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Politique - Décryptage

Le Liban sous perfusion pour éviter l’effondrement total

Dans ce quotidien si lourd de crises qui se succèdent et s’accumulent, une petite lueur d’espoir pointe à l’horizon. Elle est apparue dans la foulée de la conférence internationale de soutien à l’armée organisée la semaine dernière à Paris et de la visite samedi et dimanche derniers à Beyrouth du responsable européen de la politique étrangère et de la sécurité Josep Borrell.

Certes, dans les deux cas, des voix se sont élevées pour estimer que les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes, qu’il s’agisse des aides décidées à l’armée ou des mesures concrètes évoquées par le responsable européen lors de ses entretiens avec les dirigeants libanais.

Mais au-delà des détails concrets, ces deux événements sont porteurs d’un même message. Selon une source diplomatique occidentale, à travers l’initiative de Paris et les entretiens de Borrell avec les responsables libanais, une même idée se profile et elle se résume ainsi : l’Occident ne veut pas que le Liban s’effondre totalement et il fera tout pour empêcher cela. C’est pourquoi chaque fois que le pays s’approche du point de non-retour, une initiative est lancée pour stopper le processus et assurer un sauvetage minimal in extremis. Toujours selon la même source, c’est ainsi que lorsque l’obscurité totale était devenue pratiquement inéluctable, les Irakiens ont proposé au Liban du fuel dans des conditions inespérées. Le directeur de la Sûreté générale et le ministre de l’Énergie se sont même rendus à Bagdad pour finaliser les détails concrets de l’accord. Des sources irakiennes ont aussitôt laissé entendre que le Premier ministre irakien n’aurait pas pu faire cette proposition au Liban sans l’aval des Américains.

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Ce développement est donc un signe concret du fait que les Occidentaux ne veulent pas que le Liban touche le fond et ils essaieront de l’aider pour éviter la chute. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’heure des solutions a sonné.

Selon la source précitée, le Liban est en quelque sorte aux soins intensifs et il est en réanimation, avec respiration artificielle, pour utiliser un langage devenu courant depuis le début de la pandémie du Covid-19. Pour cette source, l’Occident a ses propres raisons pour éviter l’effondrement du Liban, car cela pourrait créer une situation totalement incontrôlable qui aurait des répercussions sur l’ensemble de la région, et qui pourrait même mettre en danger les intérêts des Occidentaux et des Européens en particulier. C’est le cas notamment pour la présence des réfugiés syriens et palestiniens qui pourraient affluer massivement vers l’Europe, si la situation sécuritaire se dégradait au Liban. De même, si la situation au Liban échappe à tout contrôle, qu’est-ce qui pourrait empêcher les organisations palestiniennes de lancer des attaques contre Israël à partir du territoire libanais ? Certes, pendant la dernière flambée de violence entre Gaza et Israël, quelques obus avaient été lancés à partir du Liban, mais à chaque fois les autorités libanaises avaient rapidement réagi pour empêcher tout dérapage ou toute escalade. Ces autorités restent donc un interlocuteur valable pour les parties internationales en cas d’incident. Par contre, si l’État libanais venait à s’effondrer, avec qui faudrait-il alors parler pour éviter toute escalade ? Avec le Hezbollah ? C’est justement, toujours selon la sourde diplomatique précitée, un des scénarios que craignent les Occidentaux quand ils abordent la question libanaise. Ils n’ont pas jusqu’à présent de réponse claire concernant le scénario de « l’après-effondrement » et sur l’identité de la partie qui serait en mesure de gérer le chaos. Selon certains rapports qui leur parviennent, deux scénarios sont plausibles pour combler le vide laissé par l’État et ses institutions : le premier consisterait à entraîner une partition du pays sur des bases régionales et confessionnelles sous quelque forme juridique que ce soit, mais cela maintiendrait inchangée la puissance du Hezbollah installé à la frontière avec Israël. Le second consisterait à permettre à cette formation de prendre le contrôle du pays, sachant qu’en dépit de certaines tentatives (supposées ou réelles) de restructuration des milices, celles-ci ne sont pas en mesure de faire face à la puissance du Hezbollah...

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Pour toutes ces raisons, les Occidentaux, et les Européens en particulier, ne veulent donc pas d’un effondrement total du pays, même s’ils poursuivent une politique d’encerclement indirect du Liban à travers différentes mesures qui l’empêchent d’obtenir de nouveaux crédits et d’avoir des échanges commerciaux normaux avec les pays voisins puisque ceux-ci doivent passer par la Syrie, soumise elle aussi à un blocus sous couvert du « Caesar Act » américain.

En attendant que le paysage régional et international se précise, à travers les négociations actuellement en cours entre les États-Unis et l’Iran, mais aussi entre les États-Unis et la Russie ou entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ou encore entre la Turquie et l’Égypte, etc., le Liban doit donc rester sous perfusion, mais sans solution. C’est pourquoi, tous les efforts occidentaux se concentrent actuellement sur l’aide à l’armée qui constitue l’une des rares institutions publiques encore crédibles, mais aussi qui peut être le rempart face aux milices... et face au Hezbollah. Pour l’instant, les Occidentaux se mobilisent donc pour aider l’armée et celle-ci ne peut que s’en déclarer satisfaite sachant que les soldats font partie des couches sociales les plus frappées par la crise financière et sociale. Le commandement de l’armée refuse, comme il l’a fait précédemment, de se laisser entraîner dans les polémiques politiques. Pour lui, ses priorités sont de veiller à la sécurité et à la stabilité du pays, tout en préservant la cohésion de la troupe qui reste un espoir pour les Libanais. 


