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Culture - Sortir À Paris

« J’ai tout d’une Libanaise sauf le passeport » : Joanna Khalaf porte son combat sur scène à Paris

Du 12 au 16 juin est programmé au théâtre du Funambule le seul-en-scène « Libanaise de mère en fille », qui incarne une transmission matrilinéaire invisibilisée.

« J’ai tout d’une Libanaise sauf le passeport » : Joanna Khalaf porte son combat sur scène à Paris

Créés par l’artiste visuelle Kawthar Ballouk, les visuels animés font surgir les rochers de Raouché au cœur du récit du spectacle "Libanaise de mère en fille". Photo fournie par Joanna Khalaf

« Chez nous, ça sentait le Liban. C’était le Liban dans un cube haussmannien. » Les premiers mots du seul-en-scène de Joanna Khalaf dans Libanaise de mère en fille posent le décor insolite d’un « cocktail inédit : zaatar et beurre salé ». Elle le présente du 12 au 16 juin au théâtre du Funambule Montmartre

Son personnage, Chloé, est né en France, d’un père français et d’une mère libanaise. « J’ai tout d’une Libanaise sauf le passeport (...) Pour garder l’équilibre politique, on sacrifie l’égalité », explique-t-elle au public, tout en explicitant le sous-texte adressé à sa mère. « Désolée madame, vous êtes libanaise… mais en même temps personne ne vous a obligée à épouser un homme pas de chez nous. »

La dramaturge, diplômée des Beaux-Arts de Beyrouth, confie que l’écriture correspond à un besoin profond chez elle, dans le prolongement de son travail de comédienne. « Certaines idées, émotions ou questions qui me traversaient ne trouvaient plus leur place uniquement dans le jeu et demandaient à être mises en mots, tout en créant des personnages et des textes que je voulais porter sur scène. Souvent, l’écriture naît d’une colère, d’une intuition qui cherche sa propre forme, théâtrale ou cinématographique », poursuit la jeune artiste, qui a écrit son premier court-métrage en 2024, Zanana, coréalisé avec le photographe et cinéaste Ali Arkady, et projeté au FID Marseille. « C’est un monologue écrit au début de la guerre en Palestine, comme un cri face à la violence. » Elle prépare aussi pour 2027 la pièce Doux amer, qui, comme Libanaise de mère en fille, « interroge les questions d’identité, d’appartenance et les fractures contemporaines ». La comédienne a également participé au projet d’adaptation en arabe de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme.

« Comment un pays peut continuer à vivre en nous… »

Libanaise de mère en fille est inspirée de la propre histoire de Joanna Khalaf. « Elle concerne une réalité juridique, celle des femmes libanaises qui ne peuvent pas transmettre la nationalité à leurs enfants, ce qui est mon cas, car le père de mon fils est français. Mon texte se nourrit des histoires d’autres femmes dans cette situation, mais aussi de mes allers-retours entre la France et le Liban, et des observations qui en découlent », ajoute-t-elle, tout en insistant sur la posture humoristique inhérente à sa démarche dans l’appréhension de sujets politiques et sensibles.

Le musicien Hadi Nasreddine et l’autrice-comédienne Joanna Khalaf au travail avant les représentations au théâtre du Funambule. Photo fournie par Joanna Khalaf


Au cœur de la pièce, la question de la transmission. « La figure de la mère est essentielle : elle insuffle chez sa fille l’amour du Liban et le désir constant d’y retourner, malgré son départ il y a plus de 30 ans. Et elle s’emploie à faire exister son pays au quotidien malgré l’exil par la langue, la cuisine, les récits familiaux et la musique, ce qui est rendu sensible sur scène par les pièces du luthiste libanais Hadi Nasreddine, qui incarne plusieurs personnages en langue arabe. Son travail contribue à faire entendre la richesse culturelle du Liban et à ancrer le spectacle dans une réalité vivante. L’artiste visuelle libanaise Kawthar Ballouk a quant à elle créé les visuels animés qui accompagnent le récit et participent à l’univers poétique du spectacle », poursuit l’autrice, soucieuse de montrer « comment un pays peut continuer à vivre en nous, même lorsqu’on en est éloigné ».

