Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Archéologie

Ces chefs-d’œuvre que les pays jadis colonisés veulent récupérer

Émanant de Turquie, de pays d’Afrique ou du Liban, les demandes de restitution d’œuvres archéologiques se font de plus en plus nombreuses auprès des ex-États colons ou mandataires qui s’étaient approprié leurs trouvailles.

Ces chefs-d’œuvre que les pays jadis colonisés veulent récupérer

Statues béninoises au musée du Quai Branly. Photo Creative Commons/ Jean-Pierre Dalbéra

Dans un nouvel épisode de la guerre de restitution de certains objets que se lancent les États par voie diplomatique ces dernières années, le gouvernement turc a tout récemment attaqué la société de vente aux enchères Christie’s devant les tribunaux. Ankara lui réclame une statuette lui appartenant qui avait été mise aux enchères à New York en 2017. Cette figurine aux formes épurées, datant de 6 000 ans, avait alors été emportée lors de la vente pour la somme de 14,4 millions de dollars par un acheteur resté anonyme qui s’est finalement retiré. N’ayant pas trouvé preneur, la statuette est désormais conservée en sécurité dans un coffre-fort de la maison Christie’s. Cette démarche fait partie de la politique offensive menée par la Turquie pour rapatrier ses biens culturels. En août 2011, elle avait par exemple récupéré une statue d’Héraclès datant du IIe siècle qu’elle réclamait aux États-Unis depuis des années. L’Allemagne, menacée de se voir retirer ses permis de fouilles archéologiques en Anatolie, avait aussi rendu un sphinx hittite de l’âge du bronze exposé au musée de Pergame à Berlin depuis 1915. Après une longue procédure judiciaire, la Suisse avait rendu en septembre 2017 le sarcophage d’Hercule (Herakles Lahdi), daté de l’an 200 de notre ère, sorti du territoire turc par un réseau de contrebande il y a une cinquantaine d’années.

« Tout est à nous ! »

Les revendications d’Ankara ne font pas figure d’exception. Depuis les années 2010, la Turquie réclame par exemple au Louvre le panneau de revêtement mural provenant du mausolée du sultan Sélim II. Elle pointe également du doigt les céramiques qui décoraient la mosquée du grand amiral Piyale Pacha à Istanbul. « Tout est à nous », s’indignait le quotidien turc Radikal en octobre 2012. Toutefois, selon le Louvre, cet ouvrage d’art ottoman a été acquis « dans des conditions parfaitement légales au regard des règles applicables au XIXe »: une partie a été achetée en 1889 à l’historien de l’art et président de la Société nationale des antiquaires de France, Germain Bapst. L’autre partie provient de la collection du restaurateur Alexis Sorlin Dorigny, longtemps résident de l’Empire ottoman, où il fut chargé de restaurer des monuments anciens, notamment la basilique Hagia Sophia (Sainte-Sophie). Dans Les rendez-vous culturels du CDI (Centre de documentation et d’nformation), datés de décembre 2017, le chercheur au CNRS Frédéric Hitzel écrit que Sorlin Dorigny restaura le bâtiment de Hagia Sophia dans les années 1877-1878 et récupéra des antiquités au passage. « De très beaux panneaux du XVIe siècle sont souvent remplacés par des panneaux locaux de moins bonne facture (…) » Ce sont ces tympans de céramiques de la basilique que la Turquie a demandés en 2020. Mais la France rejette toutes ses requêtes et rappelle le caractère non rétroactif de la Convention de l’Unesco (ratifiée en 1970) contre le trafic illicite d’œuvres d’art, signifiant ainsi que les exportations illicites ayant eu lieu avant l’entrée en vigueur de la convention ne pourront être revendiquées.

