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Lifestyle - Patrimoine

Mémoire du temps, Jbeil entre Halle, le Louvre et le musée archéologique des Pays-Bas

Dans un Liban où les problèmes ne cessent de s’accumuler, le patrimoine affirme sa présence à l’international à travers plusieurs expositions.

Mémoire du temps, Jbeil entre Halle, le Louvre et le musée archéologique des Pays-Bas

Torque en or provenant de fouilles de Byblos. Photo ministère de la Culture/Direction générale des antiquités-Liban

En dépit des crises qui frappent durement le pays, la Direction générale des antiquités (DGA) pilote avec optimisme et confiance la visibilité et la promotion du Liban au niveau international, en participant à diverses expositions ou en préparant le centenaire des fouilles de Byblos, comme l’avait annoncé L’Orient-Le Jour dans son édition du 28 juillet 2020. Cet événement sera célébré au musée du Louvre le 20 octobre prochain, avant de se déplacer à Leiden, au Rijksmuseum Van Oudheden, le musée archéologique national des Pays-Bas. Cependant, aucun détail supplémentaire n’a filtré, la DGA refuse de donner de plus amples informations, alléguant une clause de confidentialité avec le musée parisien dont la conservatrice du département des Antiquités orientales, Ariane Thomas, était de passage il y a dix jours à Beyrouth pour mettre la dernière touche au projet.

La célébration se déroulera simultanément à Paris et à Jbeil, dans la maison ottomane bâtie face à la mer sur un promontoire du site et utilisée au siècle dernier comme lieu de travail par les archéologues. Parmi eux, on compte notamment le philosophe et historien Ernest Renan, qui avait effectué une mission archéologique au Liban et en Syrie à l’occasion de l’expédition française de 1860, l’égyptologue Pierre Montet, qui a lancé les excavations de Byblos dès 1920, multipliant les découvertes, dont celles des tombes des rois giblites du Moyen et du Nouveau Empire égyptien, avant de s’adjoindre en 1924 le Franco-Suisse spécialisé dans le Proche-Orient, Maurice Dunand, qui poursuivra les campagnes de fouilles jusqu’en 1975.

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Bénéficiant d’une aide financière accordée par le musée archéologique national des Pays-Bas, la maison ottomane est actuellement en cours de restauration pour mieux accueillir les diverses manifestations prévues en octobre : l’événement permettra de découvrir des œuvres archéologiques issues des réserves de la DGA et présentées pour la première fois au grand public, ainsi que les découvertes provenant des tombes vieilles de 4 000 ans mises à jour lors des fouilles menées par la DGA et le musée du Louvre en 2019. Au menu également des documents d’archives inédits, des photographies anciennes et des projections de films illustrant les différentes périodes de l’histoire de Byblos. Des conférences sont également prévues ainsi qu’une présentation de modélisations 3D inédites du site et de ses monuments.

Une harpé découverte à l’intérieur du sarcophage du roi gibliote Abi-Shemu. Photo ministère de la Culture/Direction générale des antiquités-Liban

Le Liban en Allemagne

En attendant plus de détails sur l’exposition franco-néerlandaise, le Liban affirme sa présence depuis le vendredi 4 juin au Musée d’État de la préhistoire de Halle, en Allemagne, au sein de l’exposition The World of the Nebra Sky Disc – New Horizons (Le monde du disque céleste de Nebra – Nouveaux horizons). « Nous sommes le seul pays du Proche-Orient à y participer », se satisfait Tania Zaven, directrice régionale du Mont-Liban-Nord et du site de Byblos à la DGA. L’événement, qui regroupe 54 institutions et musées et plus de 400 pièces archéologiques, se poursuit jusqu’au 9 janvier 2022.

