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Nos lecteurs ont la parole

Considérations sur les identités

Bien avant qu’Amin Maalouf n’ait projeté les lumières sur les crises identitaires dont souffre l’humanité, les conflits politiques ethniques, parfois sanglants et génocidaires, ont traversé l’histoire comme une fresque à cadres muraux multiples.

La religion n’a jamais pu transmettre à la conscience l’égalité de la nature humaine sous ses différentes formes et aspirations. Au contraire, l’assaut contre les hérésies, l’Inquisition, les guerres de religion ainsi que les conquêtes arabes, les génocides, ont simplement renforcé la notion de l’essentialisme ethnique basé, entre autres, sur la langue, l’histoire, la géographie et sans doute la culture. À l’intérieur même d’une ethnie, l’équilibre qui maintient sa distinction est absolument nécessaire pour son développement et son intégration. Dès que la balance fléchit dans un sens ou dans l’autre, l’appât de l’extrémisme et de l’intolérance l’emporte vers des horizons dissimulés. Ainsi, l’agglomérat de groupes ethniques avait permis de créer et de consolider des empires.

Nonobstant, à l’intérieur d’une même ethnie, l’humanité avait trouvé moyen de s’autodiviser. L’Amérique du Sud est un conglomérat d’États parlant la même langue et pratiquant la même religion. On peut accuser l’accord de Sykes-Picot d’avoir subdivisé le Moyen-Orient, mais les États ainsi créés se sont accrochés à leurs lauriers avec acharnement. Depuis les débuts du centenaire passé, le Grand Liban, établi par un accord des grandes puissances du moment, lorsqu’on avait essayé de consolider différentes ethnies ayant une seule caractéristique commune, le langage, s’était trouvé à la recherche de son identité. À un certain moment, il a cru l’avoir trouvée. Mais à la grande déception de son public, la construction de sa quintessence, compatible avec l’air de ses montagnes, la chaleur de ses vallées, la clarté de son ciel bleu, son rivage penché vers le monde, semble vouloir lui échapper. Son histoire tourmentée aurait dû être un avertissement. Sa quête s’est heurtée à des barricades géopolitiques imprévisibles, presque impossibles à franchir sans avoir consolidé son modèle théorique de pensée et discipliné son discours. Ce qui rapproche ou éloigne les peuples reste dans le domaine de la spéculation. Les grands empires ont persisté grâce à une majorité ethnique dominante, mais en même temps privilégiés par un paradigme universel, capable d’absorber un afflux allogène, sans affaiblir l’édifice de base. C’est le cas aujourd’hui des États-Unis, du Canada et de l’Europe en général. La condition sine qua non d’une immigration réussie est la disposition de la personne à s’intégrer à sa nouvelle société, en préservant son héritage, et sans emporter dans ses bagages les préjudices et les aléas de sa culture. Le Liban n’avait qu’un faible coefficient d’autonomie symbiotique et un espace restreint pour développer sa personnalité. Pour compenser, il s’était découvert des mythes et des fantaisies intérimaires.

Le Liban est-il encore capable de se recréer et de se reconstruire ? Je n’ai aucun doute qu’il a ce potentiel, mais il a besoin de la solitude du désert ou de l’isolation insulaire d’un naufragé décidé à récupérer sa vie.

Au-delà de la crise existentielle du pays, plusieurs données nouvelles semblent favoriser cet espoir. « La liberté, c’est de savoir danser avec ses chaînes », avait écrit Nietzsche. L’époque nassériste, la guerre civile et l’occupation syrienne ont imprégné le moule de la pensée du souffle de la liberté et pulvérisé les jougs de la soumission à des mythes usurpateurs. L’individu s’est trouvé engagé dans sa quête du bonheur, au sens grec de « eudaimonia » dans une collectivité concernée par sa prospérité, son existence, son salut, et moins par des considérations muettes et inaccessibles. Le chemin reste long et ardu. Construire une identité est l’art de dominer ses propres divergences.

Un coup d’œil tout autour de soi, à travers les créneaux d’une citadelle en train de crouler, devrait nous donner une pause pour réfléchir. Blâmer l’ennemi est la solution facile et spontanée. La vérité est beaucoup plus complexe et dure à avaler. Le Liban a besoin d’admettre ses erreurs à travers une série publique d’examens de conscience ; il a besoin de réaliser que sa population est en proie à une politique de manipulation et, entre autres, de convaincre le Hezballah d’abandonner ses ambitions importées et ses croyances provocantes, suivie d’une période de réconciliation et d’engagement. Rester autour d’une table sans avoir confessé ses erreurs serait une entreprise futile. Des élections sur fond de confrontation portent le risque de faillir aux attentes. Pour reconstruire le Liban, il faudrait tout d’abord déconstruire ses mythes pour découvrir son identité. La neutralité offre la perspective nécessaire.

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Bien avant qu’Amin Maalouf n’ait projeté les lumières sur les crises identitaires dont souffre l’humanité, les conflits politiques ethniques, parfois sanglants et génocidaires, ont traversé l’histoire comme une fresque à cadres muraux multiples.La religion n’a jamais pu transmettre à la conscience l’égalité de la nature humaine sous ses différentes formes et aspirations. Au contraire, l’assaut contre les hérésies, l’Inquisition, les guerres de religion ainsi que les conquêtes arabes, les génocides, ont simplement renforcé la notion de l’essentialisme ethnique basé, entre autres, sur la langue, l’histoire, la géographie et sans doute la culture. À l’intérieur même d’une ethnie, l’équilibre qui maintient sa distinction est absolument nécessaire pour son développement et son intégration....
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