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Idées - Crise

Le changement climatique agit comme un multiplicateur de dommages au Liban

Le changement climatique agit comme un multiplicateur de dommages au Liban

Système d’irrigation sur une exploitation de la plaine de la Békaa en avril 2014. Archives AFP

Au cours des dernières années, le Liban a dû faire face à d’immenses défis qui n’ont épargné aucun segment de sa société. Le pays a été confronté à une crise économique, à la pandémie de Covid-19, à la double explosion au port de Beyrouth, à des catastrophes environnementales et à une impasse politique prolongée. Ces défis ont paralysé le Liban, entravé son développement et décimé sa capacité à faire face aux crises multiples. Pour couronner le tout, avec le changement climatique, le Liban est confronté à un autre défi : un multiplicateur de dommages qui va intensifier les difficultés actuelles, et qui exige une action résolue de la part du gouvernement et de la population, tant à court terme que pour l’avenir.

Ressources énergétiques affectées

Sur le plan économique, le Liban est sous le choc d’années de crises financières qui ont plongé plus de la moitié de la population dans la pauvreté, voire dans l’extrême pauvreté, et ont fait perdre à bien d’autres leur maison et/ou leurs épargne et économies. Le ministère de l’Environnement a estimé que le changement climatique entraînera une baisse de 14 % du PIB du Liban d’ici à 2040 puis de 32 % d’ici à 2080. En ce qui concerne les moyens de subsistance, le changement climatique devrait augmenter les températures et rendre les ressources hydrauliques plus rares. Cela aura un impact négatif sur la production agricole et les moyens de subsistance de nombreuses communautés. La hausse des températures entraînera également une augmentation de la demande d’énergie, ce qui pèsera sur les entreprises et les services qui devront lutter pour satisfaire leurs besoins en électricité.

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En matière de santé, la combinaison de la pandémie de Covid-19 et de la double explosion au port de Beyrouth en août 2020 a mis en évidence la fragilité du système de santé libanais. Le changement climatique entraînera une hausse des taux de maladies infectieuses, une augmentation des maladies et des décès dus à la hausse des températures, une augmentation de la malnutrition due à la réduction de la production agricole et une augmentation de la fréquence des événements extrêmes. Il en résultera un plus grand nombre de décès annuels qu’aujourd’hui, et une pression sur les capacités disponibles dans les établissements de santé urbains et ruraux.

Pour les ressources naturelles du Liban, le changement climatique est déjà bien visible. Les incendies de forêt dans le nord du pays, qui ont brûlé de vastes étendues de pinèdes, ont déjà causé la mort d’au moins un pompier et forcé certaines personnes à fuir leur maison à la recherche d’un abri. Le mois de juillet de cette année a été le plus chaud jamais enregistré, et les incendies qui ont également eu lieu tout au long de l’été 2021 en Grèce, en Italie, aux États-Unis et au Canada nous donnent un aperçu de la nouvelle normalité.

Planification climatique

Malgré ces défis, il y a des raisons d’espérer. Le gouvernement libanais a fait des progrès considérables dans sa réponse au changement climatique. En 2021, il a soumis la version révisée de sa « Contribution déterminée au niveau national » (CDN), un élément-clé de l’engagement mondial des pays dans le cadre de l’Accord de Paris. L’action climatique prévue dans le cadre de la CDN jusqu’en 2030 peut contribuer de manière significative au redressement durable du Liban après le Covid-19 en relevant les défis structurels tels que l’énergie, les déchets et l’eau, ainsi qu’en créant des opportunités d’emploi et en améliorant les conditions socio-économiques. Le Liban se lance également dans un plan national d’adaptation qui fournit une plateforme pour intégrer l’adaptation climatique dans ses structures et processus de gouvernance, renforçant ainsi la résilience des communautés libanaises.

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Pour faire face à l’ensemble des crises que traverse le Liban, le gouvernement devrait inclure et donner la priorité à la planification climatique et à la gestion des risques de catastrophes dans toutes les réformes à venir. Cela permettrait d’accélérer le cheminement du Liban vers le développement durable, et de renforcer la protection de l’économie, des moyens de subsistance et des écosystèmes.

