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Société - Crise au Liban

Dépréciation record de la livre et pénuries : la rue s'agite, tensions à Tripoli et Saïda

De nombreuses routes ont été coupées par des contestataires tout au long de la journée et sur l'ensemble du territoire.

Un des accès vers la place des Martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth, bloqué par un barrage de pneus enflammés, le 26 juin 2021. Photo Joao Sousa

Des heurts ont éclaté samedi en fin d'après-midi et en soirée à Saïda et Tripoli, après une journée marquée par de nombreuses coupures de routes en signe de protestation contre la dégradation toujours plus rapide des conditions de vie au Liban. Cette mobilisation importante, observée sur tout le territoire, a été provoquée par l'extrême volatilité qu'a connue la livre libanaise tout au long de la journée, qui l'a fait plonger à son plus bas historique frôlant les 18.000 LL pour un dollar sur le marché parallèle, et par les pénuries toujours plus sévères de carburant. L'essence ne se vend plus qu'au compte-gouttes depuis plusieurs semaines, provoquant des ruées vers les pompes, tandis que le mazout devient très difficile à trouver, ce qui paralyse tous les secteurs, qui comptent sur des générateurs privés pour pallier le rationnement sévère de l'électricité.

Cette nouvelle baisse de la monnaie nationale a été enregistrée alors que le Premier ministre sortant, Hassane Diab, a signé vendredi le décret autorisant la Banque du Liban (BDL) à financer pendant encore trois mois le mécanisme de subventions dont bénéficient les importateurs de carburant depuis octobre 2019, au taux de 3.900 LL pour un dollar. Si de nombreux détails sur la mise en œuvre de cette décision restent encore inconnus, il est toutefois sûr qu’elle aura un impact sur l’ensemble des prix sur le territoire libanais, à un moment où l’inflation en livres, à + 119,83 % en rythme annuel à fin mai, bat déjà tous les records.

Tirs à Tripoli, la BDL prise d'assaut à Saïda
C'est dans ce contexte très tendu qu'à Tripoli, des dizaines de manifestants ont défilé pour dénoncer la dépréciation et "les conditions de vie difficiles", s'arrêtant notamment devant les domiciles de responsables politiques pour exprimer leur ras-le-bol, selon l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle). Devant la maison du député Mohammad Kabbara, des coups de feu ont été entendus, ce qui a provoqué des heurts, obligeant l'armée à intervenir pour disperser les manifestants. D'autres ont pu arracher le portail en fer d'une agence de la Banque du Liban et pénétrer dans la cour extérieure, mais l'armée les a empêchés d'atteindre le bâtiment. Les façades de plusieurs banques de la ville ont été vandalisées et des contestataires ont également mis le feu au portail du Sérail, le siège du mohafazat du Liban-Nord, selon une correspondante de l'AFP. Des secouristes ont affirmé à notre publication jumelle en anglais, L'Orient Today, que quatre activistes avaient dû être soignés pour des blessures superficielles, qui n'étaient pas dues à des tirs.

A Saïda (Liban-Sud), des protestataires sont parvenus à entrer dans le hall du siège local de la Banque du Liban et de l'Office des eaux, selon notre correspondant local Mountasser Abdallah, avant d'être repoussés par les forces de l'ordre. Dans la journée, de nombreux commerces de la ville avaient fermé leurs portes. "Derrière chaque acte de corruption, il y a un peuple qui dort" et "Un peuple sans dignité ne mérite pas de vivre", pouvait-on lire sur un panneau accroché sur le volet tiré d'un magasin. Six manifestants avaient en outre été blessés dans l'après-midi dans des échauffourées survenues avec des soldats qui tentaient de rouvrir les accès à la place des Martyrs de la ville. Des photos envoyées par notre correspondant montrent des protestataires le visage en sang ou inconscients et portés à bout de bras par des camarades. Quatre personnes ont été arrêtées par la troupe en marge de ce sit-in.

A Beyrouth, la place des Martyrs dans le centre-ville a été longuement fermée par des barrages de pneus enflammés, tout comme la route de Corniche Mazraa ainsi que plusieurs axes de la banlieue-sud, fief du Hezbollah. Un peu plus au nord, l'autoroute a été bloquée au niveau de Zouk Mosbeh.

"Nous n'attendrons pas les élections"
Face à cette situation de plus en plus chaotique, responsables politiques et figures se revendiquant de l'opposition ont lancé des mises en garde et fustigé la classe dirigeante, embourbée dans une crise gouvernementale qui s'éternise depuis de longs mois.

"Nous n'attendrons pas les élections (prévues en mai 2022, ndlr), votre départ est devenu la condition de notre survie", a twitté le chef du parti Kataëb Samy Gemayel, qui a réclamé la démission des députés et du président du Parlement Nabih Berry, celle du chef de l'État Michel Aoun et la récusation du Premier ministre désigné Saad Hariri. "A tous les acteurs souverainistes du changement nous disons : notre unité fait notre force", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général du Bloc national, Pierre Issa, a de son côté déploré "la hausse folle du taux du dollar par rapport à la livre, la pénurie de carburants et les fermetures des commerces". "La chute que nous connaissons n'a pas d'égal et les partis au pouvoir refusent toujours d'admettre leur échec", a-t-il ajouté, les appelant à "laisser la place à ceux qui ont un projet pour construire un État".

