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Économie - Consommation

Vers une levée des subventions, les importateurs sur le qui-vive

Malgré une semaine agitée, le flou total demeure sur la situation de ces mécanismes de financement de certains produits essentiels.

Vers une levée des subventions, les importateurs sur le qui-vive

Le président du syndicat des denrées alimentaires, Hani Bohsali, a décrit hier une « ambiance générale de préparation psychologique à la levée des subventions », qui pourrait arriver d’ici à « quelques semaines ». Photo C.A.

Ce qui doit arriver arrivera. C’est ainsi que l’on pourrait conclure le branle-bas de combat médiatique qu’ont connu les importateurs de produits subventionnés cette semaine, alors que les rumeurs courent de plus en plus vite quant à une prochaine levée des subventions sur les biens essentiels. Si le flou demeure total quant à une concrétisation de cette mesure, certains importateurs temporisent, tandis que d’autres tirent déjà la sonnette d’alarme face à certaines suspensions officieuses et des changements de procédures inopinés.

En place depuis le début de la crise économique et financière que traverse le Liban, ces mécanismes ont pour but de limiter l’inflation sur les produits désignés en faisant bénéficier les importateurs d’une aide financière de la part de la Banque du Liban (BDL). Un système instauré face à la dévaluation historique de la monnaie nationale, qui s’échange depuis plusieurs semaines autour de 12 500 livres pour un dollar sur le marché parallèle (contre une parité officielle de 1 507,5 livres).

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Cela fait pourtant de nombreux mois que la BDL prévient de la fonte de ses réserves qui ne lui permettra pas de maintenir ces subventions sur le long terme. Selon les dernières estimations du département de recherche de Bank Audi, ces réserves s’élèvent désormais à 16,5 milliards de dollars, alors que les réserves obligatoires, que la Banque centrale ne peut a priori pas toucher, sont estimées à 15 milliards de dollars, selon les déclarations à la presse étrangère du Premier ministre sortant, Hassane Diab, à la mi-mars.

Toutefois, malgré l’instauration de ces coûteux mécanismes, les prix ont augmenté de 157,86 % en glissement annuel en mars dernier, poussant plusieurs voix à réclamer une levée des subventions, appliquées sur des produits dont une partie est envoyée en contrebande, essentiellement en Syrie voisine (en particulier le carburant et certaines denrées alimentaires), et leur remplacement par un système plus ciblé.

Si l’exécutif planche sur un plan de rationalisation depuis plusieurs mois, rien de concret ne semble encore avoir émergé, si ce n’est l’idée d’une « carte d’approvisionnement » distribuée à 75 % de la population et devant être financée par la communauté internationale, a expliqué lundi Hassane Diab, à la suite d’une réunion du comité interministériel ad hoc. Sans quoi, a-t-il averti, il faudra puiser dans les réserves en devises de la BDL, même celles obligatoires, Hassane Diab ayant pris le parti de ne pas lever les subventions sans solution de rechange.

Le Premier ministre sortant a par ailleurs réaffirmé hier qu’il ne « tiendrait pas de Conseil des ministres » car la Constitution le prohibe pour un gouvernement sortant, renvoyant donc la patate chaude au Parlement, qui n’a toujours pas voté la levée des subventions, pendant que la formation d’un gouvernement par le Premier ministre désigné Saad Hariri se fait toujours attendre.

Panier alimentaire et poulet

Concernant les denrées alimentaires, le président du syndicat concerné, Hani Bohsali, a indiqué hier qu’il n’y avait pour l’instant pas de problème de financement de ces importations, concevant toutefois que « l’ambiance générale est une préparation psychologique à la levée des subventions », qui pourrait arriver d’ici à « quelques semaines ». Pour autant, le syndicaliste ne s’alarme pas de la fin de ces mécanismes sur les denrées alimentaires dont les prix s’équilibreront avec ceux non subventionnés ayant subi l’inflation.

« A priori, le consommateur moyen achète déjà des produits non subventionnés, dont les prix ont enflé, et continuera de le faire », affirme-t-il, disant craindre plutôt une plus grande dépréciation de la livre qui, elle, enflammerait l’ensemble des tarifs. « Il y a beaucoup de facteurs à prendre en considération pour estimer l’impact de la levée des subventions. Du positif et du négatif certainement, tout dépendra de la manière dont cette levée est effectuée », conclut-il.

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Toutefois, du côté des aviculteurs, la situation semble d’ores et déjà plus compliquée. Ainsi, selon Moussa Freiji, président du syndicat des éleveurs de poulets, ces derniers auraient été notifiés en début de semaine par le ministère de l’Économie et du Commerce que ce dernier n’allait plus recevoir les demandes d’importation leur permettant de bénéficier des subventions. « Le ministre (Raoul Nehmé, NDLR) nous a prévenus que nous ne pourrons plus présenter des demandes pour importer des poussins ou de la nourriture pour les poulets », regrette le syndicaliste, indiquant que le ministère avait justifié cette décision par la mise à l’arrêt de ce financement. Une interruption des subventions qui pourrait voir le prix du poulet et des œufs frais grimper de « 40 % », alors que ces derniers sont de plus en plus essentiels dans le panier de consommation des Libanais. « Depuis le début de la crise, la viande de poulet locale s’est posée en alternative à la viande rouge, souvent importée et chère », fait savoir Moussa Freiji.

