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Culture - Livre

Quand Andréï Makine évoque un ami arménien et défend une cause...

Le lauréat des prix Goncourt et Médicis cartonne à nouveau avec son nouveau roman, « L’ami arménien » (éditions Grasset). Une histoire alliant la solitude de la Sibérie et des êtres, mais prônant l’empathie, la chaleur humaine et l’altérité...

Quand Andréï Makine évoque un ami arménien et défend une cause...

Andréï Makine signe un roman très émouvant sur une amitié fondatrice. Photo AFP

À soixante-huit ans, Andréï Makine, écrivain russe naturalisé français, a-t-il déjà plusieurs vies ? Étant donné les nombreux pseudonymes qui jalonnent la carrière de ce membre de l’Académie française –

et lauréat des prix Goncourt et Médicis, et Goncourt des lycéens pour Le Testament français –, cela semble une évidence. Comme d’autres de ses compatriotes, Makine a délaissé, et avec quelle dévotion, application et fougue, la langue de Léon Tolstoï et Pouchkine pour se concentrer sur celle de Victor Hugo et Émile Zola. Et son nouveau roman paru chez Grasset, L’ami arménien (216 pages), est un succès de plus en librairie.

Andréï Makine plonge dans l’univers de l’adolescence pour conter une histoire d’amitié qui se déroule dans un orphelinat de Sibérie, à l’époque de l’Empire soviétique finissant.

Un récit touchant par les liens empreints de sincérité que nouent le narrateur, âgé de 13 ans et pensionnaire de l’orphelinat, et le jeune Arménien Vardan, un adolescent que sa pureté, sa maturité et sa fragilité désignent aux brutes comme un bouc émissaire idéal. Et une histoire triste par tous les revers et la misère de ces vies vouées à l’échec, car contrariées et blessées. Alors qu’il raccompagne son ami Vardan dans son quartier nommé « Bout de diable », peuplé d’anciens prisonniers, d’aventuriers fourbus, de déracinés égarés, « qui n’ont pour biographie que la géographie de leurs errances », le narrateur découvre une petite communauté de familles arméniennes venues soulager le sort de leurs proches transférés et emprisonnés en ce lieu, à 5 000 km de leur Caucase natal. Une communauté fière et laborieuse, mais marquée par la misère et les revers d’un passé instable, vivant presque en marge de la société car défendant les valeurs indépendantistes de l’Arménie…Alors que Vardan est atteint du « mal arménien » – jamais clairement diagnostiqué ici, s’agit-il de tuberculose, de simple fièvre ou de cette nostalgie incurable pour le pays de Grégoire l’Illuminateur ? –, le narrateur découvre les personnages de ce royaume d’Arménie miniature.



Cristal amidonné

Maniant une langue française irréprochable dans sa pureté, Andréï Makine décrit les familles pauvres, les comportements entachés de cruauté des jeunes écoliers envers un garçon vulnérable et fragile, des paysages d’une Sibérie profondément solitaire sous son manteau de neige. Il communique aussi la chaleur humaine des découvertes, comme avec ce café arménien généreusement offert par Chamiran, la mère de Vardan, avec son moulin de Tokarczuk…À travers cette prose cristalline, élaborée et d’une élégance un peu amidonnée, l’histoire semble rester secondaire, car rien ne se passe vraiment dans ce roman plus porté sur le mystère, la mélancolie et l’opacité que sur de véritables révélations. Le génocide arménien est évoqué à travers des photos exposées sur une table, mais reste lointain et vague comme une épure. Est-ce alors un roman sur l’âme russe ? Là non plus, l’énoncé est loin d’être clair ou tranché.

Dans L'Orient Littéraire

Un souvenir ressuscité

Reste cette déplaisante atmosphère de personnages qui ne collent pas à ce milieu d’extrême solitude et rudesse, un lieu de bannissement et d’exil où la vie semble être entre parenthèses. Des personnages qui donnent toutefois l’occasion à l’auteur, qui a toujours eu le talent de faire feu de tout bois, d’explorer la notion de double pour gommer un présent plombé et surtout se reconstruire. Une incursion dans la Sibérie natale d’Andréï Makine portée par une double voix comme une fervente cantate.

« L’ami arménien » d’Andréï Makine (Grasset, 216 pages).


À soixante-huit ans, Andréï Makine, écrivain russe naturalisé français, a-t-il déjà plusieurs vies ? Étant donné les nombreux pseudonymes qui jalonnent la carrière de ce membre de l’Académie française –
et lauréat des prix Goncourt et Médicis, et Goncourt des lycéens pour Le Testament français –, cela semble une évidence. Comme d’autres de ses compatriotes, Makine a...

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