L’ambivalence de l’attachement au Liban est palpable au fil du spectacle. « Ne pas transmettre ma nationalité à mon fils suscite chez moi une incompréhension profonde et un sentiment d’injustice. Il est difficile d’accepter qu’un pays auquel on est profondément attaché puisse reconnaître pleinement votre identité tout en refusant de la transmettre à vos enfants. »

Au-delà des problématiques libanaises, la pièce pose une question plus vaste, celle de la légitimité des droits des femmes. « La pièce rappelle que les droits acquis ne le sont jamais définitivement », note-t-elle.


« Le cœur battant de la pièce »

Si Joanna Khalaf a écrit et interprète le texte, le spectacle est le fruit d’un travail collectif. « Le regard de Ji Chen permet une approche extérieure, abordant le texte avec distance et objectivité, tout en privilégiant la force dramaturgique du récit et son caractère universel », poursuit-elle, en soulignant son souhait d’ouvrir « un espace de réflexion et de dialogue, par un langage théâtral qui mêle humour et sensibilité ».

Sous une enveloppe de plastique, Joanna Khalaf donne corps à l’étouffement et à la frustration au cœur de son récit. Photo fournie par Joanna Khalaf


Dans un contexte de guerre, le théâtre constitue pour la comédienne un espace privilégié de résistance culturelle. « J’en ai fait l’expérience avec Mensonge blanc, que j’ai présenté au théâtre Monnot en mars dernier. Malgré un contexte très tendu, nous avons maintenu les représentations et rencontré un public nombreux. Depuis la France, j’éprouve le besoin de continuer à parler du Liban, de ses contradictions, de sa richesse culturelle et des questions qui traversent sa société », insiste-t-elle.

« La première bouffée d’air qui a rempli mes poumons était libanaise, c’est pour cela que je ne me sens jamais aussi heureuse que lorsque je suis au Liban. Lorsque je prononce cette phrase sur scène, je pense à chacune de mes arrivées à Beyrouth, je ferme les yeux, je respire, et je sais que je suis chez moi. Ces mots constituent l’essence de la pièce », explique-t-elle.

« Mirva Touma, la mère de Chloé dans mon texte, est en partie un hommage à ma mère, et à toutes ces femmes qui ont traversé les guerres, les crises et l’exil, tout en continuant à faire vivre leurs familles, leur culture et leur pays, en menant une douce résistance. La figure de la mère constitue le cœur battant de la pièce », conclut-elle avec émotion.

Libanaise de mère en fille est produit par Hadi Schneider et a bénéficié du soutien d’International Théâtre Paris, qui accompagne des artistes internationaux installés en France. Prévoyant de présenter sa pièce au Liban, Joanna est en train d’en préparer une adaptation en arabe.

Fiche technique:
Texte et jeu : Joanna Khalaf
Mise en scène et création lumières : Ji Chen
Musique : Hadi Nasreddine
Crédit photo : Joanna Khalaf
Production : International Théâtre Paris
Durée 1h
Du 12 au 16 juin, au théâtre du Funambule Montmartre 53, rue des Saules 75018 Paris.


« Chez nous, ça sentait le Liban. C’était le Liban dans un cube haussmannien. » Les premiers mots du seul-en-scène de Joanna Khalaf dans Libanaise de mère en fille posent le décor insolite d’un « cocktail inédit : zaatar et beurre salé ». Elle le présente du 12 au 16 juin au théâtre du Funambule Montmartre Son personnage, Chloé, est né en France, d’un père français et d’une mère libanaise. « J’ai tout d’une Libanaise sauf le passeport (...) Pour garder l’équilibre politique, on sacrifie l’égalité », explique-t-elle au public, tout en explicitant le sous-texte adressé à sa mère. « Désolée madame, vous êtes libanaise… mais en même temps personne ne vous a obligée à épouser un homme pas de chez nous. »La dramaturge, diplômée des Beaux-Arts de Beyrouth, confie que l’écriture...
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