à nos partenaires, l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), Lyon BD, La Mu ’taz and Rada Sawwaf Arab Comics Initiative (AUB) et à nos amis suisses, canadiens, français et belges, grâce à tous ces soutiens, à toutes ces énergies, nous avons levé tous les obstacles et réussi aujourd’hui à faire que le festival voie le jour au bout de ce long cheminement. »

Considéré comme le neuvième art, mais aussi comme un langage, par sa composition, son texte ou son absence de texte, la bande dessinée apparaît aujourd’hui comme une expression culturelle à part entière, et ce festival, précise Marie Buscail, « est un événement pluridisciplinaire, mais surtout qui a du sens et derrière lequel il y a le message qui porte sur l’identité du Liban et sa place sur la scène culturelle internationale. Nous l’avons construit pour mettre en lumière et démontrer le rôle essentiel du Liban comme lieu de rencontres entre les grands courants de la BD et mettre l’accent sur la bande dessinée arabophone qui a pris un relief international particulier ces 15 dernières années ». Pour la directrice de l’IF, à travers la bande dessinée, « on fait la démonstration de ce que l’art peut apporter aux débats et aux grands enjeux. Parce qu’elle peut être aussi synonyme de réconciliation, la BD est apte à saisir les mouvements populaires, elle est un concept avec une manière constructive de traiter les conflits et les expériences traumatiques ». « Les récits de BD peuvent apporter une contribution à cette manière d’affronter le passé et de nourrir les espoirs dans un contexte politique bouleversé. Les dessins de la thawra seront représentatifs de ce contexte, des thèmes sociaux politiques essentiels seront abordés comme la question féministe avec l’exposition Héroïnes, ou encore Éruptions, une tournée en images et textes à travers les villes qui se sont soulevées », a détaillé Marie Buscail. « Il y a un désir d’investir l’espace public avec l’art et la culture, car c’est le seul moyen d’établir le dialogue, de favoriser les échanges, de créer un lien social et ainsi développer la notion du vivre ensemble », a-t-elle encore ajouté, précisant que ce festival sera gratuit et hors les murs.


L’affiche de l’événement réalisée par l’illustratrice Raphaëlle Macaron.

Un programme ambitieux et riche

Avant de donner la parole à Mathieu Diez, ancien directeur du Festival BD Lyon, un des moteurs de ce programme et nouvel attaché à l’Institut français pour le livre et le débat d’idées, Marie Buscail a insisté sur la nature du festival, engagé mais aussi festif, invitant l’assemblée présente à se pencher sur la riche symbolique de l’affiche créée par Raphaëlle Macaron, illustratrice et auteure libanaise de BD.

Mathieu Diez avoue avoir commencé à réfléchir à ce projet en 2019. « En 2018, j’avais accueilli à Lyon BD des auteurs et autrices libanais du collectif Samandal, et fait rencontrer dans le programme des binômes de dessinateurs libanais et étrangers. En 2019, je découvre le Liban et on lance avec les acteurs de la bande dessinée et l’Institut français l’idée d’un Festival. Aujourd’hui, je m’installe. » « Après avoir durant 15 ans œuvré pour la BD, je suis très heureux de voir que le Festival de Beyrouth retrouve les valeurs et les codes d’un visage moderne et contemporain, dans une dimension pluridisciplinaire », a ajouté Diez.

Pour mémoire

Le mentir vrai de Michèle Standjofski

Plus de 14 nationalités présentes, 40 auteurs et autrices venus de différents horizons dont certains ont des liens solides avec Beyrouth (Charles Berberian qui a grandi à Beyrouth, Alfred qui avait participé au programme en binômes, Mohammad Kraytem et Kamal Hakim qui ont été en résidence dans le cadre du programme Nafass à Lyon BD, Michèle Standjofski, Raphaëlle Macaron et tant d’autres) participeront à cet événement, a-t-il précisé, ajoutant que « ce festival a été construit comme un événement éclaté sur la ville, la logique étant un jour, un quartier ».

Six concerts dessinés présentés avec des dessins sur le vif, trente événements programmés, certains dans des musées de Beyrouth, dix expositions à la portée du public dans les jardins du musée Sursock, dans le palais Dagher ou à l’Institut français, des ateliers jeunesse et adultes, à l’AUB, à Dar el-Nimer ou à l’ALBA, des rencontres et des débats, des projections de films, feront de ce festival un événement innovant qui invite à la découverte de nouvelles formes d’art. À une question posée par L’Orient-Le Jour concernant la position de la BD libanaise sur la scène internationale, M. Diez répond avec enthousiasme : « Foisonnante, moderne et très reconnue, on sent un engouement certain. Depuis deux ans, je n’ai pas cessé de les suivre et c’est un succès mérité. Le Liban est riche de vraies écoles de BD et peut s’enorgueillir de ses talents, ramené à la taille du pays, la résultante des artistes qui émergent est étonnante, c’est un terreau très riche. » Et de conclure : « Le festival est venu témoigner de cette richesse et des talents de ce petit pays. »

Pour mémoire

Karen Keyrouz dessine l’angoisse, noyau existentiel de la jeunesse beyrouthine


Raphaëlle Macaron raconte l’affiche

« Je me suis beaucoup posé la question du ton à adopter dans cette affiche. Le contexte social, économique et politique à Beyrouth est aujourd’hui impossible à ignorer. Après plusieurs recherches, j’ai décidé de partir sur mon intuition de base, celle d’en faire quelque chose de personnel autant dans ma relation avec ma ville que dans ma relation avec la bande dessinée. J’ai choisi le quartier de la corniche de Raouché car j’y retrouve certains souvenirs familiers de Beyrouth : la mer, la lumière chaude, les vagues qui s’écrasent sur les blocs de béton.

Le personnage est de dos, en contemplation vers l’horizon et le phare de Manara au loin est une lumière d’espoir. Sur ses genoux, une bande dessinée engagée qui parle de la révolution, et d’un État qui a abandonné son peuple à la misère. La bande dessinée m’a beaucoup aidée à canaliser mon désespoir et mon impuissance face à la situation du Liban.

Sur la rampe, une petite salamandre ; clin d’œil et hommage au collectif Samandal qui existe depuis 2009 et que j’ai rejoint en 2014. Samandal a été mon premier contact avec la bande dessinée libanaise, et est vite devenu une plate-forme extrêmement enrichissante pour explorer ma pratique en tant qu’autrice et éditrice. »

Les invités

Kamal Hakim, Karen Keyrouz, Lewis Trondheim, Lina Ghaibeh, Marwan Chahine, Mathieu Baillif, Mathieu Sapin, Max de Radiguès, Mehdi Annassi, Michèle Standjofski, Mohammad et Haitham el-Seht, Mohammad Kraytem, Nicolas Wild, Noémie Honein, Nour Hifaoui, Olivier Ka, Othman Selmi, Pénélope Bagieu, Ralph Doumit, Raphaëlle Macaron, Sayra Begum et Sid Ali Dekar.

Beyrouth BD Festival - Du 6 au 10 octobre.

Le programme détaillé est disponible sur https://institutfrancais-liban.com


L’Institut français du Liban (IFL) a organisé hier une conférence de presse pour présenter le programme du Beyrouth BD Festival, qui aurait dû se dérouler en 2020, dans le cadre de l’Année de la bande dessinée en France. Contraint de le reporter à la suite du drame du 4 août, l’IFL est néanmoins resté engagé dans son souhait de « faire découvrir au public libanais cette...

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