Lire aussi

Avec « Baalbek Reborn », Héliopolis s’expose dans son apogée du IIIe siècle

La Turquie accuse également le Metropolitan Museum of Art de New York, mais aussi le British Museum, de détenir des pièces de son patrimoine. Le musée Pouchkine de Moscou de s’être approprié Le trésor de Troie ; et Berlin, le Grand Autel de Pergame, ou autel de Zeus, découvert en 1871 par l’ingénieur allemand Carl Humann. Ankara demande également au Danemark le retour du sphinx de Diyarbakir (province turque dans le Sud-Est) sur ses terres natales. En revanche, elle a obtenu gain de cause en 2017, avec la restitution par l’Écosse de La Couronne en or (IVe siècle avant J.-C.), une œuvre de l’époque des Cariens, peuple du sud-ouest de l’Anatolie.

Découvert à Sidon, en 1887, le sarcophage dit d’Alexandre trône au musée d’Istanbul. Photo Creative Commons

Les sarcophages phéniciens propriété turque ?

Comble de l’ironie, quand on demande à la Turquie de restituer les biens culturels des pays qu’elle a occupés du temps de l’Empire ottoman, elle fait la sourde oreille. Depuis les années 2000, les tentatives du gouvernement libanais pour récupérer des sarcophages phéniciens conservés au musée d’Istanbul ont été avortées. La Turquie considère que ce trésor est devenu avec le temps une « propriété turque ». Parmi ces sarcophages, celui dit d’Alexandre (IVe siècle av. J.-C.) constitue l’une des plus belles sépultures découvertes à Sidon, en 1887. Elle a dû appartenir au roi séleucide Abdalonymos qu’Alexandre avait investi. En forme de temple grec, ses bas-reliefs illustrent la vie d’Alexandre, d’où son nom. Il y a aussi le Sarcophage des pleureuses, également en forme de temple grec. Il comporte une cella qu’entoure un portique abritant 18 statuettes de trois pieds de haut, encadrées par des colonnes qui représentent des femmes exprimant leur douleur de diverses manières. Au total, dix-huit sarcophages phéniciens trônent au musée d’Istanbul. À la question de savoir si l’Unesco peut intervenir pour aider à régler le litige, Joseph Kreidi, l’un des responsables du bureau régional de l’institution (Cultural National Project Officer), explique que l’Unesco ne peut intercéder auprès des autorités turques que si les faits sont postérieurs à la convention de 1970, laquelle a établi les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert illicites des biens culturels. Et que les États membres se sont engagés à respecter. Le musée du Louvre abrite, de son côté, le sarcophage anthropoïde de basalte noir du roi de Sidon Eshmounazar (premier quart du Ve siècle avant J.-C.). Celui-ci a été exhumé en 1855 lors d’une fouille de la nécropole de Magharat Tabloun à Saïda avec un ensemble de statues et de reliefs mis au jour en 1887 d’un sanctuaire du culte de Mithra. Il ne s’agit que de deux exemples parmi tant d’autres.

L’île de Pâques a présenté une requête à Londres pour le retour de la statue de Hoa Hakananai’a. Adrian Dennis/AFP

