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Économie - Focus

Ce qu’il faut retenir de l’interview de Riad Salamé

Le montant du prêt à l’État concernant l’importation de carburant en été s’élevait à 800 millions de dollars, a laissé comprendre le gouverneur.

Ce qu’il faut retenir de l’interview de Riad Salamé

Le gouverneur de la Banque du Liban, en octobre 2017. REUTERS/Jamal Saidi/File Photo

Très attendue dans un contexte d’aggravation brutale de la crise suite à l’annonce, mercredi soir par la Banque du Liban, de la levée du mécanisme de subvention des importations de carburants, l’interview du gouverneur de la BDL, Riad Salamé, diffusée par Radio Liban Libre samedi matin lève le voile sur quelques points.

Nouveau taux de change
C’est la précision que l’on attendait depuis l’annonce de la BDL : le taux de change qui sera appliqué pour l’achat de dollars nécessaires à l’importation de carburants. Lors de son interview, M. Salamé a précisé que le taux de change de la plateforme Sayrafa (17 500 livres pour un dollar vendredi) sera appliqué, et non celui du marché parallèle comme le communiqué de mercredi soir pouvait le laisser penser.

Le gouverneur a expliqué que le taux de Sayrafa se base sur les « quantités de livres libanaises disponibles sur le marché ». En d’autres termes, il dépend de l’offre et de la demande, alors que celui du marché parallèle dépend, lui « de la situation politique ». Sur la plateforme Sayrafa s'échangent quotidiennement entre 1 et 2 millions de dollars, selon la BDL.

Une loi votée par le Parlement
Pour que soit débloqué un financement de la BDL pour l’achat de carburants, le gouverneur exige qu’une loi soit votée par le Parlement autorisant la banque centrale à utiliser les réserves obligatoires. Ce qu’a refusé, vendredi, le vice-président du Parlement Élie Ferzli.

Les réglementations bancaires locales (le Code de la monnaie et du crédit-CMC) et internationales (la Banque des règlements internationaux -BRI, la Banque centrale des banques centrales), précisent uniquement que ces réserves sont des outils de politique monétaire, et n’excluent donc pas expressément leur utilisation par une banque centrale.

Riad Salamé a, par ailleurs, martelé tout au long de son entrevue que contrairement à ce qu’ont déclaré le président Michel Aoun et le Premier ministre sortant Hassane Diab, « les responsables politiques étaient au courant de l'incapacité de la BDL à continuer le financement des subventions ». M. Salamé a rappelé avoir annoncé la perspective de la fin de toute possibilité de financement dès fin août 2020.

Le gouverneur a par ailleurs enfin fourni des chiffres sur le montant des réserves obligatoires, soit « 14 milliards de dollars et quelques », alors que les réserves de devises atteignent, elles, « 20 milliards de dollars », en comptant 5,03 milliards de dollars d'Eurobonds, à savoir la dette en devise sur laquelle l’État a fait défaut en mars 2020 sans la restructurer depuis plus d’un an. Les réserves obligatoires sont comptabilisées dans les réserves globales en devises. Ainsi, nous pouvons conclure qu’il reste moins d’un milliard de dollars pour financer les coûteux mécanismes de subventions, alors que la facture totale s'élevait à 6 milliards de dollars par an, soit près de 500 millions par mois.

Le gouverneur a d’ailleurs indiqué dans son interview qu’il avait préservé un certain montant, sans fournir de chiffre, pour les importations de mazout destinées aux boulangeries et aux hôpitaux, ainsi que celles de blé et de certains médicaments. Le gouverneur n’a pas non plus indiqué combien de temps dureraient ces fonds réservés.

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Depuis octobre 2019, la Banque du Liban fournit aux importateurs de plusieurs denrées de base et de première nécessité une partie des devises au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar (blé, carburant, médicaments, appareils médicaux) et à 3 900 livres pour les denrées alimentaires. En avril 2020, la couverture pour les importations de blé est passée de 85 % à 100 % et depuis, tandis que la banque centrale levait progressivement les subventions sur certaines catégories de produits, aliments et médicaments. En ce qui concerne ces derniers, ils se vendaient alors selon un taux de change de 12 000 livres/USD. Mais vendredi, il est passée à 65 % du « taux pratiqué sur le marché libanais », soit 13 650 livres ce jour-là.

