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Nos lecteurs ont la parole

Élections 2022 pour le salut d’un peuple

Que dire d’une révolution, sinon qu’elle n’est que le terme de l’affliction d’une patrie ensevelie dans une ténébreuse détresse ? Des visages abattus qui se forcent à se délivrer du fin fond du vide.

Des horreurs accablantes, une haine devenue inexplicablement banalisée, des familles désunies, un amour brisé. L’amour de la patrie damnée. Tel est le destin que nous, Libanais, croyons nôtre, mais décidons fermement de changer. Nous le changeons par la révolution, celle qui embrase les rues de Beyrouth, arrivée jusqu’aux chaises de son Parlement. La révolution ne suit pas de quelconques normes communes ; elle existe pour le peuple et par le peuple dans le but de réaliser sa volonté, et ce par les moyens qu’elle juge cohérents. Avant même de gagner la rue, la révolution naît dans l’intériorité individuelle et collective, dans le rapport tenu avec soi et dans le lien de sang qui unit les enfants de la patrie. La révolution est une idée que l’on cherche continuellement à s’approprier, elle ne se révèle pas sous une seule forme déterminée parce qu’elle excède tout déterminisme. Elle s’impose dans la rupture, mais celle-ci ne prend pas la même apparence en toute chose ni en tout lieu : la rupture dans la pensée est vécue différemment que la rupture dans la rue, et celle-ci est vécue différemment de la rupture au sein des institutions étatiques.

Il nous est substantiellement impossible, en tant que peuple qui se déchaîne dans la lutte pour sa digne perpétuité, de nous abandonner indéfiniment à une forme de révolte qui freine le cours de cette même perpétuité. Certes, la présence sur le terrain d’un peuple meurtri est indéniablement indispensable, a priori, dans la mesure où elle constitue l’étincelle d’une révolution. Mais il ne s’agit justement que d’une étincelle qui devra éventuellement faire place à l’ardeur du flambeau révolutionnaire.

Les institutions démocratiques sont les seules à pouvoir perdurer dans la paix que revendique si âprement la révolution. Nous ne disposons désormais plus du luxe d’amples contestations populaires dans la rue, et quand bien même nous étions en état de les perpétuer, elles ne pourraient aboutir à plus de miracles. La raison est simple : une protestation qui se matérialise dans l’immédiateté de la rue sera toujours sujette à la répression de la part des concernés (et nous en avons témoigné). Ces derniers continueront d’exploiter le caractère éphémère de cette insurrection puisqu’ils en ont les moyens, en particulier dans un contexte tel que le nôtre qui reflète une pandémie hasardeuse couplée à des crises économique et sécuritaire écrasantes. Par opposition, un mouvement de révolte qui s’esquisse fermement au sein du Parlement demeure ultimement implacable.

Le fiasco de notre démocratie n’est que le fruit de la mainmise de la classe politique régnante, et non pas de la conception de notre système étatique en soi ; dans ce sens, l’adhésion au protocole démocratique ne serait en aucun cas synonyme de désertion du champ révolutionnaire. Bien au contraire, il vient affirmer, au sein du cadre constitutionnel, la volonté du peuple libanais de briser les murs d’une prison infernale dont la finalité est justement la diabolisation et l’étouffement des valeurs démocratiques. C’est à travers ces valeurs que nous menons la bataille pour la liberté, et ce sont ces mêmes valeurs que nous nous devons de préserver aux élections législatives de 2022. Ce n’est qu’en achevant la domination de la mafia que nous pourrons nous réjouir à nouveau ; or, pour ce faire de manière efficace, il devient subséquemment impératif de voter, et de voter juste.

Dans la pénombre d’une démocratie déchue, il ne tient plus qu’à une frêle lueur d’espoir qui anime encore l’élan patriotique de quelques-uns d’ébaucher le chemin du salut. L’espoir, oui. Le rêve romancé de pouvoir un jour frôler la lumière, totem de notre quiétude, que nous cherchons avec une telle avidité au fond du tunnel funèbre. L’espoir qui apporte le réconfort dans la monstruosité d’une guerre qui oppose l’État à ses propres citoyens. L’espoir qui donne l’envie d’avancer malgré le caractère pénible du trajet. L’espoir, cet impérissable moteur contestataire. Dans une situation de vie ou de mort, tous ont déjà péri dans l’inconcevable catastrophe, mais seuls ceux qui trouvent la force d’espérer pourront présider la lutte. La révolution n’émane pas des rangs de ceux qui auraient préalablement tout lâché. Comment pourrais-je me battre pour la paix si je ne crois même plus cette paix envisageable, ayant sombré dans un désespoir préétabli ?

