Madame Sandra Khawam a publié dans L’Orient-Le Jour du lundi 17 mai 2021 une plaidoirie en faveur de Samir Geagea et du soutien que ce dernier a apporté à l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République.
Cette plaidoirie fait suite à l’interview, pour le moins controversée, de Samir Geagea au Nahar. Au cours de cette interview, dont certains passages étaient par ailleurs sidérants, Samir Geagea a affirmé que sans son soutien à l’élection du général Aoun à la présidence, la situation du Liban aurait été bien pire. L’article enfonce le clou d’emblée : « Eh bien oui, Samir Geagea a soutenu l’élection de Michel Aoun, il a “bien fait”. »
Forcément, une telle allégation alors que la situation catastrophique du pays est ce qu’elle est pousse à la lecture de la tribune ne serait-ce que par curiosité, pour ne pas dire par goût prononcé pour l’humour noir.
Le premier argument est, en lui-même, une pièce d’anthologie. Alors comme ça, le soutien apporté par Samir Geagea à l’élection de Michel Aoun aurait permis d’éviter une guerre civile. Sauf que ce postulat est erroné. Non, le Liban n’était pas au bord de la guerre civile, bien au contraire.
La tribune en question semble avoir oublié qu’au moment de la compromission de Samir Geagea, c’était le camp du 8 Mars qui était divisé. Si le Hezbollah, rejoint par Geagea, soutenait la candidature de Aoun, Amal, de son côté, soutenait celle de Frangié. Pour une fois, le Hezbollah et Amal ne faisaient pas front commun.
Cette division à l’intérieur du camp du 8 Mars aurait permis l’émergence d’un troisième homme. Au moins en ne soutenant pas l’élection de Aoun, Geagea l’aurait privé de la caution du public des FL. Mais Samir Geagea était pressé de conclure avec le CPL un accord honteux de répartition de parts qui serait resté secret (ce qui est le propre des accords honteux) si les élections législatives de 2018 n’avaient pas conduit l’un ou l’autre des deux camps à le rendre public pour incriminer son rival.
Il conviendrait de relever que les arguments qui ont été avancés par les FL pour défendre le choix incroyable de faire parvenir Aoun à la présidence ont évolué, en fonction des circonstances. En revanche, c’est la première fois que l’hypothèse fantaisiste d’une guerre civile est avancée. Il faudrait croire que la menace d’une guerre civile à laquelle le Hezbollah a recours à chaque couleuvre qu’il entend faire avaler aux Libanais a fait des émules auprès des FL.
Ensuite, l’auteure de l’article nous a gratifiés d’une thèse aussi surprenante que la précédente selon laquelle elle prétend que l’objectif de Geagea était d’endiguer Aoun. Surprenante démarche que celle d’élire un président comme moyen de l’endiguer. Outre l’inconséquence de cette approche, l’auteure semble avoir oublié qu’une fois son soutien apporté à Michel Aoun :
a. Geagea a tenté (hélas cela est devenu, chez lui, une seconde nature) de faire le vide dans le camp souverainiste, s’alliant au CPL lors des élections municipales, contre Chamoun à Deir el-Qamar, Harb à Tannourine, Souhaid à Kartaba et les Kataëb à Sin el-Fil. Était-ce un moyen d’endiguer le CPL ?
b. Il a défendu les performances de Bassil dans le dossier de l’électricité expliquant publiquement que l’échec n’était pas de la faute de Bassil, mais de celle du système qui l’a empêché de mettre son plan en œuvre. La thèse du « on ne nous a pas laissés » dans toute sa splendeur, sauf que c’est Geagea qui l’a lancée. Bassil n’a eu qu’à la reprendre.
c. Il a continué, pendant trois ans, à défendre le mandat, approuvant les budgets et préparant une loi électorale qui l’a certes servi mais qui a surtout offert la majorité parlementaire aux alliés du Hezbollah. Ça n’est qu’à cause du désaccord sur la nomination du candidat FL au Conseil constitutionnel que les liens entre les FL et le CPL se sont rompus.
L’auteur de l’article nous a enfin servi la thèse du bouc émissaire. Celle dont Gebran Bassil est si friand. Une victimisation artificielle qui ne saurait, d’ailleurs, en rien justifier les choix désastreux ni de l’un ni de l’autre. Mais Mme Khawam est allée plus loin, jusqu’à déplorer que Geagea doive « porter les erreurs des autres, les sauver de leur péché, de leur culpabilité, d’avoir cru et voté pour le général ».
