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Haute politique et petits arrangements

L’Américain David Hale à Beyrouth et Saad Hariri à Moscou : au point où en est le pays, il faut bien se réjouir de l’intérêt que lui portent les deux superpuissances américaine et russe. Quel dommage cependant que ces bons géants soient actuellement en froid et que leur précieux soutien nous soit donc prodigué en offres séparées, sinon concurrentes ! Tant qu’on y est et à l’heure de toutes les urgences, on peut déplorer aussi tous les clichés, euphémismes, lapalissades, zones d’ombre et non-dits qui, durant la semaine écoulée, ont fâcheusement émaillé ces généreuses marques d’attention.

Il est temps que le Liban se dote d’un gouvernement : cette banalité, par exemple, Hale n’a cessé de la ressasser lors de chacune de ses rencontres avec les dirigeants locaux. Doux réveil : cela fait de longs mois qu’il en était plus que temps déjà. Car, durant tout ce passage à vide, le pays n’a cessé de s’enfoncer dans la crise sous le regard indifférent de ses dirigeants, trop occupés à se disputer des lambeaux de pouvoir; tant de criminelle insouciance ne méritait franchement pas que fût pratiquement passée aux pertes et profits l’interminable prolongation de match.

Au jeu rituel de la carotte et du bâton, l’envoyé américain s’est voulu plus ferme et convaincant. La carotte, c’est la promesse d’une assistance au Liban si ses dirigeants font preuve de flexibilité, favorisent la formation d’un gouvernement et s’activent au chantier des réformes. Et le bâton, c’est la menace de sanctions frappant quiconque s’obstinerait dans l’obstruction. Cette alternative – et là réside le plus remarquable–, Hale a choisi de l’expliciter à partir du palais de Baabda, où il venait de s’entretenir avec le président de la République. C’est de là aussi qu’il a accusé le Hezbollah, allié du chef de l’État, de saper les fondations de ce même État.

Le plus saisissant toutefois est de constater à quel point, dans cette république en ruines, les intérêts nationaux les plus hautement stratégiques restent tributaires des luttes d’influence bassement politiciennes. En gelant l’envoi à l’ONU d’une demande d’élargissement de la zone économique libanaise entérinée dès 2011 en Conseil des ministres, le président Aoun n’a pas seulement paru soucieux d’un consensus national sur la question. Il n’a pas seulement achevé de dessaisir son rival, le président de l’Assemblée, du dossier vital des hydrocarbures offshore. Il n’a pas seulement cherché à éliminer de la course à la présidence le commandant de l’armée, qui passait pour le principal avocat d’une rectification de la frontière maritime avec Israël.

Car voilà que faisant assaut de modération face au diplomate américain, le général Aoun se prête clairement, désormais, au verdict des experts internationaux qui seront appelés à tracer la fatidique ligne sur la mer. Il reste que la surprise cessait d’en être une et que l’exploit virait à la pathétique quête d’une compensation, dès lors qu’une délégation de conseillers et de partisans s’en allait sonder le distingué visiteur sur les chances de rachat du dauphin présidentiel, objet de sanctions américaines …

À Moscou, le Premier ministre désigné peut se vanter d’avoir récolté, outre de nombreuses marques d’égards et d’appui, un ferme engagement en faveur de la souveraineté et de l’indépendance du Liban. Sur ce dernier point, la Russie peut effectivement beaucoup, pour peu qu’elle le désire vraiment. C’est elle en effet qui soutient à bout de bras un régime syrien voué à la déstabilisation, souvent violente, de notre pays et s’acharnant maintenant à pomper les produits de première nécessité qui reviennent aux Libanais. Toujours en Syrie, la Russie se trouve du même côté de la barricade qu’un Hezbollah érigé en État dans l’État libanais et qui, en sus d’une armée et d’une diplomatie parallèles, vient de se doter d’une chaîne de supermarchés réservés à ses fidèles.

Souveraineté, indépendance? On veut bien croire ; mais même pour une ballerine russe, il y faudrait plus d’un phénoménal, d’un prodigieux grand écart.

Issa GORAIEB

[email protected]


L’Américain David Hale à Beyrouth et Saad Hariri à Moscou : au point où en est le pays, il faut bien se réjouir de l’intérêt que lui portent les deux superpuissances américaine et russe. Quel dommage cependant que ces bons géants soient actuellement en froid et que leur précieux soutien nous soit donc prodigué en offres séparées, sinon concurrentes ! Tant qu’on y est et...