Le peuple libanais ne se déclarera pas vaincu, si bien qu’il saura le prouver concrètement, et j’en suis confiante, à travers les bulletins de vote. Les prochaines législatives représentent l’opportunité pour le mouvement révolutionnaire de prendre forme dans les institutions que nos ancêtres se sont battus pour édifier. À nous de braver la sournoiserie de princes de guerre dont la seule aspiration consiste en l’effritement de l’esprit national. À nous de défier le règne de ceux qui ne subsistent que dans le conflit. Comme l’a si bien incarné la révolution du 17 octobre 2019, les ambitions du peuple libanais prospèrent dans une ambiance qui s’oppose radicalement à celle du régime corrompu dans lequel il a été amené à vivre.Nous ne pouvons pas délaisser le fondement de nos institutions et de notre démocratie libérale dans l’intention de poursuivre incessamment la manifestation la plus directe de la révolution. L’insurrection ne peut être une finalité en soi, tout comme les mouvements de révolte ne peuvent s’éterniser ou du moins ne peuvent se restreindre à la rue. Dans l’expression de son droit et son devoir de vote, le citoyen libanais serait en train de se soustraire à la dimension de l’incertitude et de la crainte. Il s’agit de l’arme la plus précieuse dont nous disposons et dont nous nous devons de faire bon usage, en dépit des tentatives de représailles incessantes de dirigeants mafieux. Cela inclut forcément la loi électorale façonnée de leurs mains dans le simple but de servir la pérennité de leur pouvoir. Pourtant, je crois sincèrement que dans une intention de réforme véritable, il nous est toujours possible de contourner cette infamie. Dans une optique plus pragmatique, une loi électorale qui jouerait en faveur de quelques-uns ne peut en aucun cas faire basculer l’intégralité de l’aboutissement des élections. Le changement se fera dans la masse que nous avons observée le 17 octobre 2019 dans les rues du Liban et du monde, et qu’il nous faut préserver dans l’attente du jour J. Le peuple révolté est bel et bien apte à restaurer la démocratie, dans la mesure où il serait indubitablement prêt à défendre les bases de sa révolution. Certes, il serait complètement crédule de s’attendre à ce que les plus grands défenseurs du mal réorientent les actes de ce mal en direction de leurs propres intérêts. C’est justement pourquoi nous sommes contraints de leur faire face par les simples moyens qui restent à notre disposition. Malgré tout, ils ne sont toujours pas en mesure d’éradiquer le droit du citoyen de demander des comptes, d’où l’impérativité de restituer des institutions à l’image du peuple tant qu’il est encore temps.

C’est là le cœur de notre mal-être : les institutions corrompues que nous avons appris à abominer sous l’hégémonie de quelques dirigeants véreux. Or, en vue de réaliser une véritable justice et d’élaborer le plan de reconstruction d’un pays déchiré par la corruption et le crime, il faut d’abord reconquérir nos institutions, à commencer par le Parlement, d’où le reste découlera. À partir de là, le peuple libanais sera de nouveau apte à apporter les quelques révisions nécessaires au système parce qu’il devrait être seul à opter pour la forme et le contenu de ces réformes, exempt de la sujétion à une oligarchie détournée. Il serait foncièrement impensable de céder la liberté d’agir sur ce point à ceux qui n’ont accompli d’autre prouesse que la décimation du pays. De la sorte, l’attente aberrante du salut en dehors des démarches constitutionnelles perd tout son sens.

Toute action imminente se réduit à l’échec si ce n’est pour le tournant salvateur que pourraient induire les élections 2022. Tant que nous n’arrivons pas à infester l’intérieur des institutions étatiques de notre ferveur révolutionnaire, aucun réel changement ne sera mis au jour. Il nous faut traiter le travers dont souffre notre système à sa source, à laquelle nous n’avons accès que de l’intérieur. Autrement, nous n’apporterions que soins futiles. Par une voix d’opposition forte dans le Parlement, nous ne serions plus en train de nous plier à la volonté de nos ex-gouvernants effrontés, mais plutôt capables de les écarter réellement. Par contre, se dispenser de voter serait en soi l’acte de résignation par excellence puisqu’il contribuerait directement à la continuation de leur oppression.