Dans ce quotidien si lourd de crises qui se succèdent et s’accumulent, une petite lueur d’espoir pointe à l’horizon. Elle est apparue dans la foulée de la conférence internationale de soutien à l’armée organisée la semaine dernière à Paris et de la visite samedi et dimanche derniers à Beyrouth du responsable européen de la politique étrangère et de la sécurité Josep...

commentaires (8)

Bonsoir Mme Haddad, Vous rapportez la crainte des européens, qu'en cas d'effondrement total du Liban, qu'est ce qui empêcherait les organisations palestiniennes armées de mener des attaques contre Israël. Dites leur que le hizb. connait et contrôle totalement le sud Liban. Ceci a empêché les palestiniens d'agir plus que cela et a permis aux autorités libanaises de connaitre les auteurs des tirs sur Israël. Bref, le hizb. est capable d' empêcher les palestiniens de faire la moindre action militaire et je dirai même, le moindre mouvement au Sud, sans son consentement.

DJACK

20 h 53, le 25 juin 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Bonsoir Mme Haddad, Vous rapportez la crainte des européens, qu'en cas d'effondrement total du Liban, qu'est ce qui empêcherait les organisations palestiniennes armées de mener des attaques contre Israël. Dites leur que le hizb. connait et contrôle totalement le sud Liban. Ceci a empêché les palestiniens d'agir plus que cela et a permis aux autorités libanaises de connaitre les auteurs des tirs sur Israël. Bref, le hizb. est capable d' empêcher les palestiniens de faire la moindre action militaire et je dirai même, le moindre mouvement au Sud, sans son consentement.

    DJACK

    20 h 53, le 25 juin 2021

  • Intéressant votre décryptage moi je suis pour une partition du pays et que le Hezbollah reste au sud

    Eleni Caridopoulou

    19 h 18, le 25 juin 2021

  • Madame, même si je ne suis absolulent pas d'accord avec vos opinions et vos positions politiques, vous avez parfaitement le droit de les exprimer et de les défendre. Les insultes que vous avez subies sur Al Jadid ne sont pas acceptables. Cela étant dit, ne seriat-il pas temps de regarder les faits en face? L'axe que vous défendez a le pouvoir absolu, quoi qu'il en dise, au parlement, à l'executif et dans la majorités des institutions de l'état, y compris EDL. Ceci depuis bien longtemps officieusement, et depuis l'élection du président officiellement. Etes vous d'accord que les choses vont de mal en pire? N'est il pas temps de reconnaître que kes choix de cet axe ont été détrimentaux en apportant encore plus de polarisation dans notre pays?

    Bachir Karim

    15 h 44, le 25 juin 2021

  • “La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique.” QUOI DE NEUF RIEN DE NEUF ?

    aliosha

    11 h 54, le 25 juin 2021

  • TROIS NOTES' 1-les refugies syro palestiniens s'en iraient par milliers se jeter a la mer lors de l'effondrement total? C ridicule comme si le pouvoir actuel Inexistant les en empeche . 2-en cas d'effondrement total, des escarmouches au parfum confessionnel serait possible: que ferait l'armee alors ? oserait elle intervenir -AU BESOIN-contre Hezb ? 3- et si, je dis SI c'est justement le but de Hezb, l'effondrement total qui verra l'occident Oblige a traiter avec lui comme seul Interlocuteur ? 4-qu'est ce qu'un effondrement total de l'Etat?

    Gaby SIOUFI

    11 h 11, le 25 juin 2021

  • L,EFFONDREMENT EST DEJA TOTAL. MEME L,ARMEE ELLE VIT DES AIDES ALIMENTAIRES ETRANGERES. SEULS LES DEUX BELIERS BISCORNUS DE LA BERGERIE MARONITE CONTINUENT A DETRUIRE LE TRES PEU QUI RESTE POUR LIVRER LE PAYS AUX MERCENAIRES IRANIENS ET A LEUR SEIDE, PRETENDANT RECLAMER LES DROITS DES CHRETIENS DEJA ACQUIS DANS LA PARITE 50/50 DE LA CONSTITUTION.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 05, le 25 juin 2021

  • Les Libanais ont vecu comme des assistés pour des decennies, s endettant pour se payer l electricité subventionnée, l essence subventionnée, la livre subventionnée, alors que tout le reste du monde paye le vrai prix. Le vrai fleau du liban c est le POPULISME. Les partis politiques ne veulent jamais dire non a leur constituents. Vivons dans nos moyens et nous n auront plus besoin de la charité de quiquonque. Puisque D apres Mme Haddad, au lieu d etre une societe innovante et productive, nous sommes reduits a etre un rempart pour proteger Israel. Un chien de garde, quoi.

    Le Liban d'abord

    10 h 15, le 25 juin 2021

  • Grâce au régime fort et au président encore plus fort conseillé par son superman gendre, le pays s’est déjà effondré et toutes les institutions de l’Etat se sont effritées hormis l’armée qui elle seule est capable de prendre contrôle du pays. Certes les autres partis politiques et hauts fonctionnaires de la BdL notamment sont tout aussi complices, responsables et coupables de cette situation. TOUS doivent comparaître devant un tribunal populaire et payer pour leurs méfaits.

    Liberté de Penser

    08 h 11, le 25 juin 2021

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