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Moyen-Orient - Éclairage

La stratégie d’Israël derrière la campagne de frappes aériennes sur Gaza

Si les bombardements menés par l’État hébreu sur l’enclave palestinienne lui coûtent médiatiquement cher, plusieurs intérêts semblent se cacher derrière.

La stratégie d’Israël derrière la campagne de frappes aériennes sur Gaza

Une Palestinienne parmi les décombres dans la bande de Gaza, le 16 mai 2021. Said Khatib/AFP

Bombardements meurtriers sur des cibles militaires – touchant cependant de nombreux civils –, destructions de monuments emblématiques de Gaza à l’image de la tour al-Jalaa abritant notamment des médias étrangers pour atténuer leur couverture des événements : les images qui nous parviennent de l’enclave palestinienne sont loin de jouer en la faveur d’Israël. « Les opérations militaires menées par les Israéliens ont été assez efficaces et ont peut-être réussi à neutraliser de nombreuses infrastructures du Hamas. Mais je ne pense pas que cela ait été un conflit très positif pour eux en termes de positionnement dans les médias, d’une part, et au vu de l’union des Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et en Israël » face à l’occupation, d’autre part, observe Michael Stephens, expert du Moyen-Orient au Royal United Services Institute (RUSI). Pourtant, l’État hébreu – qui aurait jusqu’à présent mené plus de 820 bombardements sur l’enclave – continue de faire des victimes civiles et refuse pour le moment les propositions de cessez-le-feu. Depuis le 10 mai, au moins 219 personnes, dont 63 enfants, ont été tuées par des raids israéliens sur la bande de Gaza, selon le ministère local de la Santé. Comment dès lors expliquer la position d’Israël? Plusieurs éléments doivent être pris en compte.

Fort politiquement

Les escalades récurrentes entre Gaza et Israël – en 2008, 2012, 2014 et 2021 – sont les conséquences de l’absence de solution politique dans l’enclave qui se trouve du côté de l’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah. Or ni l’État Hébreu ni le Hamas n’ont intérêt à renforcer le rôle de cette autorité exerçant un contrôle limité dans certaines parties de la Cisjordanie occupée. Aux yeux d’Israël, la priorité est d’éviter de négocier avec cette direction palestinienne modérée afin d’enterrer définitivement la solution à deux États. Avec le Hamas, mouvement islamiste considéré par de nombreux pays comme une organisation terroriste, impossible de parvenir à une solution négociée au conflit israélo-palestinien. C’est ainsi qu’Israël a tout intérêt à ce que le Hamas existe et soit fort politiquement sans pour autant lui donner les moyens d’être fort militairement. « Leur stratégie actuelle consiste à détruire les roquettes et les tunnels du Hamas – qui peuvent faire du mal à Israël – et à frapper suffisamment fort l’infrastructure du mouvement pour instiller la dissuasion. Cette dissuasion achète une période de calme et force le Hamas à reconstruire pour un temps », commente Raphael Marcus, spécialiste des questions militaires au Moyen-Orient au King’s College de Londres. « Cependant, à moins de tout engagement politique sérieux de part et d’autre, cela ne fait que retarder une autre série de combats à l’avenir », poursuit le chercheur.

Commentaire

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Israël agit d’autant plus impunément que son allié américain n’est pas prêt à contrecarrer ses plans. Au contraire, le président démocrate a récemment renforcé sa position à l’égard de l’État hébreu, malgré les appels à un cessez-le-feu. Ainsi, l’administration Biden a approuvé en début de semaine la vente d’armes à guidage de précision à Israël pour un montant de 735 millions de dollars. Une mesure critiquée par plusieurs membres démocrates du Congrès alors qu’une résolution tente de bloquer cette vente. Washington a auparavant financé à hauteur de plus de 200 millions de dollars le célèbre « Dôme de fer », bouclier de défense israélien capable de détruire près de 90 % des roquettes en plein vol. « L’administration Biden a déclaré qu’Israël avait le droit de se défendre contre le Hamas et a donné son approbation tacite à la poursuite de la campagne, explique Raphael Marcus. Le maintien du soutien des États-Unis est un aspect clé de la stratégie politique d’Israël, qui l’enhardit dans le sens où il a le temps d’atteindre ses objectifs militaires. »

Échec de la coalition

Au-delà de ces éléments, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, aurait intérêt à aggraver la situation. Alors que ses rivaux Yair Lapid, du parti centriste Yesh Atid, et Naftali Bennett, leader de la formation de la droite radicale Yamina, tentaient de former une coalition dont l’objectif peut être résumé par la formule « tout sauf Bibi », cette dernière s’est effondrée à l’annonce des roquettes tirées sur Jérusalem depuis Gaza. « Si l’on veut être cynique à propos de la politique israélienne, Netanyahu profite de la situation actuelle puisque ses rivaux politiques ont été chargés juste avant le début du conflit de former une coalition au pouvoir. Il ne semble plus y avoir de possibilité sérieuse que Lapid forme une coalition suffisamment forte pour défier Netanyahu », observe Raphael Marcus. Dans ce contexte, le Premier ministre n’hésite pas, comme à son habitude, à exacerber le sentiment national israélien et à se positionner comme le principal défenseur d’Israël contre le mouvement « islamiste terroriste » du Hamas. « Notre ligne est de continuer à frapper les cibles terroristes », martelait encore lundi soir Benjamin Netanyahu. Ce dernier sortira probablement renforcé de cet épisode de violences, qui semble déjà lui être bénéfique. Ainsi, selon plusieurs rumeurs agitées ces dernières heures par la presse israélienne, le leader du parti Nouvel Espoir et ancien membre du Likoud Gideon Sa’ar étudierait la possibilité de former un nouveau gouvernement de partage du pouvoir avec M. Netanyahu. Une position qui peut cependant être nuancée.

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« Netanyahu est extrêmement impopulaire en Israël pour de nombreuses raisons dont la plus importante est le cycle sans fin d’instabilité politique qui existe actuellement. De nombreux Israéliens estiment aujourd’hui que le Premier ministre a mis l’accent sur l’instabilité politique, les accords d’Abraham et les tensions avec l’Iran pour faire oublier les problèmes avec Gaza et le conflit israélo-palestinien en général », note Michael Stephens.

De son côté, le Hamas aurait également intérêt à ce que M. Netanyahu reste au pouvoir alors que le mouvement cherche à éviter l’arrivée d’un gouvernement qui lui serait hostile et qui tenterait de renouer avec l’AP. Depuis quelques années, la situation dans l’enclave palestinienne sous blocus depuis 2007 s’est améliorée. Le Hamas a obtenu plusieurs concessions de la part de l’État hébreu. Ce dernier s’est notamment mis d’accord en février avec Doha pour verser 360 millions de dollars afin de payer les salaires des fonctionnaires de Gaza, dont une partie de la somme serait en réalité détournée par le Hamas pour se procurer de nouveaux équipements militaires.

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Alors que l’escalade de la violence se poursuit entre Gaza et Israël, l’avenir paraît incertain. La possibilité que les forces armées israéliennes pénètrent dans l’enclave palestinienne paraît peu probable alors que l’État hébreu avait essuyé des pertes militaires très importantes en 2014. « Même si les Israéliens ne peuvent pas perdre la guerre, la population se demandera à la fin de cette escalade : qu’avons-nous réellement accompli ? » estime Michael Stephens.


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