Pour sa part, le député Assem Araji, député du Courant du Futur de Saad Hariri, a estimé que le pays est "au bord d'un volcan qui pourrait entrer en éruption à tout moment".


Des heurts ont éclaté samedi en fin d'après-midi et en soirée à Saïda et Tripoli, après une journée marquée par de nombreuses coupures de routes en signe de protestation contre la dégradation toujours plus rapide des conditions de vie au Liban. Cette mobilisation importante, observée sur tout le territoire, a été provoquée par l'extrême volatilité qu'a connue la livre libanaise...

commentaires (8)

NOS DIRIGEANTS NE SONT PAS BÊTES COMME ON LE DIT . OUI ILS SONT PROFITEURS , HIER LES ÉLECTEURS ÉTAIENT PAYES 100 DOLLARS PAR VOTE ; DEMAIN CET ÉLECTEUR VOTERA POUR 3 DOLLAR ( SANS S ). PARIONS : NOS KOULONS SERONT DE RETOUR ( QUAND MÊME Un max. Trois PERDANT (SANS S ) NOS démissionnaires KOULONS D’AUJOURD’HUI C’EST QUOI ??? EH BIEN PEUT ÊTRE C’EST LES PETITS MALINS KOULONS ( APPLAUDIS ) DE DEMAIN !! NON ?

aliosha

13 h 22, le 27 juin 2021

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Commentaires (8)

  • NOS DIRIGEANTS NE SONT PAS BÊTES COMME ON LE DIT . OUI ILS SONT PROFITEURS , HIER LES ÉLECTEURS ÉTAIENT PAYES 100 DOLLARS PAR VOTE ; DEMAIN CET ÉLECTEUR VOTERA POUR 3 DOLLAR ( SANS S ). PARIONS : NOS KOULONS SERONT DE RETOUR ( QUAND MÊME Un max. Trois PERDANT (SANS S ) NOS démissionnaires KOULONS D’AUJOURD’HUI C’EST QUOI ??? EH BIEN PEUT ÊTRE C’EST LES PETITS MALINS KOULONS ( APPLAUDIS ) DE DEMAIN !! NON ?

    aliosha

    13 h 22, le 27 juin 2021

  • Cela est un bon commencement mais il ne faut pas que ça soit dans des régions dispersées. Toute la population des quatre coins du pays doivent synchroniser une marche vers le palais, le parlement et la BDL pour dégager tous ces mafieux. L’organisation d’un tel événement signera leur fin. Aucun slogan autre que celui de DÉGAGEZ, NOUS NE VOULONS PLUS DE VOUS NE DOIT FIGURER DANS CETTE MARCHE VERS LA DIGNITÉ ET L’INDÉPENDANCE POUR NOUS LIBÉRER DE LEUR JOUG, Autrement tout cela noyé dans le cahot et personne ne comprendra plus rien. Unissons-nous et crions tel un seul homme DEGAGEZ BANDE DE NULLARDS LE LIBAN APPARTIENT À SON PEUPLE.

    Sissi zayyat

    12 h 10, le 27 juin 2021

  • Qu'attend donc le peuple libanais pour éliminer définitivement de leurs postes de soi-disant "responsables" ceux qui ont détruit notre pays ? Pourquoi les laisser continuer tranquillement...alors que nous simples citoyens vivons l'enfer quotidien promis généreusement par le 1er d'entre-eux ? - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 40, le 27 juin 2021

  • c est la guerre des pauvres : la pauvre armée ou l armée pauvre contre le pauvre peuple ou le peuple pauvre qu est ce attend l armée pour prendre le pouvoir et ramasser tous ces mafieux ( qui refusent de rendre leurs tabliers)avant que ca soit trop tard que dieu protège ce pauvre pays

    barada youssef

    01 h 10, le 27 juin 2021

  • le nouveau bas est un NADIR

    Georges Yared

    19 h 13, le 26 juin 2021

  • Il faut se demander quel genre de dirigeant est Michel Aoun ? Quelle indifférence face à la destruction de l'économie et la chute vertigineuse de la livre ! N'était-ce ses antecedents en 1989 et 1990, on aurait douté de sa santé mentale. Mais l'homme est tel qu'il a toujours été. Par projection, il faut prendre en compte qu'il ne quitte que par la force.

    Esber

    17 h 22, le 26 juin 2021

  • Ceux qui achètent le dollar aujourd'hui, à part leur animosité envers ceux qui en livres, n'arrivent plus à subvenir à leurs besoins, on espère qu'un jour prochain , ils voient leur cupidité retourner contre eux, et feront la queue pour vendre ces sales dollars qu'ils chérissent tant.

    Esber

    16 h 48, le 26 juin 2021

  • On peut couper les routes, fermer les commerces et déplorer….cela ne servira à rien. Le peuple est dans une bonne majorité aussi véreux que ses dirigeants et aussi profiteur. Pour changer les choses, il faut descendre massivement dans les rues, les intègres et les vrais patriotes qui ont le sens de la patrie et non le sens du clientélisme, marcher vers les institutions et les prendre comme dans une vraie révolution. Sinon l’agonie continue et le Liban disparaîtra comme le veulent certains dirigeants et certains partis

    mokpo

    16 h 15, le 26 juin 2021

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