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Environnement - Climat

« Malgré toutes les crises, il faut placer le changement climatique au cœur des réformes »

Léa Kaï, experte au PNUD, commente le dernier rapport mondial qui a donné l’alerte en la matière, et explique pourquoi la région méditerranéenne, et le Liban en particulier, subit de plein fouet les effets du réchauffement.


« Malgré toutes les crises, il faut placer le changement climatique au cœur des réformes »

Cet été, les feux de forêt ont été catastrophiques au Liban et dans le pourtour méditerranéen. Photo d’archives AFP

Les feux de forêt catastrophiques au Liban et dans le pourtour méditerranéen, la fonte sans précédent des glaciers, les températures records… tous les signes étaient là. Le dernier rapport mondial sur le changement climatique confirme la gravité de la situation. Dans son rapport* publié le 9 août dernier, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC)** tire plus fort que jamais la sonnette d’alarme et établit définitivement la responsabilité humaine dans le changement climatique, tout en soulignant l’aggravation et l’accélération du phénomène. Léa Kaï, chef de projet sur le changement climatique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), décrypte pour L’Orient-Le Jour ce texte référence.

Ce rapport du GIEC a eu plus de retentissement que ceux qui l’ont précédé. Est-ce dû aux catastrophes constatées actuellement à travers le monde (incendies, inondations, sécheresse...) ou à une prise de conscience grandissante ?

La réponse est positive pour les deux. D’une part, chaque été s’accompagne de nouveaux records de températures depuis le début de l’ère industrielle. D’autre part, il y a sans aucun doute une prise de conscience mondiale plus marquée. D’autant plus que la Convention-cadre des Nations unies pour le changement climatique (CCNUCC) prépare actuellement la COP 26 (sommet sur le changement climatique) qui aura lieu à Glasgow en Écosse en novembre. De tels rapports mettent la pression sur les pays développés et en développement afin qu’ils accroissent leurs ambitions en matière d’engagements sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, responsables du changement climatique.

Quels sont les points saillants de ce rapport au regard des précédents ? Son intérêt réside-t-il en ce qu’il vient confirmer ce que la communauté scientifique clamait déjà depuis longtemps ?

L’un des points saillants de ce rapport est la confirmation définitive du fait que le changement climatique actuel est une conséquence des activités humaines et non pas de causes naturelles en lien avec un cycle donné. D’autre part, ce rapport enjoint aux pays de prendre conscience de l’urgence de la situation et d’adopter des objectifs plus ambitieux en matière d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

Le troisième point important est la confirmation que l’élévation du niveau de la mer est actuellement en cours et qu’il constituera une conséquence inévitable du changement climatique quels que soient les efforts que nous ferons à l’avenir. Cette élévation du niveau de la mer, qui devrait atteindre les deux mètres selon les prévisions, aura des conséquences catastrophiques sur les îles mais aussi sur des régions côtières comme la nôtre, ou encore le delta du Nil où les prévisions les plus pessimistes font état d’une future migration de 7 à 11 millions d’habitants.

Ce nouveau rapport se fait l’écho de nouvelles connaissances acquises ces huit dernières années, fondées sur des modèles scientifiques très avancés. La communauté scientifique est donc très sûre de ses résultats, utilisant souvent dans le rapport le terme « très probablement » (« very likely »).

Léa Kaï, chef de projets sur le changement climatique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)

Conséquences « désastreuses » en Méditerranée

Peut-on encore de façon réaliste croire en la limitation d’un réchauffement de 1,5 degré (par rapport à l’ère préindustrielle) ? Ou de 2 degrés ?

On peut toujours croire de façon réaliste dans l’objectif d’un réchauffement global qui se limiterait à 1,5 degré, mais cela nécessiterait des investissements colossaux au niveau global, une sorte de plan Marshall international du climat. Il faudrait d’énormes investissements dans l’énergie renouvelable ou encore dans le domaine de la capture et du stockage du carbone, car il sera en effet impossible de compter seulement sur l’atténuation des émissions mondiales. L’objectif de deux degrés est également atteignable, mais il faudrait que les engagements des pays s’améliorent beaucoup d’ici à 2030. Et il faudrait, de la part de la communauté internationale et de l’ONU, un système de suivi très sévère et précis, afin de déterminer si les objectifs de ces pays seront atteints ou non.

La Méditerranée est désignée comme étant une des régions les plus touchées par l’accélération du réchauffement. À quoi devrait-on s’attendre avec une intensification du phénomène ?