Les pouvoirs publics doivent également travailler avec leurs citoyens et leur donner les moyens de faire leur part. Des options et des incitations doivent exister pour que les gens adoptent de nouveaux comportements plus durables. Par exemple, la réduction de la consommation d’énergie au moyen d’options faciles et peu coûteuses, telles que l’utilisation d’appareils à faible consommation d’énergie, et la modification des habitudes de déplacement quotidien par la marche, le vélo et le covoiturage peuvent contribuer de manière significative à la réduction des émissions. Plus important encore, et à la lumière de la crise actuelle du carburant, investir dans un système de transport public sûr et fiable serait un effort social et environnemental porteur de changement.

Il est essentiel d’accroître la résilience et la capacité d’adaptation. Veiller à ce que les communautés agricoles bénéficient du savoir-faire, de la technologie et du financement nécessaires pour continuer à fournir des options alimentaires durables est une autre priorité pour éviter de nouvelles perturbations.

L’esprit d’entreprise, qui est depuis longtemps un pilier de la société libanaise, peut également jouer un rôle important grâce à des innovations technologiques durables et résistantes au climat. Le secteur privé est un élément essentiel pour trouver des solutions dans le monde réel et le changement climatique n’est pas différent. Pour soutenir les entrepreneurs, il faut mettre en place un écosystème d’opportunités afin de développer des idées par le biais d’incubateurs et d’accélérateurs, de formations commerciales et de mentorat liés à la durabilité, d’incitations fiscales et financières et d’autres formes de soutien.

Enfin, l’accent doit être mis sur la sensibilisation. Qu’il s’agisse de campagnes d’information des citoyens sur le changement climatique et ses impacts, de l’inclusion de cours et de programmes de recherche pertinents dans le système d’enseignement supérieur ou de la mise en place et de l’amélioration des systèmes d’alerte précoce existants qui avertissent les résidents et les intervenants des menaces posées par les conditions météorologiques extrêmes, les informations et les connaissances doivent être développées et partagées avec tous les segments de la société.

Le changement climatique ajoutera de la complexité et de l’incertitude à la myriade de défis auxquels le Liban est confronté. Ce qui est certain, cependant, c’est la nécessité d’agir et de s’engager pleinement à tous les niveaux de la communauté.

Par Najat ROCHDI

Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies pour le Liban.


Au cours des dernières années, le Liban a dû faire face à d’immenses défis qui n’ont épargné aucun segment de sa société. Le pays a été confronté à une crise économique, à la pandémie de Covid-19, à la double explosion au port de Beyrouth, à des catastrophes environnementales et à une impasse politique prolongée. Ces défis ont paralysé le Liban, entravé son...

commentaires (2)

Chère Madame Rochdi, puisque votre beau et grand royaume, le Maroc, fait la paix avec Israël, donnez-donc l’idée a votre gouvernement de bien prendre sa quote-part de réfugiés palestiniens, qu'il semble avoir bien oublié- au lieu de les voir trainer dans les camps. Croyez-nous, cela aidera beaucoup l'efficience écologique au Liban...

Mago1

18 h 36, le 12 septembre 2021

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Commentaires (2)

  • Chère Madame Rochdi, puisque votre beau et grand royaume, le Maroc, fait la paix avec Israël, donnez-donc l’idée a votre gouvernement de bien prendre sa quote-part de réfugiés palestiniens, qu'il semble avoir bien oublié- au lieu de les voir trainer dans les camps. Croyez-nous, cela aidera beaucoup l'efficience écologique au Liban...

    Mago1

    18 h 36, le 12 septembre 2021

  • Tres bel article chère Madame Rochdi. Pourquoi ne pas commencer par relocaliser les millions de 'déplacés' syriens et palestiniens que les Nations Unies s'obstinent a vouloir 'fixer' au Liban? Nous serions mieux places pour gérer notre espace écologique. Hypocrites...

    Mago1

    00 h 24, le 12 septembre 2021

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