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Moyen-Orient - Éclairage

Pétrole : Abou Dhabi montre les muscles face à Riyad

La volatilité du cours de l’or noir observée ces derniers jours résulte de la volonté émiratie d’augmenter sa production nationale, contre l’avis de l’Arabie saoudite et des autres membres de l’alliance OPEP+.

Pétrole : Abou Dhabi montre les muscles face à Riyad

Les Émirats arabes unis ont publiquement affiché leurs divergences avec leur allié saoudien à propos des quotas de production de pétrole. Karim Sahib/AFP

Près d’un an après la guerre des prix du pétrole ayant opposé Riyad à Moscou, l’alliance OPEP+ – qui regroupe les États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et une dizaine d’autres producteurs dont la Russie – connaît sa crise la plus importante. Alors que les marchés s’attendaient lundi à un accord entre les membres de l’OPEP et leurs alliés pour augmenter la production d’environ 400 000 barils de pétrole par mois jusqu’à la fin de l’année, la demande restée sans réponse des Émirats arabes unis de produire à un quota plus important a provoqué un report sine die de la prochaine réunion et, par conséquent, une volatilité du cours de l’or noir.

Mardi, le prix du Brent a atteint 77,84 dollars, soit son niveau le plus élevé depuis octobre 2018, tandis que le prix du baril de WTI atteignait 76,98 dollars, un record depuis novembre 2014. Les prix ont ensuite été marqués par une forte baisse, avant de progresser hier, alors que le baril de Brent valait 75,80 dollars à Londres pour livraison en septembre tandis que le baril de WTI pour le mois d’août valait à New York 74,73 dollars.

Si l’OPEP a connu des tensions par le passé, « la confrontation publique entre Abou Dhabi et l’Arabie saoudite est inhabituelle », observe Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres. Depuis 2018, une politique visant à limiter la production d’or noir face à des cours en berne a été mise en place par l’OPEP+. Suite à l’émergence de la pandémie de Covid-19, le volume de production a été davantage restreint. Mais, depuis mai, les pays membres ont convenu d’augmenter leurs quotas respectifs de production, à la faveur d’une hausse de la demande liée aux campagnes de vaccination, à un niveau jugé toutefois insuffisant par Abou Dhabi. Et ce alors que Riyad souhaite prolonger l’accord, initialement prévu jusqu’en avril 2022. « Les Émirats arabes unis soutiennent que tout accord devant être conclu pour une durée allant au-delà d’avril 2022 devrait être négocié à des conditions différentes, en particulier sur une base de production plus élevée pour eux, explique Carole Nakhlé, fondatrice et PDG de Crystol Energy. En revanche, les Saoudiens veulent prolonger l’accord jusqu’en avril 2023, arguant que la raison qui a conduit à l’accord d’avril 2020 était le Covid-19 qui continue de prospérer avec un impact menaçant sur la demande de pétrole ».

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Figurant au quatrième rang des 23 producteurs de l’OPEP+, derrière l’Irak, la Russie et l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis doivent fournir ce mois-ci près de 2,74 millions de barils par jour, soit un peu plus de 7 % de l’offre totale des pays de l’OPEP+ soumis aux quotas. « Abou Dhabi pourrait cependant produire un million de barils par jour de plus que ce que l’OPEP utilise actuellement comme base de référence, d’où la demande émiratie », observe Andreas Krieg, qui ajoute que des pourparlers ont lieu en coulisse afin de trouver un compromis. Sans accord, le niveau de production du cartel au mois d’août sera identique à celui du mois de juillet, a indiqué dimanche le ministre de l’énergie saoudien Abdelaziz ben Salmane sur Bloomberg TV.

Sortir de l’ombre

Plus qu’un désaccord pétrolier, Abou Dhabi semble en réalité signifier sa volonté de sortir de l’ombre de Riyad. « Depuis l’année dernière en particulier, les Émirats arabes unis tentent de se replacer comme un acteur-clé au sein de l’OPEP/OPEP+: un joueur de l’équipe, oui, mais pas un adepte des Saoudiens », estime Carole Nakhlé. Une posture qui s’appliquerait aux différents dossiers entre les deux pays. « Pour Abou Dhabi, l’époque où l’OPEP et l’OPEP+ étaient considérées comme des initiatives dirigées par l’Arabie saoudite, et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) comme une entité menée par Riyad est révolue, estime à son tour Andreas Krieg. Les Émiratis ont pris confiance et se considèrent comme les égaux des Saoudiens. Ils traitent de manière ferme avec leurs partenaires européens, pourquoi ne pas faire de même avec Riyad ? »

Si les deux puissances conjuguaient par ailleurs leurs efforts sur de nombreux dossiers régionaux, cherchant toutes deux à contrer l’influence de l’Iran, du Qatar et de la Turquie et à repousser des ennemis idéologiques tels que l’organisation des Frères musulmans, leurs points de vue ont divergé sur certains de ses dossiers. « Le Yémen était le premier dossier sur lequel nous avons vu les deux pays aller dans des directions opposées », souligne Andreas Krieg. Alors qu’Abou Dhabi et Riyad sont intervenus côte à côte face à la prise de Sanaa et d’une grande partie du nord du pays par la milice houthie, ils soutiennent respectivement le Conseil de transition du Sud et le gouvernement Hadi dans le sud du Yémen. « Mais les deux puissances sont opposées sur d’autres questions, comme la normalisation des relations entre les Émirats arabes unis et Israël, que Riyad n’a pas acceptée, ou encore la réconciliation du CCG avec le Qatar, à laquelle Abou Dhabi était moins favorable », poursuit le chercheur. Le récent rapprochement opéré par l’Arabie saoudite avec la Turquie suscite également la désapprobation des Émirats arabes unis.

Des divergences qu’il convient cependant de nuancer, selon certains observateurs. « Les derniers développements concernant la production pétrolière ajoutent une nouvelle dimension à cette dynamique, mais ne constituent pas nécessairement un point de basculement pour leurs différentes approches de politique étrangère », estime Eman Alhussein, chercheuse non résidente à l’Arab Gulf States Institute à Washington. Selon elle, « l’économie est la principale raison du désaccord car les deux pays ont des plans de diversification similaires et, par conséquent, la concurrence régionale devrait s’intensifier ». Pour d’autres, le désaccord pétrolier entre les deux puissances du Golfe pourrait entraîner un départ des Émirats arabes unis de l’alliance OPEP+, à l’image de celui du Qatar en 2018, et plonger tous les pays membres dans la crise. « Si nous allons dans cette direction, l’impact de la sortie des Émirats arabes unis de l’OPEP sera évidemment beaucoup plus grave que celui du Qatar, qui n’est pas un grand producteur de pétrole », résume Andreas Krieg, qui estime que cela aurait non seulement un impact majeur sur le cartel mais représenterait un coup dur pour l’Arabie saoudite.

Près d’un an après la guerre des prix du pétrole ayant opposé Riyad à Moscou, l’alliance OPEP+ – qui regroupe les États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et une dizaine d’autres producteurs dont la Russie – connaît sa crise la plus importante. Alors que les marchés s’attendaient lundi à un accord entre les membres de l’OPEP et leurs alliés pour...
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