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Lifestyle - Liban Pop

Chaker Bou Abdalla, (presque) monsieur tout le monde

C’est un pince-sans-rire à l’humour grave. Portrait d’un quadra angoissé dans sa peau de comique qui revient sur scène les 5 et 6 juin dans le cadre d’une comedy night. 

Chaker Bou Abdalla, (presque) monsieur tout le monde

Humour, humour noir et pessimisme de Chaker Bou Abdalla. Photo Nicolas Tawk

Les internautes l’ont découvert il y a quelques semaines, lorsqu’un extrait de son sketch Bedna neshtof, datant de 2019, a circulé sur les réseaux sociaux dans le cadre de Stand-up Baladi. Ceux qui le connaissaient déjà ont de nouveau ri à ses blagues sur l’absurdité de nos vies très (extra) ordinaires. Ou si peu ordinaires en fait. Aujourd’hui, il est le premier étonné de la (re)montée subite de sa célébrité, de son côté « lumineux » pris en flagrant délit d’humour, alors que, clairement, son côté sombre préfère rester dans l’ombre.

Dans ce café de Beyrouth où il est déjà attablé, Chaker Bou Abdalla surprend. La carrure imposante, la barbe fournie, cette virgule entre les yeux, ou est-ce un point d’interrogation ? Mais surtout ce regard précis et profond, qui voit, qui capte les dissonances de ses compatriotes et qui, cependant, charrie une timidité inattendue. Pessimiste de nature, il le revendique dans un de ses sketches, il se déclare essentiellement « réaliste » face à l’optimisme naïf, cette fameuse résilience des Libanais. « T’inquiète pas, ça va s’arranger dans deux trois jours », qu’ils disent… « Et ça fait des décennies que ça dure », réplique-t-il.

Humour, humour noir et pessimisme de Chaker Bou Abdalla. Photo Nicolas Tawk

Liberté chérie

Il aurait voulu faire des études de cinéma en Belgique. Il n’a pas pu… Au lieu de cela, il deviendra graphiste. Mais un graphiste indiscipliné en semaine, peintre le dimanche, qui préfère sa liberté à des horaires de bureau et toutes les contraintes qui s’imposent. « Je suis inemployable. Voilà », précise-t-il. Le premier d’une longue série de « et voilà » qui viendront ponctuer une discussion qu’il mène d’une voix presque monocorde, comme lorsqu’il est sur scène. Car Chaker n’est pas un acteur, mais plutôt l’interprète de ses propres réflexions, angoisses et expériences. Même les plus personnelles, comme la sexualité de ses parents qu’il dévoile avec humour. Le visage grave, impassible, l’ironie douce-amère, il se ressemble. Ses maîtres à penser, ses maîtres à rire se nomment Georges Carlin, Louis C.K., Jerry Seinfeld. « Ce sont des philosophes de l’humour et c’est ce que j’aime. »

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Sur sa non-interprétation, ce côté désespéré heureux, il explique : « C’est une stratégie, presque un personnage. J’exagère ma personnalité et le public s’identifie à moi. » Il est vrai qu’il ressemble à monsieur tout le monde. C’est d’ailleurs comme ça, devant des amis à qui il racontait des choses assez tristes, qu’il partageait une colère de plus, mais calmement, qu’il a réalisé qu’il faisait rire. Ses premières planches seront L’atelier du je de Patricia Nammour, puis Les ateliers de la vie de Chadi Zen, « pour le plaisir », dit-il. « J’y ai découvert aussi l’envie d’écrire. » Ainsi naîtra Machekyl Jensyé, « problèmes de nationalité » coécrit avec Patricia Nammour qui en signe la mise en scène. Le one-man show, un monologue servi par un Bou Abdalla parfait, se déplacera de Monot à Nice… « Puis je suis revenu au graphisme… J’ai essayé d’écrire un spectacle, je n’arrivais pas. Le théâtre est un métier très exigeant qui demande beaucoup de discipline et moi, je suis un indiscipliné ! »

Comme un poisson dans l’eau

En 2018, l’acteur en détresse d’inspiration est contacté par un groupe « d’indisciplinés » comme lui qui, en créant Awk.word, voulaient réunir une communauté d’amateurs de stand-up comedy, en langue arabe. Dany Abou Jaoudé, Paul Alouf et Andrew Hraiz ont voulu l’ajouter à la liste des nouveaux humoristes de la scène libanaise, un mélange de talents venus de tous les coins du Liban mais surtout libres. Il trouvera sa place auprès de Mhammad Baalbacki, Nour Hajjar, Hussein Kaouk, John Achkar et Shaden Fakih. Tous géniaux. Tous à découvrir. « Ils m’ont proposé de leur écrire un sketch de 5 minutes. » « Pas intéressé », répond-il d’abord avant de se reprendre, étonné de découvrir la plateforme et ce mélange de genres et de talents qui forment Awk.word. « La sauce a pris. Et voilà. »

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« Ce que je raconte est triste, confie-t-il. Mon inspiration, je la tire des choses finalement assez tristes. Je n’ai rien inventé. Les choses agressives qui pourraient sortir de moi, je préfère les taire. Mais je ne m’excuserais jamais si je suis convaincu d’une plaisanterie. Je ne suis pas frileux ». Peut-il rire de tout ? « Sur presque tout, oui mais sûrement pas sur une tragédie, comme celle du 4 août. Les humoristes, nous sommes sur la ligne de front. » Des équilibristes qui essaient de transformer les peines et les peurs en fous rires. Et c’est très bien. En attendant un rôle dramatique au cinéma, il a la tête de l’emploi et cet indéfinissable charisme, et après une longue absence due au confinement, Chaker Bou Abdalla retrouve les planches du Social House Beirut, les samedi 5 et dimanche 6 juin et c’est déjà complet. Voilà.


Les internautes l’ont découvert il y a quelques semaines, lorsqu’un extrait de son sketch Bedna neshtof, datant de 2019, a circulé sur les réseaux sociaux dans le cadre de Stand-up Baladi. Ceux qui le connaissaient déjà ont de nouveau ri à ses blagues sur l’absurdité de nos vies très (extra) ordinaires. Ou si peu ordinaires en fait. Aujourd’hui, il est le premier étonné de la...

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