Pour mémoire

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Huit pièces sont présentées par le Liban. Elles proviennent de fouilles de Byblos, et plus précisément des tombes royales datant du Bronze Moyen, environ 1 800 avant J-C. Quatre torques – l’un en or, l’un en argent et deux en bronze –, c’est-à-dire des colliers formés d’une épaisse tige métallique ronde, généralement terminés en boule à leurs extrémités et plus ou moins travaillées ou ornées, seront exposés. À ces bijoux s’ajoutent trois épingles en bronze, ainsi qu’une harpé découverte à l’intérieur du sarcophage du roi gibliote Abi-Shemu. Cette dernière est une arme cérémoniale à lame courbée, réalisée en bronze, or et argent. « D’influence égyptienne, elle date d’environ 1795-1780 avant J-C. Elle est décorée d’une inscription exceptionnelle sur ses deux faces : un uraeus, serpent représentant le pharaon, sur lequel deux inscriptions en hiéroglyphes indiquent le nom du roi de Byblos, Ip-Shemu-Abi, ainsi que celui de son père défunt Abi-Shemu », explique l’archéologue Tania Zaven, ajoutant qu’elle a procédé au déballage de ces objets à leur arrivée à Halle et de leur mise en valeur dans les vitrines du musée, via la plate-forme Zoom depuis Beyrouth.

Le disque céleste de bronze pèse deux kilogrammes et possède 32 incrustations en plaque d’or qui représentent les constellations des pléiades. Photo Landesmat für Denkmalpflege und Archäologie Sachsen-Anhalt, Juraj liptak, tirée du site official du State Museum of Prehistory

Pleins feux sur le disque de Nebra

Le Liban est associé à la thématique The World of the Nebra Sky Disc – New Horizons, car il est au cœur de la légende illustrée par l’exposition. En effet, celle-ci relate les échanges culturels à l’âge du bronze de l’Europe centrale. Au XVIIIe siècle avant J-C, le fils d’un prince de la région comprise entre la Saale, l’Elbe et le Harz part pour la région mésopotamienne. Il traverse les Alpes, embarque à bord d’un navire dans le sud de l’Italie qui l’emmène en Crète via Mycènes, se rend de là à Byblos sur la côte du Liban pour atteindre enfin la Babylone du grand roi Hammurabi. Là, il acquiert les connaissances astronomiques, qui vont lui permettre d’élaborer son disque céleste. Celui-ci a été découvert par des fouilleurs clandestins en juillet 1999 à Nebra-sur-Unstrut, en Saxe-Anhalt, en Allemagne. Sur ce disque de bronze de deux kilos, 32 incrustations en plaque d’or représentent les constellations des pléiades. Les chercheurs estiment qu’il s’agirait de la plus ancienne représentation de la voûte céleste découverte à ce jour. « Cet objet est exceptionnel et sa valeur historique est inestimable », selon les spécialistes. Il est si spectaculaire que certains archéologues ont même supposé qu’il aurait été fabriqué par un faussaire. Des tests ont été réalisés et l’analyse microscopique de la patine du disque ainsi que l’étude isotopique du plomb radioactif qu’il contient a permis de le dater approximativement vers l’an 1600 avant J-C et ainsi de confirmer son authenticité. Selon le documentaire soumis par l’Allemagne à l’Unesco en 2013, et recommandé à l’inscription au registre Mémoire du monde, le disque est dédié aux dieux, et il combine une extraordinaire compréhension des phénomènes astrophysiques et des croyances religieuses de l’époque, permettant un aperçu unique des premières découvertes célestes. « Pour trouver des objets aussi spectaculaires, il faut se tourner vers d’autres découvertes tout aussi exceptionnelles, comme celle du char solaire de Trundholm découvert en 1902 au Danemark », confirme Patrice Brun, un archéologue français et professeur émérite à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, où il a enseigné la protohistoire européenne, les théories et les méthodes de l’archéologie.

Ces deux dernières années, le patrimoine archéologique libanais a été très présent sur le plan international avec plusieurs participations dont celle au Colisée, à Rome, dans le cadre de l’exposition Carthago, le mythe immortel qui s’est déroulée du 27 septembre 2019 au 29 mars 2020.

La même année, le Liban a dévoilé une autre vitrine au musée national de Chine, à Pékin, dans le cadre d’une manifestation culturelle rassemblant 22 pays asiatiques. L’exposition a marqué ensuite une halte au musée Confucius, à Qufu, dans la province de Shandong, avant d’être présentée au musée de Hainan sur la mer de Chine méridionale.

Aujourd’hui, malgré les circonstances, les responsables à la DGA travaillent d’arrache-pied à préparer le centenaire des fouilles de Byblos, sur lequel nous reviendrons plus longuement.


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