Les scientifiques prédisent des conséquences désastreuses dans la région méditerranéenne, notamment des vagues de chaleur intense ou l’élévation du niveau de la mer, qui vont mener à des vagues de migration, des impacts sur le secteur agricole, des feux de forêt catastrophiques de plus en plus fréquents, des épisodes de pénurie d’eau qui menaceront de plus en plus la sécurité alimentaire. La région est vulnérable sociologiquement, économiquement et écologiquement, et le changement climatique vient mettre plus de pression sur une zone déjà fragile. De plus, le boom démographique au nord et à l’est de la Méditerranée est énorme, passant de 100 millions de personnes dans les années 90 à 450 aujourd’hui.

Dans le domaine de l’énergie, une opportunité à saisir

Au Liban, dans quels domaines commence-t-on à constater significativement les effets du changement climatique ? Pourquoi est-il crucial d’en parler malgré les crises (politique, économique, financière, sécuritaire) que subit le pays ?

Ce qui est prioritaire au Liban, c’est la sécurité hydraulique, alimentaire et énergétique. Or ces trois points seront gravement affectés par le changement climatique, ce qui va toucher les communautés les plus vulnérables, comme les pêcheurs, les agriculteurs, etc. qui dépendent des ressources agricoles et maritimes. Les feux de forêt sont une autre conséquence gravissime de ce réchauffement, et nous avons bien compris cette année à quel point nous n’étions pas prêts à y faire face. Les ressources en eau sont très menacées, d’où un impact sur l’irrigation agricole, l’industrie, les secteurs commercial, hospitalier… Pour ce qui est de l’énergie, il faudrait peut-être saisir l’opportunité d’attirer des fonds en relation avec la lutte contre le changement climatique (énergies renouvelables, etc.), ce qui nous permettrait d’atteindre cette sécurité énergétique dont le Liban a tant besoin.

Malgré toutes les crises que le pays traverse actuellement, parler de changement climatique est une nécessité. En effet, s’il faut mener des réformes, mieux vaut prendre en compte les critères liés au changement climatique et les normes écologiques en général, de sorte que le progrès attendu soit durable.

Doit-on parler aujourd’hui d’urgence climatique ?

Il s’agit sans aucun doute d’une urgence climatique par excellence. Et si ce rapport ne va pas constituer une alerte rouge pour le monde, je ne sais pas ce qui pourrait réveiller la conscience des peuples et de leurs gouvernements. On sait aujourd’hui que les effets du changement climatique vont changer la vie des hommes sur la terre, un changement que l’on expérimente depuis de nombreux mois en raison de la pandémie du Covid-19, qui a poussé le monde à réaliser combien il était peu préparé aux catastrophes et combien la réaction est coûteuse comparée à la prévention. J’espère donc que cette expérience va pousser gouvernements et communautés à investir davantage dans la prévention, la préparation et les technologies de communication, tout comme elle devrait mener à un changement sociétal qui s’avérera essentiel pour une meilleure gestion des crises. C’est ainsi que l’on pourra tenter d’éviter les conséquences les plus catastrophiques du réchauffement d’ici à 2050 ou 2100.

*Ce rapport de 42 pages appelé « Résumé pour décideurs » est le premier d’une série de rapports du GIEC dans le cadre de la première révision scientifique effectuée par cet organisme depuis 2013.

**Un groupe international d’experts de 195 pays, sous l’égide des Nations unies, chargé d’effectuer une synthèse des connaissances et de tirer les conclusions sur lesquelles se basent les négociations climatiques.



Les feux de forêt catastrophiques au Liban et dans le pourtour méditerranéen, la fonte sans précédent des glaciers, les températures records… tous les signes étaient là. Le dernier rapport mondial sur le changement climatique confirme la gravité de la situation. Dans son rapport* publié le 9 août dernier, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC)** tire...

commentaires (1)

Du point positif, mon impression c'est que le climat du Liban est, et reste, pourtant tres agreable, avec des hivers douces et des etes agreables. Par exemple en hiver j'etais impressione par le fait qu'a la cote il faisait 19 degrees et soleil, et en haut dans la montagne -1 degree et neige. Un probleme au Liban c'est pourtant que c'est petit, il n'y a pas beaucoup de place, et on essaie de copier un certain style de vivre, qui n'est pas bon pour l'environment (par exemple en gaspillant de l'energie), donc la en effet il y a un probleme.

Stes David

09 h 34, le 17 août 2021

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Commentaires (1)

  • Du point positif, mon impression c'est que le climat du Liban est, et reste, pourtant tres agreable, avec des hivers douces et des etes agreables. Par exemple en hiver j'etais impressione par le fait qu'a la cote il faisait 19 degrees et soleil, et en haut dans la montagne -1 degree et neige. Un probleme au Liban c'est pourtant que c'est petit, il n'y a pas beaucoup de place, et on essaie de copier un certain style de vivre, qui n'est pas bon pour l'environment (par exemple en gaspillant de l'energie), donc la en effet il y a un probleme.

    Stes David

    09 h 34, le 17 août 2021

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