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Sur une lointaine galaxie...

Il ne se passe rien, sinon une sorte d’alternance qui rythme désormais la vie de tous les jours. Un jour pour le plein, un jour pour la course aléatoire aux produits de base, ce qui n’a rien à voir avec des courses. On apprend des défections au sein des forces de l’ordre. Dans le Liban profond, les partis traditionnels ont entamé une campagne sournoise en vue des élections de mai 2022. Selon des témoins, ils distribuent des vivres en échange d’un extrait d’état-civil. Un nouveau marché noir s’ajoute à tous les autres commerces occultes : le trafic d’extraits d’état-civil. À chaque jour sa nouvelle peine. On exhume des marchandises accaparées en vue d’une hausse des prix, mais au train où les prix augmentent, les produits ne se décident pas à gagner les rayons et finissent par dépasser leur date d’expiration. Ainsi de suite dans un pays où les malades sont privés de soins, les enfants incertains de regagner leur école, les tablées familiales reléguées aux albums de souvenirs.

Mais cette souffrance ordinaire est la nouvelle norme, n’en parlons plus, le sujet devient lassant. Il est clair que le pouvoir a joué la carte du pourrissement dans l’espoir de voir la panique et le désespoir des gens ouvrir une issue en sa faveur. Depuis que l’effondrement n’a plus de palier, les limites n’ont plus de sens pour personne. La gouvernance n’a plus de sens, le prix des choses n’a plus de sens, la vie elle-même, réduite à son expression la plus basique depuis que l’accablement a remplacé la colère, n’est plus qu’une pénible lassitude. Pendant ce temps, ailleurs, sur une planète lointaine d’une lointaine galaxie, deux présidents jouent tranquillement à cocher des noms sur des listes, pour former un gouvernement qui lui-même n’aura pas de sens tant la mission qui l’attend, si jamais il voit le jour, semble d’avance vouée à l’échec par manque de moyens et de volonté autant que de compétence. Sur une planète voisine, dans la même lointaine galaxie, des députés s’étripent autour de la loi électorale qui devra régir les prochaines élections. Dans l’une comme dans l’autre, l’électricité et la nourriture abondent, et les voitures sont pleines, et l’on ne doute pas une seconde du bonheur que cela représente pour les dévots, anciens et prochains électeurs prêts à crever comme des larves pourvu que leur champion l’emporte et que leur communauté triomphe, même au prix de vingt années de disette à venir.

« Tu es encore là ? » me demande, surpris, un ami croisé dans la rue. « Tous les gens que je connais s’en vont », me dit-il d’un ton neutre, déjà résigné à la solitude qui attend ceux qui restent, et comptent et recomptent leur triste bataillon. Une nouvelle vient de tomber : Dubaï lance un « visa culture » pour attirer les talents de la région et il ne serait pas étonnant que le plus grand nombre parte du Liban. Dans notre pays où le ministère de la Culture n’a valeur, depuis des décennies, que de lot de consolation ou de prime pour faire bonne mesure, parfois même associé au portefeuille de l’Agriculture, des générations de créatifs ont surpris le monde et gagné leur place sur les scènes les plus prestigieuses sans que jamais, chez eux, ne leur soit fait le moindre honneur. Le Liban d’en haut, on le constate, ne se soucie que de guerre, de trafic et d’argent. Non, je ne pars pas. N’ayant pas d’enfants en bas âge ou en âge scolaire, rien ne m’y oblige vraiment. Il y a ici des gens que j’aime, que je ne quitterai pas. Il y a un chat à trois pattes qui m’habitue à faire de petits pas dans le couloir obscur par crainte de le heurter. Il y a une bibliothèque qui creuse pour moi de vastes tunnels de lumière dans l’horizon bouché. Il y a une montagne immuable qui a donné naissance à des milliards de pleines lunes et irisé autant de crépuscules. Sa belle présence nous rappelle que la vermine qui nous gouverne passera comme tout passe et que s’il en demeure un souvenir, il sera très laid. À nous, il reste à préparer un avenir à la hauteur de ce pays encore à l’état de promesse : débarrassé de l’étroit communautarisme qui le mine, doté d’une économie réelle et productive, capable de gérer les ressources exceptionnelles offertes par sa nature et, surtout, soucieux de préserver ses merveilleux talents au lieu de les envoyer servir ailleurs pour profiter de l’argent qu’ils envoient à leurs familles.


Il ne se passe rien, sinon une sorte d’alternance qui rythme désormais la vie de tous les jours. Un jour pour le plein, un jour pour la course aléatoire aux produits de base, ce qui n’a rien à voir avec des courses. On apprend des défections au sein des forces de l’ordre. Dans le Liban profond, les partis traditionnels ont entamé une campagne sournoise en vue des élections de mai...

commentaires (2)

AH ! SI SEULEMENT LES CRAPULES KELLON N'APPLIQUAIENT PAS LA MEME DECISION QUE CELLE DE FIFI ABOU DIB !

Gaby SIOUFI

15 h 48, le 02 septembre 2021

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Commentaires (2)

  • AH ! SI SEULEMENT LES CRAPULES KELLON N'APPLIQUAIENT PAS LA MEME DECISION QUE CELLE DE FIFI ABOU DIB !

    Gaby SIOUFI

    15 h 48, le 02 septembre 2021

  • Merci de ‘rester’ Fifi !! ? Nous avons si besoin de vos mots, de votre ‘résistance ‘ courageuse , et de l’espoir que vous distillez tous les matins …

    Danielle Sara

    04 h 51, le 02 septembre 2021

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