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Nos lecteurs ont la parole

À notre « mémoire obligée » du 4 août

Ne voulant plus vivre dans un pays où règne l’illusion de la démocratie, le peuple libanais se réveille de sa torpeur le 17 octobre 2019 pour déchirer le voile de l’illusion, percer l’au-delà des apparences, proclamant un nouveau pays, un nouveau « printemps de l’humanité ». Reconstruire notre pays, reconstruire notre bonheur, unir nos religions plurielles pour n’en avoir qu’une seule : la religion de l’amour humain, de l’amour universel, de l’évangile universel, c’est notre rêve à nous tous qui deviendra un jour une réalité. L’harmonie fraternelle de la communauté humaine est une soif, une nécessité, désormais, pour nous les Libanais.

Depuis ce jour-là, deux ans de souffrance ont passé, et notre rêve ne s’est pas réalisé. Et pourtant, nous nous sommes révoltés contre la corruption qui sévit dans notre pays. Nous avons dénoncé une démocratie voilée par la brume de l’injustice des esprits dégradés, parce que au lieu d’être des chefs, ils sont des hérons qui restent à la périphérie de l’eau et ne s’aventurent jamais jusqu’aux tréfonds de l’océan de l’être.

Mais le pire moment que nous ayons vécu, le couronnement de la souffrance fut pour nous, hélas, l’explosion au port le 4 août 2020 !

Le 4 août 2020, à cause de la nature égoïste de certains hommes et l’irresponsabilité des autres, les Libanais furent victimes de l’explosion la plus folle qui ait eu lieu dans l’histoire. Une explosion qui déterra les abysses souterrains d’où se dégage la puanteur des turpitudes de ces hommes-là. Une explosion qui massacra en quelques secondes la vie de nos frères innocents. Et quand la terre pleura le sang chaud de nos fils agonisants sous les ruines du port de Beyrouth, la voix des mères retentissait dans tout le pays, sur les télévisions, les réseaux sociaux, dans les rues, pour dire : « Sauvez nos fils, peut-être qu’ils sont toujours vivants sous les ruines ! »

Silence...

Le 11 août 2020, en réponse au silence de nos gouverneurs, les Libanais décident de faire un mémorial pour nos martyrs. Nous avons marché au bord de la mer côtoyant le port de Beyrouth, cette mer qui a étreint les bateaux venant du monde entier, témoignant des siècles de prospérité du commerce du Levant. Qu’advient-il aujourd’hui de ce port ? Il est presque rasé de la face de Beyrouth ! Durant notre marche, tout était noir autour de nous, mais les lumières des bougies allumées m’ont suffi pour qu’une toute petite étincelle, qui à peine ose jaillir, prenne place dans mon cœur. Signe que l’amour humain ne s’éteint jamais de nos cœurs endeuillés.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Août 2021. Construction d’un nouveau port, dira-t-on ! Non ! Rien ! Le vide !

La seule question qui se pose aujourd’hui : que pouvons-nous faire ?

Il s’ensuit que la meilleure chose à faire pour nous, Libanais, pour accroître le bonheur de notre « cité », est bien de cultiver notre esprit en augmentant notre compréhension des choses et notre puissance d’agir. Et à tous ceux qui ont des pensées inadéquates, à tous ceux qui sont contre nous, contre la révolution du 17 octobre, je dis : « Freinez votre folie inhumaine et prenez un bain d’humanité dans l’océan de compassion de notre terre précieuse qu’est le Liban. »

À l’occasion de la commémoration du 4 août, et puisque nous vivons des moments tristes, je médite en fermant les yeux pour mieux voir ou pour voir ma lumière intérieure, pour mieux ouvrir la porte à l’amour universel, la porte de la lumière cosmique, et je prends conscience que toute la force du cosmos est en moi. Je suis la mère universelle, la sœur des hommes et des femmes qui ont une conscience libre, qui souffrent et qui vaincront. À tous les Libanais, je lance cet appel de Schiller :

« Étreignez-vous, millions d’êtres ! Ce baiser au monde entier. »

Les Libanais resteront au-dessus de la haine, au-dessus de la mêlée !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Ne voulant plus vivre dans un pays où règne l’illusion de la démocratie, le peuple libanais se réveille de sa torpeur le 17 octobre 2019 pour déchirer le voile de l’illusion, percer l’au-delà des apparences, proclamant un nouveau pays, un nouveau « printemps de l’humanité ». Reconstruire notre pays, reconstruire notre bonheur, unir nos religions plurielles pour n’en avoir qu’une seule : la religion de l’amour humain, de l’amour universel, de l’évangile universel, c’est notre rêve à nous tous qui deviendra un jour une réalité. L’harmonie fraternelle de la communauté humaine est une soif, une nécessité, désormais, pour nous les Libanais. Depuis ce jour-là, deux ans de souffrance ont passé, et notre rêve ne s’est pas réalisé. Et pourtant, nous nous sommes révoltés contre la...
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