On ne revient pas sur le passé

En octobre 2020, l’Assemblée nationale française a cependant voté la restitution au Sénégal et au Bénin de biens culturels acquis durant la période coloniale, entre 1885 et 1960. Vingt-six œuvres d’art conservées au musée du Quai Branly, dont trois totems, mi-hommes, mi-animaux, et des sceptres symboles du pouvoir de l’ancien royaume de Dahomey, seront ainsi remis au Bénin. Et les demandes se multiplient. L’Égypte du président Sissi réclame par exemple la pierre de Rosette exposée au British Museum, le buste de Néfertiti du Neues Museum de Berlin et le Zodiaque de Dendérah, un bas-relief célèbre de l’Égypte antique représentant la voûte céleste et ses constellations, conservé au musée du Louvre depuis 1821. L’île de Pâques a présenté une requête similaire à Londres pour le retour sur ses terres de la statue Hoa Hakananai’a, au dos de laquelle sont gravées des pétroglyphes représentant l’homme-oiseau (le Tangata manu). Mais les pays occidentaux accepteront-ils de se dessaisir de ces trésors culturels et scientifiques, sans contrepartie, au risque de vider leurs musées ? Certains experts européens jugent que les conditions de conservation et de sécurité dans les musées africains ne sont pas adéquates ou encore évoquent la formule du prêt de longue durée. Ainsi, trois statues nok et sokoto rendues au Nigeria resteront au Louvre, mais pour vingt-cinq ans renouvelables. D’autres font remarquer le rôle joué par les musées occidentaux dans la promotion du patrimoine culturel universel ainsi que dans le partage mondial des savoirs. Plusieurs professionnels se souviennent encore d’un célèbre vol au musée national de Kinshasa, à la suite d’un changement de la politique dans l’ex-Zaïre devenu République démocratique du Congo en 1997. Une centaine d’objets ethnographiques, qui avaient été restitués vingt ans auparavant par le musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren près de Bruxelles, avaient été dérobés ; des pièces rares que l’on avait ensuite retrouvées sur le florissant marché mondial de l’art africain. Quant à la collection de la Phénicie au musée du Louvre, « elle date principalement de la mission archéologique d’Ernest Renan. Elle a été ensuite enrichie par les explorations menées sous le mandat français lorsque des réglementations et des accords bilatéraux sur les antiquités ont établi les modalités de partage entre le gouvernement français et le Liban », précise à L’Orient-Le Jour Élisabeth Fontan, ex-conservatrice en chef au département des antiquités orientales du musée parisien. À la question de savoir si ces œuvres pourraient un jour être rendues à leurs pays d’origine, elle est catégorique : « On ne revient pas sur le passé. Les objets sont sortis à la fois d’Irak, de Syrie et du Liban, en accord avec les lois de l’époque. On peut le regretter, mais il faut accepter que les choses se soient passées ainsi. Toutes les portes des églises romanes de France ont été vendues aux États-Unis lors de la Révolution française. Le service en porcelaine de Sèvres du roi Louis XVI se trouve aujourd’hui chez la reine d’Angleterre... C’est ainsi. »


Dans un nouvel épisode de la guerre de restitution de certains objets que se lancent les États par voie diplomatique ces dernières années, le gouvernement turc a tout récemment attaqué la société de vente aux enchères Christie’s devant les tribunaux. Ankara lui réclame une statuette lui appartenant qui avait été mise aux enchères à New York en 2017. Cette figurine aux formes...

commentaires (2)

LE LIBANAIS n’a aucun RESPECT envers son ENVIRONNEMENT et son HISTOIRE ( sauf dans des cas rares ).Tout d’abord il faut VISITER SON LIBAN, le connaitre, l’apprécier ! . Il faut pas se cacher derrière notre doigt : Notre principe : BI BII OUMOU- MASARI MASARI OU BASS-avec en conclusion : BRAVO AL SHATER . ON NE MERITE PAS nos richesses archéologiques. Qu’elles restent là où elles sont, au moins elles seront vues par un PUBLIC INTERESSÉ.

aliosha

12 h 05, le 27 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • LE LIBANAIS n’a aucun RESPECT envers son ENVIRONNEMENT et son HISTOIRE ( sauf dans des cas rares ).Tout d’abord il faut VISITER SON LIBAN, le connaitre, l’apprécier ! . Il faut pas se cacher derrière notre doigt : Notre principe : BI BII OUMOU- MASARI MASARI OU BASS-avec en conclusion : BRAVO AL SHATER . ON NE MERITE PAS nos richesses archéologiques. Qu’elles restent là où elles sont, au moins elles seront vues par un PUBLIC INTERESSÉ.

    aliosha

    12 h 05, le 27 avril 2021

  • L’arrière trisaïeule de madame Makarem était peut être Phénicien, mais les sarcophages sont de factures hellénistique….

    Georges Yared

    08 h 11, le 27 avril 2021

Retour en haut