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Société - Reportage

A Chatila, un rare moment d’espoir et de fierté pour les réfugiés palestiniens

La vie des résidents du camp est rythmée par les événements qui se déroulent de l’autre côté de la frontière.

A Chatila, un rare moment d’espoir et de fierté pour les réfugiés palestiniens

Une manifestation pro-palestinienne, jeudi 13 mai 2021, dans un camp de réfugiés au Liban. Photo João Sousa.

Tous les écrans de télévisions sont allumés. Dans les cafés, les supérettes, les salons de coiffure, les boucheries, personne ne veut manquer une minute des événements qui se déroulent de l’autre côté de la frontière. Dans le camp palestinien de Chatila, dans le sud de Beyrouth, se mélangent en ce premier jour du Fitr des sentiments de fierté, d’espoir, d’angoisse, de nostalgie et de joie face à l’évolution de la situation à Jérusalem et à Gaza. Le temps d’une parenthèse, la vie de ces résidents est rythmée par les informations qui leur viennent de là-bas - de cet autre chez eux -  celles qui racontent le soulèvement de la population palestinienne face à la volonté israélienne de chasser des familles de l’emblématique quartier de Cheikh Jarrah, la violente répression menée par les forces de sécurité sur l’esplanade des Mosquées et les échanges de tirs entre le Hamas et l’État hébreu. Le temps d’une parenthèse, ils en oublient tout le reste, les ruelles étroites, les bâtiments insalubres et parfois criblés de balles, les murs noircis par l’humidité, les fils électriques qui pendent sur les immeubles empilés, les poubelles qui jonchent le sol, tout ce qui s’apparente à cette « mort lente » qui résume leur quotidien dans un Liban lui même en plein effondrement. 

Pour beaucoup d’entre eux, l’expropriation des maisons appartenant aux familles palestiniennes installées à Cheikh Jarrah depuis des décennies résonne comme un écho à leur propre histoire. « Mon père a été expulsé, par la force, de Akka en 1948 », se souvient Abou Chadi, un vieil homme aux traits rassurants. Il raconte que son père avait emporté avec lui la clé de la maison familiale, comme de nombreux réfugiés palestiniens, persuadés qu'ils reviendraient un jour. Les Palestiniens célèbrent aujourd’hui le triste anniversaire de la Nakba (la catastrophe) en référence à leur exode forcé en 1948. Pour l’occasion, une immense clé a été installée sur un bâtiment bleu et blanc dans le camp.

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Mais c’est surtout les roquettes envoyées par le Hamas sur Tel Aviv et sur Jérusalem qui marquent ici tous les esprits. Les capacités militaires du mouvement islamiste ont surpris tous les observateurs, en touchant des cibles clés, en contournant le système anti-missile israélien (le Dôme de fer) et en infligeant des pertes humaines à l’ennemi (neuf personnes dont un enfant, contre 122 Palestiniens dont 31 enfants). « Cette bataille, c’est une fierté, une source de dignité, car pour la première fois la roue a tourné, et elle est en notre faveur », dit Tarek, 35 ans mais déjà les cheveux gris. Ce sentiment est partagé par de nombreux Palestiniens. Des plus âgés aux plus jeunes. Dans les ruelles, les enfants s’amusent. Ils se sont faits beaux pour ce premier jour de fête. Gel sur les cheveux pour les garçons, robe jaune ou rose pour les jeunes filles. Ils montent dans des tuk-tuks et jouent à la guerre avec des pistolets en plastique. « Nous sommes fiers que les Palestiniens aient frappé après les attaques israéliennes. Ils ont eu peur et ont pris la fuite. C’est parce que nous ne faisons qu’un », lance Abdel, 14 ans. Pour la première fois depuis longtemps, les Palestiniens de Gaza, de Jérusalem et d'Israël entonnent le même cri d’unité.  « Cette frappe, c’est la preuve qu’il y a encore une résistance, que les Palestiniens veulent toujours revenir », explique Alaa, 22 ans, sur son scooter. Un peu plus loin, dans une autre ruelle, une femme est assise dehors, mais ses yeux sont rivés sur la télévision du salon. Elle s’appelle Oum Issam et a 75 ans. Elle a fui la Palestine avec sa famille lorsqu’elle avait deux ans après leur expulsion forcée en 1948. « Je n’arrive pas à manger, la télévision reste allumée toute la journée », dit-elle avec un mélange d’accents libanais, palestinien et égyptien, les larmes coulant de ses yeux devant les scènes de destruction à Gaza. « Même si je suis pro-Fateh, je me réjouis de cette frappe », dit-elle en fondant en larmes à nouveau et en se caressant les bras. Parce qu’elle en a vu d’autres, parce qu’elle sait que l’histoire se termine toujours mal pour les Palestiniens, elle ne se laisse pas gagner par l’euphorie. « Ma fille m’a appelée pour me souhaiter une bonne fête, j’ai pleuré. Le jour de fête, ce sera notre retour en Palestine. Ce n'est pas aujourd'hui et ce ne sera pas demain, mais un jour nous y retournerons », veut-elle croire. Chaque mois, ses enfants lui envoient 1 000 à 1 500 dollars, mais elle refuse de quitter le camp malgré son état d’insalubrité. « Je veux rester avec mon peuple », assure-t-elle. 