Le pain

Quant au pain, les subventions pour les importations de blé sont toujours en cours, selon le président du syndicat des boulangers, Ali Ibrahim, et selon une source au sein du ministère de l’Économie, qui publie la liste des produits subventionnés et qui fixe les prix du pain de manière hebdomadaire depuis près de deux semaines. Cependant, selon le boulanger, la levure, qui entre dans le prix de la composition du pain, n’est plus payée aux importateurs par la BDL depuis « plusieurs semaines », poussant alors ceux-ci à imposer aux boulangeries de payer la différence entre les deux tarifs : le premier, fixé par le ministère, en livres au taux officiel, et le second en dollars.

En effet, les fournisseurs étrangers envoient la marchandise au Liban et les importateurs paient par la suite les frais de douane, avant d’envoyer le dossier à leur banque qui le transfère alors à la BDL. Suite à l’accord de cette dernière, les importateurs des produits subventionnés paient une partie de la facture en livres au taux officiel de 1 507,5 livres et le reste en dollars afin que la BDL paie les fournisseurs à l’étranger (à l’exception des importateurs de denrées incluses dans le panier alimentaire qui fournissent la totalité à 3 900 livres par dollar). En cas de retard de la part de la Banque centrale, l’importateur se voit alors obligé de payer le plein tarif. Si la source ministérielle a indiqué qu’officiellement aucune subvention n’a été levée, Ali Ibrahim a, lui, appelé ses collègues à ne pas signer d’accord avec les importateurs de levure et a demandé, dans un communiqué, à la BDL et au ministère de régler le problème, affirmant que les boulangeries n’en sont pas responsables. Quant aux autres ingrédients entrant dans la composition du pain, comme le sucre ou le sel, Ali Ibrahim n’a identifié aucun problème à ce niveau « jusqu’à présent ».

Début avril, les subventions sur les importations de blé ont été augmentées, passant de 85 % de la commande à 100 %, et le projet (non final) du futur plan des subventions du gouvernement de Hassane Diab, qui a fuité cette semaine dans la presse, planche également sur cette augmentation, laissant dire que la subvention sur le blé resterait valable. Dans le cas d’une levée des subventions sur les autres ingrédients, le ministère devra revoir la tarification du pain, dont le poids a connu une augmentation de 20 grammes mercredi soir pour le même prix, le grand paquet de pain passant de 960 à 980 grammes, toujours pour un prix de vente à 2 500 livres dans les boulangeries, et de 2 750 livres dans les autres commerces, et le petit de 405 grammes, vendu respectivement à 1 500 et 1 750 livres.

Médicaments et matériel médical

Dans le domaine médical, les professionnels de la filière font toujours face à plusieurs mois d’arriérés de paiement de la part de la BDL, qui s’élèvent au nombre de cinq pour les importateurs de matériel médical, selon la présidente de l’association Salma Assi. Le président des importateurs de médicaments, Karim Gebara, n’a lui pas pu s’avancer sur un chiffre précis. Cependant, selon Salma Assi, plusieurs entreprises de matériel médical ont reçu une notification de la part des banques d’arrêter d’envoyer des dossiers, les établissements bancaires étant déjà saturés de demandes auxquelles la BDL n’a pas donné suite. Interrogées, la BDL et l’une des 20 banques alpha du pays ont démenti cette information. Une autre source bancaire a, elle, indiqué que cette situation était prévisible, au vu des faibles réserves de la BDL. Autre nouveauté dans le domaine médical : les deux secteurs ont été notifiés cette semaine d’une nouvelle procédure pour bénéficier de subventions de la part de la Banque centrale. En effet, elles doivent désormais obtenir une « préautorisation », dont les contours sont jusqu’à présent flous. « Je ne sais pas quels sont les critères d’obtention de l’autorisation, la BDL ne les ayant toujours pas communiqués », soupire Karim Gebara.

Carburants

Enfin, en ce qui concerne les subventions de carburants (essence et mazout essentiellement), la BDL fournissant 90 % des devises nécessaires au taux officiel, pas de changement pour le moment. Selon le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax, le problème du retard de paiement de la BDL lors de l’arrivée des navires-citernes s’est atténué. Il souligne toutefois que la réduction de la production de courant de la part d’Électricité du Liban (voir par ailleurs) va impliquer une hausse de l’utilisation des générateurs de courant, illégaux mais tolérés, et donc une hausse de la demande de mazout, nécessaire à leur fonctionnement. Or ce carburant est également subventionné, et nécessite donc l’aval de la BDL et son financement, faisant alors craindre une demande supérieure à l’offre dans le cas d’un retard de la Banque centrale qui entraînerait le pays dans le noir total.

À l’instar de Hani Bohsali, Georges Brax craint également une dépréciation encore plus forte de la monnaie nationale, en raison du basculement de la demande auparavant adressée à la Banque centrale vers le marché parallèle. Sans oublier que la hausse des prix du carburant impliquera une augmentation générale des prix, en raison du transport des biens. 