Les nouveaux visages que nous voyons s’ériger pourraient, après tout, ne pas gagner la confiance du peuple, mais méritent tout de même qu’on leur accorde la liberté de s’en prouver dignes ; puisque, finalement, nous devrons, bien que difficilement, rompre le regard cynique que nous avons à raison si longtemps porté. Il est de notre devoir envers la nation de donner une chance à sa réédification, or, dans le cadre démocratique, cela requiert une certaine part de confiance et un grain d’espoir. Nos aspirations devraient reposer sur le fait qu’aux prochaines élections, l’activité démocratique soit relancée par l’émergence d’un front d’opposition uni au sein des campagnes électorales. Quand bien même il ne verrait pas le jour, il reste plus digne et efficace de voter en faveur de ceux qui cherchent le changement parce que, après tout, ils finiront forcément par s’unir au sein du Parlement.

Par ailleurs, les élections 2022 ne représenteront que le commencement du cheminement vers la prospérité. Nous ne pouvons pas anticiper un bouleversement radical dès le premier pas, mais nous sommes tout de même tenus de l’initier.

Outre les éventuels débouchés constructifs des prochaines élections, il ne faudrait pas manquer de peser les actions des partisans abasourdis de la classe mensongère. En effet, ceux-là participeront sans aucun doute à la réélection des mêmes tirants qu’ils estiment immaculés. Il serait presque absolument absurde de prolonger les mouvements de rue face à une réalité abusive qui ne fait que se réitérer tout en refusant de s’adonner à la solution évidente ; parce que, en vérité, l’alternative ne pourrait être qu’une guerre renouvelée et déjà perdue. Les principes mêmes qui distinguent l’esprit de la révolution excluent le concept de conflictualité et exigent l’obtention d’une issue qui concorde avec ces principes-là, c’est-à-dire avec la paix et l’épanouissement.

Ne lâchons pas prise à la dernière heure, nous le devons à tous ceux qui ont succombé aux mains des gouverneurs-malfaiteurs, nous le devons à nous-mêmes afin que nos efforts et notre souffrance prennent enfin sens. En ces derniers moments d’émulation, rappelons-nous que l’hostilité qu’éprouvent nos chers dirigeants à l’égard de ces élections n’est qu’une preuve apparente d’une victoire populaire pas si utopique (d’où les efforts éperdus qu’ils fournissent pour nous en dissuader) ; et que, lorsque la patrie s’effondre, nul autre que ses enfants ne viendra la secourir.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Que dire d’une révolution, sinon qu’elle n’est que le terme de l’affliction d’une patrie ensevelie dans une ténébreuse détresse ? Des visages abattus qui se forcent à se délivrer du fin fond du vide. Des horreurs accablantes, une haine devenue inexplicablement banalisée, des familles désunies, un amour brisé. L’amour de la patrie damnée. Tel est le destin que nous, Libanais, croyons nôtre, mais décidons fermement de changer. Nous le changeons par la révolution, celle qui embrase les rues de Beyrouth, arrivée jusqu’aux chaises de son Parlement. La révolution ne suit pas de quelconques normes communes ; elle existe pour le peuple et par le peuple dans le but de réaliser sa volonté, et ce par les moyens qu’elle juge cohérents. Avant même de gagner la rue, la révolution naît dans l’intériorité...
commentaires (1)

notre democratie n'a pas echoue. notre democratie ni aucune autre ne pouvait tenir la route avec autant de crapules, de traitres a leurs devoirs minimales envers la nation,de personnes d'aussi mauvaise foi et d'autant de malhonnêteté. 2022 oui 2022 sera a peine un debut . encore qu'il faut esperer voir eclore des 17 octobristes un vrai souci de renouveau, loin de tout egoisme, culte du soi et defauts similaires.

Gaby SIOUFI

14 h 00, le 01 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • notre democratie n'a pas echoue. notre democratie ni aucune autre ne pouvait tenir la route avec autant de crapules, de traitres a leurs devoirs minimales envers la nation,de personnes d'aussi mauvaise foi et d'autant de malhonnêteté. 2022 oui 2022 sera a peine un debut . encore qu'il faut esperer voir eclore des 17 octobristes un vrai souci de renouveau, loin de tout egoisme, culte du soi et defauts similaires.

    Gaby SIOUFI

    14 h 00, le 01 septembre 2021

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