« Personne n’est avec les Palestiniens. C’est tous des menteurs »
Jeudi soir, trois roquettes ont été tirées vers Israël depuis un secteur proche du camp de réfugiés palestiniens de Rachidiyé, dans le sud du Liban. Vendredi, des mobilisations ont eu lieu à travers le pays en solidarité avec la Palestine. Dans le Sud, dix manifestants ont traversé la frontière. Israël a tiré deux obus faisant un blessé et un mort, Mohammad Tahan, un jeune homme de 21 ans, originaire de Adloun, membre du Hezbollah. Cet élan de solidarité émeut ces réfugiés de longue date qui n’ont jamais complètement pu trouver leur place au pays du Cèdre. Mais l’expérience leur a aussi appris à se méfier de tous ceux qui étaient prompts à instrumentaliser leur cause au service de leurs propres intérêts. 

Dans un café, deux hommes regardent les infos. « Ça met du baume au cœur », dit l’un deux. Mais cette réjouissance est, très vite, remplacée par une rancœur envers les pays arabes et les milices qui se disent de la Résistance. « La résistance est née et se trouve encore en Palestine, et celui qui dit le contraire est un menteur. Les seuls qui libéreront la Palestine sont les Palestiniens », lance l’homme âgé d’une cinquantaine d’années, dans une claire référence au Hezbollah. « Si les armes n’ont pas bougé pour al-Aqsa, elles n’ont aucune raison d’être stockées », martèle-t-il. Un autre homme réplique : « Quand tu acceptes de faire la délimitation des frontières maritimes, ça veut dire que tu reconnais Israël. Personne n’est avec les Palestiniens. Ce sont tous des menteurs ». Le Liban a entamé des négociations pour la délimitation de sa frontière maritime avec Israël en octobre dernier, mais celles-ci sont aujourd’hui au point mort. Dans une longue tirade, l’homme, lui aussi d’une cinquantaine d’années, rappelle l’histoire sombre du camp de Chatila.  « Il a fait parler de lui mondialement après le massacre qui a eu lieu en 1982 (l’entrée des miliciens chrétiens alliés d’Israël dans le camp alors encerclé par l’armée israélienne qui tirait des fusées éclairantes, Ndlr) ».  « S’ils nous ouvraient les frontières pour combattre, tu ne verrais plus personne dans les camps. Nous n’avons pas peur de mourir. Cette mort est digne », assure-t-il. Avant d’ajouter, d’un ton solennel  : « Cette résistance que nous voyons en Palestine nous a donné l’espoir de revenir, pour la première fois ».