EDL annonce un rationnement généralisé
Le fournisseur public en électricité, Électricité du Liban (EDL), a annoncé mercredi réduire sa production de courant de 200 mégawatts (mW), passant ainsi de 1 250 mW à 1 050 mW. Une diminution de l’approvisionnement qui intervient suite à la suspension mardi des effets de la loi n° 215/2021 qui devait permettre de débloquer une avance de 300 milliards de livres libanaises (200 millions de dollars au taux officiel de 1 507,5 livres le dollar) pour payer une partie des tankers commandés par le fournisseur de courant. En conséquence, EDL a prévenu d’un rationnement généralisé sur l’ensemble du territoire et « notamment à Beyrouth ». Cette réduction progressive de l’approvisionnement électrique est justifiée par le fait qu’il ne lui reste que 13 milliards de livres de l’avance du Trésor qui lui avait été accordée pour l’année 2020, « ce qui n’est pas suffisant pour acheter un seul chargement de carburant, étant donné l’augmentation du cours mondial du pétrole », a déclaré EDL. L’organisme doit donc « puiser dans ses réserves de carburant pour produire de l’électricité pendant la plus longue période possible », alors que la commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l’Énergie et de l’Eau a publié mercredi un calendrier de fermeture des centrales, du 15 mai au 22 juin, si EDL n’arrive pas à obtenir des fonds pour financer les importations de fuel.
Cette énième crise du secteur de l’électricité survient alors que des députés des Forces libanaises ont déposé mardi un recours devant le Conseil constitutionnel à l’encontre d’une loi, votée fin mars, pour débloquer cette avance primordiale à l’approvisionnement électrique du pays, refusant que des fonds soient versés à EDL sans réforme préalable. Dans ce contexte, le ministre sortant des Finances, Ghazi Wazni, s’est entretenu jeudi avec son collègue de l’Énergie et de l’Eau, Raymond Ghajar, et le président de la commission parlementaire des Travaux publics, le député Nazih Najm, pour trouver une solution.
« Nous sommes convenus de discuter avec les autres députés d’une solution temporaire le temps que le Conseil constitutionnel prenne sa décision », a annoncé Nazih Najm, sans préciser laquelle et espérant que ce délai ne dépassera pas le mois car « la situation est intolérable ». « Il est absolument nécessaire d’accélérer le processus de recours, que son résultat soit positif ou négatif », a ajouté le député. « Nous ne devons pas l’oublier : à partir du 15 mai, nous irons progressivement vers un blackout », a-t-il mis en garde.

Ce qui doit arriver arrivera. C’est ainsi que l’on pourrait conclure le branle-bas de combat médiatique qu’ont connu les importateurs de produits subventionnés cette semaine, alors que les rumeurs courent de plus en plus vite quant à une prochaine levée des subventions sur les biens essentiels. Si le flou demeure total quant à une concrétisation de cette mesure, certains importateurs...

commentaires (5)

Subventionné, le kilo de poulet entier est vendu à 25000 livres. Les 15 œufs, aussi à 20000,, sauf Hawa qui reste logique les 30oeufs à 24000. Ce n'est qu'un exemple de l'abus de certains, à ajouter aussi, l'abus de certains supermarchés qui retirent les subventionnés, et obligent l'acheteur à payer le prix haut. Pays de loups sans grâce.

Esber

11 h 58, le 08 mai 2021

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Commentaires (5)

  • Subventionné, le kilo de poulet entier est vendu à 25000 livres. Les 15 œufs, aussi à 20000,, sauf Hawa qui reste logique les 30oeufs à 24000. Ce n'est qu'un exemple de l'abus de certains, à ajouter aussi, l'abus de certains supermarchés qui retirent les subventionnés, et obligent l'acheteur à payer le prix haut. Pays de loups sans grâce.

    Esber

    11 h 58, le 08 mai 2021

  • DANS TOUS LES CAS les boulangeries sont les dernieres a devoir s'indigner sur quoi que ce soit. elles qui vendent leurs divers produits a part le pain libanais a prix d'or comme si nous achetions de chez Fauchon- malgre le fait qu'a la base ils utilisent meme farine et autres produits subventionnes. SAUF SI CE N'EST PAS LE CAS et qu'ils utilisent une farine non subventionnee pour du kaak ???

    gaby sioufi

    10 h 31, le 08 mai 2021

  • Eh bien ça promet...

    Gros Gnon

    04 h 36, le 08 mai 2021

  • La levée de toutes ces subventions portera probablement ses fruits, il ne manquera plus que l'arrêt des subventions sur la farine et les carburants pour freiner considérablement les produits, frauduleusement, exfiltrės vers la Syrie. Les premiers a partir de cette situation a venir seront les hezbollahis...

    C…

    02 h 00, le 08 mai 2021

  • Je ne vois pas pourquoi EDL continuerait à produire de l’électricité et recevoir des avances alors qu’elle ne facture plus ses clients depuis au moins le mois de décembre 2020. Demandez autour de vous… Même les prélèvements automatiques ne se font plus.

    DD

    00 h 44, le 08 mai 2021

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