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Culture - Bande dessinée

Le mentir vrai de Michèle Standjofski

Paru le 8 septembre aux éditions « Des ronds dans L’O », « Antonio », le second roman graphique en couleurs de l’auteure et illustratrice après « Toutes les mers », est un récit qui allie la fiction à la réalité, où elle suit les pérégrinations d’un personnage sur presque un siècle.

Le mentir vrai de Michèle Standjofski

Petit délinquant à Naples, orfèvre du sultan Mehmet Resad à Constantinople, amant de la chanteuse Roza Eskanaze au Pirée, fournisseur en argenterie des grands hôtels à Beyrouth, Antonio se méfie de tous les nationalismes et n’adhère à aucune cause. Crédit Michèle Standjofski

« Si le personnage a réellement existé, la fiction reste très présente, confie Michèle Standjofski à propos du héros de son second roman graphique en couleurs Antonio, paru aux éditions “Des ronds dans L’O”. Comme Antonio, je m’amuse à brouiller les pistes, mais je l’assume et le revendique en tant que narratrice et raconteuse d’histoires. Après tout, c’est de mon arrière-grand-père qu’il s’agit et il pourrait bien m’avoir transmis un peu de sa mythomanie », ajoute-t-elle, en précisant qu’il lui a fallu plus de trois ans pour réaliser cet opus. « Beaucoup de recherches ont été nécessaires pour m’assurer que la toile de fond historique tient la route. Je remplis les trous de l’histoire personnelle d’Antonio en inventant, mais de façon vraisemblable. C’est du “mentir vrai”. »

Rythmé par une voix off qui n’est autre que celle de son arrière-petite-fille, l’auteure Michèle Standjofski, le récit se déroule sur fond de plusieurs conflits : guerre italo-grecque, Première Guerre mondiale, guerre gréco-turque, démembrement de l’Empire ottoman, guerre d’Abyssinie, Seconde Guerre mondiale, que le personnage traverse avec un détachement qui s’accentue au fil des années. Petit délinquant à Naples, orfèvre du sultan Mehmet Resad à Constantinople, amant de la chanteuse Roza Eskanaze au Pirée, fournisseur en argenterie des grands hôtels à Beyrouth, Antonio se méfie de tous les nationalismes et n’adhère à aucune cause.

Petit délinquant à Naples, orfèvre du sultan Mehmet Resad à Constantinople, amant de la chanteuse Roza Eskanaze au Pirée, fournisseur en argenterie des grands hôtels à Beyrouth, Antonio se méfie de tous les nationalismes et n’adhère à aucune cause. Crédit Michèle Standjofski

Au fil des couleurs

C’est à Naples, en 1894, qu’Antonio Caffiero voit le jour. L’histoire prend son départ au début du XXe siècle, notre héros a une dizaine d’années et déjà son avenir de grand menteur, petit voleur et magnifique conteur se profile à l’horizon. C’est un drôle de petit bonhomme cet Antonio : charmeur, hâbleur et nonchalant, mais c’est surtout un raconteur d’histoires, réelles ou imaginaires, un mystificateur. Avec ses amis italiens, ils se livrent à leur jeu préféré, La Morra, jadis interdit. Le lecteur traverse les rues napolitaines en jaune et gris. Car hormis les douze tonalités de gris que la scénariste-dessinatrice utilise, elle introduit à chaque passage d’une ville à l’autre une nouvelle couleur. Au jaune italien viendra s’ajouter le bleu du Bosphore et de la Turquie, Beyrouth se verra agrémentée de rose et l’ocre teintera les régions désertiques de l’Abyssinie. « J’aime la technique du crayon de couleurs et elle me convient, avoue l’auteure, et le code couleurs m’a permis d’aller un peu plus vite et en même temps d’aider le lecteur à se situer. »


Petit délinquant à Naples, orfèvre du sultan Mehmet Resad à Constantinople, amant de la chanteuse Roza Eskanaze au Pirée, fournisseur en argenterie des grands hôtels à Beyrouth, Antonio se méfie de tous les nationalismes et n’adhère à aucune cause. Crédit Michèle Standjofski

Au fil des légendes

Pour Antonio, un chat noir dans la rue deviendra à l’arrivée une panthère que sa mère verra comme un mauvais présage ; les lézards dans les déserts se transformeront en crocodiles qu’il affrontera et qui lui serviront d’histoires racontées à ses enfants d’abord, à ses petits-enfants ensuite ; les poissons prendront la forme de grandes baleines carnivores qu’il rencontrera dans les océans qu’il traverse. Tout cela truffé de légendes mythologiques qu’il se plaît à répéter pour finalement y croire lui-même.

Depuis sa tendre enfance, son père aura compris que son fils n’en est pas à son premier mensonge, mais il décèle en lui un talent et ne tardera pas à d’abord l’entraîner avec lui à l’atelier pour l’initier à l’art du bronze, du repoussage et du martelage, ensuite à l’emmener en 1911 à Constantinople suite à l’invitation du sultan pour une commande spéciale et curieuse. À 11 ans, Antonio sait probablement depuis quelque temps déjà qu’on ne le croit pas, mais pour lui ce n’est vraiment pas grave.


Petit délinquant à Naples, orfèvre du sultan Mehmet Resad à Constantinople, amant de la chanteuse Roza Eskanaze au Pirée, fournisseur en argenterie des grands hôtels à Beyrouth, Antonio se méfie de tous les nationalismes et n’adhère à aucune cause. Crédit Michèle Standjofski

Au fil du dessin

Il n’y a pas que dans le code couleur où Michèle Standjofski se démarque. Il y a aussi le code dessin. Ainsi, les longues nuits de conversations entre le père et son fils, entre l’époux et sa femme, sont des pages entièrement grises ponctuées de bulles, grandes pour le paternel, plus petit pour le fils où le lecteur semble soudain s’immiscer dans ces moments intimes et nocturnes. La verticalité des immeubles occupera par moments tout l’espace pour laisser le lecteur mieux déambuler dans les rues avec Antonio. Dessiné selon les règles « académiques » au départ, le personnage principal finira en fin de roman par remplir toute la page pour ainsi donner plus d’intensité à l’histoire.

Au fil des amours

Il a été tour à tour orfèvre, cuisinier, graveur et soldat, mais Antonio fut avant toute chose un homme qui aimait les femmes. De la Grecque à l’Italienne, de Roza la chanteuse à Sofoula la fille de cabaret, ses femmes le suivent dans son histoire et le poursuivent. Sauf que Maria restera à jamais le grand amour de sa vie, sa compagne qu’aucune femme, même la plus belle, ne réussira à le lui faire oublier, et si Michèle Standjofski n’a pas teinté de gris les cheveux d’Antonio grand-père, c’est peut-être parce qu’il a conservé malgré tout son âme d’enfant, petit délinquant de la ville de Naples.


« Si le personnage a réellement existé, la fiction reste très présente, confie Michèle Standjofski à propos du héros de son second roman graphique en couleurs Antonio, paru aux éditions “Des ronds dans L’O”. Comme Antonio, je m’amuse à brouiller les pistes, mais je l’assume et le revendique en tant que narratrice et raconteuse d’histoires. Après tout, c’est de mon...

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La magnifique Michelle!

Sabri

20 h 00, le 20 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • La magnifique Michelle!

    Sabri

    20 h 00, le 20 septembre 2021

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