Tous les écrans de télévisions sont allumés. Dans les cafés, les supérettes, les salons de coiffure, les boucheries, personne ne veut manquer une minute des événements qui se déroulent de l’autre côté de la frontière. Dans le camp palestinien de Chatila, dans le sud de Beyrouth, se mélangent en ce premier jour du Fitr des sentiments de fierté, d’espoir, d’angoisse, de...

commentaires (6)

Quand le grand président Chamoun a dit de faire deux états , ils l'ont traité de traitre , c'était en 1958 , je me souviens très bien et les Americains sont venus pour sauver le Liban des palestiniens . Celui qui a détruit les palestiniens c'était Nasser avec sa guerre de six jours

Eleni Caridopoulou

21 h 41, le 15 mai 2021

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Commentaires (6)

  • Quand le grand président Chamoun a dit de faire deux états , ils l'ont traité de traitre , c'était en 1958 , je me souviens très bien et les Americains sont venus pour sauver le Liban des palestiniens . Celui qui a détruit les palestiniens c'était Nasser avec sa guerre de six jours

    Eleni Caridopoulou

    21 h 41, le 15 mai 2021

  • Les réfugiés palestiniens devraient emprunter le chemin du Golan syrien et s’infiltrer prudemment en creusant des tunnels par exemple, ou alors en se regroupant massivement en Syrie puisque les frontières ne sont pas étanches,,s’ils souhaitent réellement repartir chez eux . Je ne comprends vraiment pas,par ailleurs, l’attitude de la diaspora palestinienne qui est silencieuse et indifférente . Comment espérer une avancée si leur diaspora se cache lâchement depuis toujours. C’est une attitude de philistins ! La voie pacifique est le seul moyen de rompre avec le démon et à chacun,,son propre démon .

    Wow

    13 h 31, le 15 mai 2021

  • Beaucoup Ne VEULENT pas accepter que Bashar el Assad va être réélu ,que les israéliens vont se rendre compte qu’ils sont retombés à leur FAUX point de départ de 1948 ,qu’il y a des Palestiniens au Liban ,qu’ il y a des Syriens au Liban ,qu’ il y a le Hezbollah (légal ou illégal que chacun explique comme il veut )qu’il y a une crise économique qu’ ILS se considèrent ne pas êtres responsables….l’IMPORTANT c’est de vivre dans l’ILLUSION du passé Une espérance entretenue par des arrivistes bon marché (l’ancienne photo en noir et blanc est jaunie depuis bien longtemps). DORMEZ . Comme on dit AU ROYAUME DES AVEUGLES LE BORGNE EST ROI . Espérons que ce BORGNE ne regarde pas trop dans une boule de cristal trouée.

    aliosha

    12 h 26, le 15 mai 2021

  • Revenir ou ??!?!? Même les palestiniens eux même n’y croient plus !!! Et d’ailleurs QUI Y CROIT ... même les plus grand pourfendeur autoproclamer à la défense de cette cause le font publiquement mais officieusement travail pour leur propre intérêt !! Que dire le petit peuple jubile à cause de quelque roquette tomber sur Jérusalem et Tel Aviv ?!?! ARRÊTONS TOUTES CETTE MASCARADE RIDICULE et arrwtons de jouer avec les têtes des palestiniens

    Bery tus

    03 h 15, le 15 mai 2021

  • Repris de l'article ....." Personne n’est avec les Palestiniens. Ce sont tous des menteurs"..... Réponse: OUI et un grand oui. En effet, cette personne a raison. Mais on le dit haut. Oui personne n'est avec vous. Vous avez fait tellement de misère au liban, au maroc, en jordanie, en egypte ces 70 dernières années que tout le monde vous rejette. Et si le hezbollah ment? oui il s'en tape de vous., il suit un agenda régional et vous? Vous n'êtes que pretexte. Quant aux autres libanais?? Ils vous le disent haut et fort : "on n'est pas avec vous dans vos guerres parce que nous avons notre dose et qu'on aspire à vivre en paix". Que vous nous foutiez la paix. Que le monde nous foute la paix. Bref...Aucun mensonge, c'est dit clairement et franchement : Débrouillez vous parce qu'aujourd'hui, le liban est seul, les libanais opprimés, isolés de leurs amis du monde entier, affamés, frontières passoires, pas d'electricité, par de carburant, pas de pain et de lait. OUI le libanais a d'autres soucis que les vôtres et il n'a pas le luxe de penser à vous ou à quiconque. Merci pour la publication.

    radiosatellite.online

    02 h 13, le 15 mai 2021

  • D ou viennent ils tous ces palestiniens , n avons nous pas souffert assez de leur présence..?!,

    Robert Moumdjian

    01 h 22, le 15 mai 2021

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