Concernant le carburant, l’État s’est endetté auprès de la BDL qui a puisé dans les réserves obligatoires depuis le 25 juin, afin de combler les besoins du marché en combustible pour trois mois, soit à fin septembre. Jusqu’à samedi, les modalités de ce prêt n’avaient pas été communiquées. Samedi, Riad Salamé a indiqué lors de son interview que ce prêt s’élevait à 800 millions de dollars. Les modalités de remboursement et le taux d'intérêt n’ont toutefois toujours pas été précisés.

A l’origine, ce prêt était censé couvrir les besoins en carburant pour trois mois. Selon M. Salamé, le fait qu’il n’ait duré qu’un mois est dû à une hausse des importations et au stockage de la part des commerçants. Une autre piste avancée par plusieurs professionnels et responsables politiques est la contrebande vers la Syrie.

Les autres points
Riad Salamé a, par ailleurs, indiqué que toutes les banques libanaises n’avaient pu se conformer à la circulaire n 154, publiée fin août 2020, et qui visait à fin février la date butoir pour le placement de 3 % des dépôts détenus à fin juillet 2020 par les établissements bancaires du pays auprès de leurs banques correspondantes, en sus d’une augmentation, à fin décembre 2020, de leur capital de 20 % par rapport au niveau de 2018. Le gouverneur n’a pas nommé les banques mais a précisé qu’elles devront elles-même annoncer leur faillite et seront alors placées sous la tutelle de la BDL. Dans ce cas de figure, les dépôts seront sauvegardés, a assuré le gouverneur. Il s’agissait-là d’une référence claire à une restructuration du secteur bancaire, but affiché de la circulaire n°154.

Le secteur bancaire détient près de 1,3 milliard de dollars dans les comptes en « argent frais », sur lesquels ne s’appliquent pas de restrictions (mises en place depuis la fin de l’été 2019), au contraire des autres comptes en devises qu’il est très difficile de retirer ou de transférer à l’étranger.

Durant son interview d’une heure et demie, il a également précisé que « les banques sont les propriétaires des comptes (des réserves obligatoires) », alors que plusieurs déposants considèrent, à raison, qu’il s’agit de ce qu’il reste de leurs dépôts. Ainsi, si la BDL réduit le ratio des réserves obligatoires (actuellement de 15 % pour les devises, et de 14 % pour les banques qui appliquent la 158, même si certaines rechignent à le faire), ce montant reviendra aux banques commerciales et non directement aux déposants.

Enfin, le gouverneur a également mis l’accent sur le fait que la dette du Liban, en livres, avait diminué, tout comme le déficit de la balance des paiements. En effet, la dette publique totale a atteint 97,3 milliards de dollars à fin mars (selon les derniers chiffres publiés par la BDL), en considérant le taux officiel. La partie en livres constituait 62,3 % de la dette, donc 60,62 milliards de dollars (au taux officiel). Or, en considérant un taux de change actuel de près de 20 000 livres, la dette de 91 384,65 milliards de livres n'équivaut qu’à 4,57 milliards de dollars. Une baisse conséquente de 92,38 %, équivalente à la chute de valeur de la livre, alors que la dette en devises constituait 37,7 % de la dette, soit 36,6 milliards de dollars, portant alors la dette totale à 41,17 milliards, soit une baisse de 57,72 % du total de la dette (sans oublier que le Liban ne paye plus la dette libellée en devise depuis mars 2020).

Le déficit de la balance des paiements (la différence entre les flux entrants et ceux sortants du pays) a atteint 2,2 milliards de dollars en septembre 2020 (les chiffres les plus récents publiés par la banque centrale), soit une baisse de 75,6 % en glissement annuel comparé à un déficit de 8,8 milliards, selon le Lebanon This Week de la Byblos Bank qui a relayé ces chiffres.

Ces évolutions répondent à une partie des réformes demandées par le Fonds monétaire international et la communauté internationale. Mais plusieurs observateurs soulignent que la manière brutale par laquelle les autorités assainissent les finances du pays, est l’une des pires, en raison de son coût social, en ce qui concerne son impact sur la population.


