Le clin d'œil Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul

Flashback

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D.R.

Nous avions une vieille tante méchamment surnommée par mon père « La Belette », au vu de sa tête de fouine et de sa ressemblance, la pauvrette, avec cette peu sympathique bête.

Rentrée d’Égypte à la faveur des nationalisations de Nasser et reléguée à une vie mesquine à Beyrouth après les revers de fortune des Chawam du Caire, elle nous assommait par le récit des fastes de sa vie d’antan à l’époque des pachas. Dénuée du talent de Robert Solé dans Le Tarbouche pour conter le charme et la douceur de cette époque disparue, elle nous accablait des détails de sa richesse passée : du Soffragi Mahmoud en livrée chamarrée, à la dada Sekina qui gérait la maisonnée à la baguette, pendant qu’elle recevait royalement ses amies autour d’un Five o’clock tea à l’anglaise, en passant par le tourbillon des mondanités, des bals, des soirées et des mariages fastueux des notables de la communauté.

Nous l’écoutions poliment, en enfants bien élevés, tout en nous interrogeant, en notre for intérieur, sur l’intérêt qu’il y avait à ressasser continuellement de « vieilles choses » et à vivre dans un passé magnifié, qui n’était visiblement plus, au vu des maigres friandises qu’elle nous offrait, des dragées de pois chiches (!!!) roses et blancs rances.

À l’heure actuelle, dans notre pauvre pays, tout me rappelle feue « La Belette ». Sur les réseaux sociaux, faute de mieux, on exhibe des photos « d’avant ». On commence par regarder avec intérêt, avant de se rendre compte qu’il s’agit d’un mariage de 2015, fastueux comme on en faisait à l’époque, d’une invitation de femmes du monde (l’espèce existait encore, avant qu’elle ne se terre chez elle, terrorisée par les assauts furieux de la thaoura) dans le-restaurant-à-ne-pas-rater de l’hiver 2016, ou d’une beach party déchaînée sur la plage luxueuse en vogue de l’été 2018.

C’était il y a un an, il y a un siècle, il y a une éternité, comme le chantait Joe Dassin.

Comme on dit aujourd’hui, « Nous sommes tous La Belette ».

Paix à ton âme, pauvre Tante Asma.


Nous avions une vieille tante méchamment surnommée par mon père « La Belette », au vu de sa tête de fouine et de sa ressemblance, la pauvrette, avec cette peu sympathique bête.Rentrée d’Égypte à la faveur des nationalisations de Nasser et reléguée à une vie mesquine à Beyrouth après les revers de fortune des Chawam du Caire, elle nous assommait par le récit des fastes de sa...

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superbe.

Marie Claude

08 h 18, le 08 août 2021

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  • superbe.

    Marie Claude

    08 h 18, le 08 août 2021

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