Le clin d'œil Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul

Maurois, maman et moi « Climats » adolescents

C’est une image sépia de famille heureuse de la fin des années soixante avec, à l’arrière d’une Austin Cambridge pistache et blanc, des enfants bien peignés au sortir de la messe du dimanche, papa au volant et maman à ses côtés en robe Jolie Madame. Le jeu consistait, pour un papa taquin, qui savait que c’était son livre de chevet, à demander à son épouse : « Chérie, comment s’appelait déjà le héros de Climats ? » Et maman de répliquer comme si c’était la chose la plus évidente du monde : « Mais Philippe Marcenat voyons ! » Il n’en continuait pas moins, avec un clin d’œil complice à sa fille dans le rétroviseur : « Et le domaine familial des Marcenat, tu connais son nom aussi ? » Elle répondait alors, rougissante de toute cette science romantique : « Bien sûr, c’est Gandumas ! »

C’est ainsi que Maurois et Climats ont fait leur entrée dans ma vie romanesque, sous la forme d’une édition jaunie de 1928 reliée en cuir grenat, chaperonnés en quelque sorte par une maman qui idéalisait la romance, le vague à l’âme et les sentiments délicats. Depuis, pas d’amour sans robe blanche au premier rendez-vous et bouquets d’iris aussi beaux que ceux d’Odile, et pas de rencontre amoureuse sans se remémorer que « les hommes livrent leur âme comme les femmes leur corps, par zones successives et bien défendues ». Et quand on était vraiment amoureuse, comme notre héroïne, on n’arrivait jamais à le cacher : « Son nouvel amour affleurait à chaque phrase. Cela me faisait penser à ces prairies inondées dont l’apparence reste intacte, (…) mais où chaque pas révèle la nappe traîtresse qui déjà imbibe tout le sol. » Et au moment inévitable du chassé-croisé amoureux, comment oublier que pour l’homme « C’était seulement quand elle pouvait être à d’autres que je souhaitais l’avoir à moi, sentiment où il y avait surtout de l’orgueil. »

Qui n’a pas joué avec son amoureux au jeu de la page 177 : « Ce que j’aime en vous, Ce que je n’aime pas en vous » pour découvrir, comme Philippe et Odile, que dans la première colonne, il y avait « Vous » et dans la deuxième colonne « Rien » ?

Merci maman.


C’est une image sépia de famille heureuse de la fin des années soixante avec, à l’arrière d’une Austin Cambridge pistache et blanc, des enfants bien peignés au sortir de la messe du dimanche, papa au volant et maman à ses côtés en robe Jolie Madame. Le jeu consistait, pour un papa taquin, qui savait que c’était son livre de chevet, à demander à son épouse : « Chérie,...

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"« Ce que j’aime en vous, Ce que je n’aime pas en vous » pour découvrir, comme Philippe et Odile, que dans la première colonne, il y avait « Vous » et dans la deuxième colonne « Rien » ?" Si seulement ça pouvait durer au-delà des trois premières années!

Georges MELKI

11 h 05, le 21 juin 2021

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  • "« Ce que j’aime en vous, Ce que je n’aime pas en vous » pour découvrir, comme Philippe et Odile, que dans la première colonne, il y avait « Vous » et dans la deuxième colonne « Rien » ?" Si seulement ça pouvait durer au-delà des trois premières années!

    Georges MELKI

    11 h 05, le 21 juin 2021

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