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Nos lecteurs ont la parole

Lettre ouverte aux patriarches orientaux

Lettre ouverte aux patriarches et responsables religieux de toutes les confessions chrétiennes au Liban

Excellences,

Sa Sainteté le pape François vous invite à le rejoindre à Rome pour réfléchir ensemble sur la situation au Liban et tenter de trouver une solution à l’impasse actuelle qui étouffe le pays à petit feu étant donné l’inconscience de ses propres responsables, et ce dans l’indifférence générale de la communauté internationale, à l’exception de la France.

Mon engagement dans l’Église et au service du Liban, pendant des décennies, et ma compassion pour le peuple libanais qui souffre et dont je me sens solidaire m’octroient la légitimité de m’adresser à vous, avec respect sans doute, mais en toute franchise et sincérité, pour vous crier à haute voix des vérités que tout le monde chuchote au Liban aussi bien qu’à l’extérieur. Car garder le silence, face à la situation actuelle, représente à mes yeux la trahison par excellence.

Si le Christ revenait aujourd’hui au Liban, voilà comment je l’identifierais : d’une part, je le verrais crucifié à nouveau sur la croix, à l’instar de tout le peuple libanais qui souffre une longue agonie ; et d’autre part, il serait déterminé à chasser, vigoureusement, les marchands du Temple…

Permettez-moi, Excellences, de vous poser la question qui me brûle le cœur : et vous, puisque vous allez rencontrer le vrai représentant du Christ ici-bas, le pape François qui continue à porter le Liban dans son cœur contre vents et marées, vous, qu’allez-vous lui dire ou lui proposer ? Comment allez-vous justifier votre silence, pour ne pas dire votre complicité, face à la situation actuelle qui sévit au Liban ?

Malgré toute l’agitation dont certains d’entre vous font parfois preuve, vous êtes-vous réellement identifiés au Christ pour être crucifiés avec votre peuple ? Qu’avez-vous changé dans votre vie de luxe et vos habitudes de confort, pour être en osmose avec votre peuple ? Qui de vous a retroussé ses manches, après l’explosion du 4 août, pour descendre dans l’arène déblayer les gravats avec les sinistrés et donner l’exemple du partage ?

Quant aux marchands du Temple, comment se fait-il qu’ils soient tous encore là, à leurs postes, au pouvoir, non seulement sous votre regard bienveillant, mais aussi avec votre bénédiction? Tous ces seigneurs de la guerre, ces gangsters corrompus et corrupteurs, et tous ces banquiers dont la plupart ont volé le peuple et l’État pendant des décennies, et qui continuent à le faire, auraient-ils pu se maintenir un seul jour à leurs postes si vous aviez eu le courage de les dénoncer ouvertement, clairement et nommément, vous les responsables religieux du pays qui êtes sensés être la conscience vivante qui défend le peuple et ses intérêts ?

Permettez-moi de vous dire qu’au Liban, l’Église en général, à très très peu d’exceptions près, n’a pas donné le bon exemple de l’esprit de pauvreté, puisqu’on a continué à adorer le veau d’or. Le monde entier sait très bien que l’attachement à l’argent représente le talon d’Achille des Libanais, y compris les hommes d’Église ; c’est le péché contre l’Esprit. On ne peut pas prétendre représenter le Christ et continuer à adorer des dieux. Et lorsque le grand scandale financier a éclaté, au lieu que vous accouriez pour dénoncer les grands acteurs de ce scandale du siècle, ces voleurs se sont vus protégés par vous et sont toujours là impunis.Excellences, je n’ai pas besoin de m’étendre plus longtemps sur les faits que tout le monde connaît et vous en premier. Permettez-moi de revenir à l’essentiel, c’est-à-dire la question qui me préoccupe en premier : qu’allez-vous dire à Sa Sainteté le pape François ? Qu’allez-vous suggérer comme solution quand vous-mêmes vous n’avez rien fait qui puisse justifier votre innocence ?

Aurez-vous le courage de confesser vos « omissions » ? Il serait souhaitable de vous découvrir courageux là où il est nécessaire de l’être, en toute humilité, pour faire un geste magnanime en distribuant aux nécessiteux ne serait-ce qu’une partie de la fortune que les différentes Églises du Liban possèdent et qu’elles ont réussi à épargner, à l’instar des riches Libanais qui ont fait fuir leur argent… Contrairement au petit peuple et à la classe moyenne qui ont vu s’envoler toutes leurs économies amassées à la sueur de leur front.

Ce geste de votre part permettra au Saint-Père de prendre, en force, une initiative nouvelle en faveur du Liban ; afin de tourner une page noire de l’histoire de ce pays qui a été non seulement victime d’une politique internationale et régionale défavorable depuis un demi-siècle, mais qui a été aussi et surtout l’otage de ses petits chefs, avides et cupides, inféodés à l’étranger, à qui il faut retirer toute reconnaissance et toute légitimité.

Excellences, nous savons tous que le Liban ne mourra pas. Non pas grâce à nous autres pauvres pécheurs, mais par le miracle de l’Esprit Saint qui a voulu en faire « La Patrie du Bon Dieu », le « pays porteur de Message » pour toute l’humanité. Ce Message d’Amour motive non seulement les chrétiens mais aussi les non-chrétiens qui, consciemment ou inconsciemment, restent attachés à ce pays-modèle auquel ils ne voudront jamais renoncer.

Et pour que le peuple libanais, dans son ensemble, s’élève à hauteur de ce Message pour devenir un peuple missionnaire, il lui faut de bons pasteurs qui vivent, avant de prêcher, la pauvreté et la sainteté, à l’exemple du Christ. Puissions-nous espérer que cette crise soit la dernière étape de ce long chemin de croix et qu’elle se transforme en un baptême sur la voie de la purification, pour une véritable résurrection.

Paris

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

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