Très attendue dans un contexte d’aggravation brutale de la crise suite à l’annonce, mercredi soir par la Banque du Liban, de la levée du mécanisme de subvention des importations de carburants, l’interview du gouverneur de la BDL, Riad Salamé, diffusée par Radio Liban Libre samedi matin lève le voile sur quelques points.Nouveau taux de changeC’est la précision que l’on attendait...

commentaires (5)

Hehehe bravo à Ryad saleme de demander une loi … car s’il le faisait sans loi alors les politiciens allaient rejeter toute M *** sur lui comme ils essaient de le faire maintenant loool mais cela passera avec des personnes qui ne sont pas bien informer ou alors qui ont déjà la tête manipuler … car le gouverneur administre ADMINISTRÉ ET NE LÉGIFÉRE PAS …. Donc toute la corruption entre corrompu et corrupteur ne se faisait qu’au niveau du gouv et des députés … je ne veux pas innocenter le gouv il a fait d’énorme erreur mais il faut dire la vérité même si on n’aime pas le personnage

Bery tus

17 h 01, le 15 août 2021

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Commentaires (5)

  • Hehehe bravo à Ryad saleme de demander une loi … car s’il le faisait sans loi alors les politiciens allaient rejeter toute M *** sur lui comme ils essaient de le faire maintenant loool mais cela passera avec des personnes qui ne sont pas bien informer ou alors qui ont déjà la tête manipuler … car le gouverneur administre ADMINISTRÉ ET NE LÉGIFÉRE PAS …. Donc toute la corruption entre corrompu et corrupteur ne se faisait qu’au niveau du gouv et des députés … je ne veux pas innocenter le gouv il a fait d’énorme erreur mais il faut dire la vérité même si on n’aime pas le personnage

    Bery tus

    17 h 01, le 15 août 2021

  • TIENS TIENS , ce gouverneur exige UNE LOI autorisant la Banque centrale à ….. Aussi il prétend les RESPONSABLES POLITIQUES étaient au courant de l'incapacité de la BDL À CONTINUER le financement des subventions! Etc .etc. etc . C’EST VRAI : INCAPACITÉ DEPUIS 30 ANS. A l’époque de HARIRI et DESCENDANTS les gestes manipulateurs OU dissimulateurs - main ou doigt devant la bouche – étaient justement cette LOI que NOTRE manipulateur réclame. La dette publique de 95 milliards de $ : de la TRANSPARENCE, des détails ! LES BANQUES EN FAILLITE : ET SON CONTRÔLE???

    aliosha

    13 h 24, le 15 août 2021

  • Depuis cinquante ans la devise Libanaise est utilisée pour deux pays et gare à ceux qui comme Rafik Hariri oserait s’opposer à ça! C’est aussi simple que ça!

    PHENICIA

    11 h 05, le 15 août 2021

  • La BDL a une approche pragmatique de l'une des problématiques qui touche le pays, soit la gestion des fonds dans le milieu bancaire et l'organisation de ce dernier. Il n'appartient pas à la BDL de régir ce système, ni d'être à l'initiative d'un audit concernant les pratiques, les modes de gestion et la politique bancaire et monétaire. Il est ici question de savoir d'une part si les fonds dont il est question sont réels et accessibles et d'autre part qui est le propriétaire. Ces questions font écho à des échecs systémiques que l'on a rencontré dans d'autres pays (notamment l'Argentine). Dès lors que l'argent volé, les pots-de-vin et le patrimoine (notamment immobilier) des politiques ne sont pas pris en compte dans l'examen du déséquilibre et de la faillite du système, toute restructuration ne pourrait être que temporaire. Le coût social le voilà. Je félicite toutefois les politiques critiques à l'égard de la BDL car leur incurie fait partie de leur ADN et ne doit pas être discutée car validée démocratiquement

    Georges Olivier

    01 h 09, le 15 août 2021

  • Et la livre, qu'avez vous fait pour protéger ceux qui vous ont cru quant à sa stabilité tant que vous êtes gouverneur ? Vous les avez annihilé tout simplement. Il est de votre devoir de leur trouver une compensation équitable, sinon vous ressemblerez à leurs yeux à un bourreau.

    Esber

    00 h 45, le 15 août 2021

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