Cette référence christique qui peut choquer les uns ou paraître ridicule aux autres est, par ailleurs, intéressante en ce que pour tous, sauf pour Geagea, le soutien à Aoun est qualifié comme une « erreur » ou pire un « péché » mais le même soutien est qualifié d’acte salvateur lorsqu’il est apporté par Geagea. La contradiction n’a jamais perturbé ceux qui s’attachent à défendre les retournements de Geagea.
Quant à rassurer, comme le réclame l’article, les « aounistes, les ex-aounistes et les wannabe thawrajieh keffieh » que Geagea est toujours là, Mme Khawam a bien raison de le faire puisque personne n’aura autant servi ces messieurs que Geagea et cela depuis bien longtemps. En effet, les abus de Geagea avaient étoffé les rangs des aounistes par le passé et son soutien leur a ensuite ouvert la porte de la présidence.
Sauf que ceux que Geagea a trahis en effectuant son revirement ne sont pas ceux auxquels se réfère l’auteur dans son article mais tout un public qui, un certain 14 mars, a manifesté en faveur de la souveraineté libanaise. Celle que Geagea a foulée aux pieds sans sourciller en pariant sur le fait que son public le suivra aveuglement dans ses errements. Sur ce seul plan, l’auteure aura prouvé qu’au Liban, certains partisans n’hésitent pas à défendre un jour une thèse et le lendemain son contraire, pour continuer de soutenir un homme politique qui change de camp sans vergogne.
L’auteure aurait dû également se souvenir qu’un peuple s’est soulevé le 17 octobre 2019 contre tous les partis de l’entente présidentielle, lesquels se sont partagé les portefeuilles du gouvernement tombé dans la rue. Les FL en faisaient partie et s’y sont accrochées jusqu’au bout. L’auteure de la tribune veut-elle également réduire ceux qui se sont soulevés, ce jour-là, à quelques aounistes ou des wannabe thawrajieh en keffieh ?
D’ailleurs, Mme Khawam ne manque pas d’audace en citant, dans sa conclusion, un proverbe chinois qui aurait dit « on mesure une tour à son ombre et les grands hommes au nombre de leurs détracteurs »; ce proverbe, comme souvent les positions de Geagea, ne sert-il pas d’abord Gebran Bassil ? Après la politique de victimisation dont Bassil aura usé jusqu’à la corde, celle-ci est donc reprise par l’article pour le compte de Geagea.
Pourtant, l’article ironique à l’égard du peuple libanais souligne « on peut surtout féliciter un peuple qui deux ans après un échec lamentable donne à Michel Aoun un groupe de 29 parlementaires. Qui dit mieux ? », alors que dans le même article l’auteure avance comme argument en faveur de Geagea que sa popularité ne fait qu’augmenter. À supposer que Geagea, comme elle le prétend, est plus populaire qu’il ne l’était, il est à se demander auprès de qui cette popularité aurait augmenté, si ça n’est auprès du même peuple libanais dont l’article critique la clairvoyance. La défense de Samir Geagea n’est pas à une contradiction près.
En réalité, ce que l’auteure de l’article ne veut pas voir, mais que tout observateur un tant soit peu objectif aurait vu, est l’enthousiasme avec lequel Geagea a participé à ce que le président Macron a qualifié de partenariat avec le Hezbollah, c’est-à-dire l’entente présidentielle. D’ailleurs, Geagea déclarait partout, avec une grande fierté, en être le champion.
L’auteure de l’article devra excuser tous ceux qui avaient cru que Samir Geagea ferait, après un passé si chargé, preuve de constance. Ceux-là qui ont cru qu’après sa longue période d’enfermement il aurait changé.
Enfin, l’article se demande pourquoi le retournement de Geagea lui vaut tant de reproches en estimant que c’est contre le CPL que doivent être adressées les récriminations. Mme Khawam semble vouloir oublier que ceux qui comptaient sur Geagea pour s’opposer à Aoun ne se faisaient pas d’illusions sur la politique de ce dernier. En revanche, ils ne pensaient pas que Geagea allait les livrer et le pays tout entier au camp opposé en contrepartie de quelques postes.
Puisque l’auteure de l’article aime les références christiques, il serait bon qu’elle se dise que plus de 2 000 ans plus tard c’est à Judas plus qu’aux bourreaux que l’on reproche la mort du Christ.
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MAGISTRALE CETTE REPONSE AUX PARTISANS DE S GEAGEA INCONSCIENTS OU NAIFS QUI CONTINUENT A APPLAUDIRE SON ALLIANCE DESASTREUSE AVEC HEZB VIA AOUN A MEERAB ET LA SUITE.
11 h 28, le 31 mai 2021