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Politique - Éclairage

Qui, quoi, comment : les sanctions qui pourraient frapper la classe politique libanaise

Au cours d’une réunion à Bruxelles lundi dernier, la France avait sollicité l’Union européenne afin « d’identifier les leviers pour renforcer les pressions sur les responsables du blocage » dans la formation d’un nouveau gouvernement.

Qui, quoi, comment : les sanctions qui pourraient frapper la classe politique libanaise

Le drapeau européen flottant devant le bâtiment de la Commission européenne, à Bruxelles. Photo File/AFP

Les diplomates européens, en premier lieu les Français, semblent décider à changer de méthode pour pousser les dirigeants libanais à agir. Les dernières déclarations en provenance du Quai d’Orsay sont claires : la France a souhaité faire remonter le dossier libanais au niveau européen afin d’envisager collectivement de nouvelles mesures. Paris a sollicité l’Union européenne afin « d’identifier les leviers pour renforcer les pressions sur les responsables du blocage », selon un communiqué du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, paru lundi dernier. Le même jour, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissaient à Bruxelles afin de se pencher sur le cas libanais. « Le service européen de l’action extérieure (service diplomatique) a été chargé d’étudier les différents moyens à disposition dans le but d’accroître la pression en vue de former un gouvernement », indique à L’Orient-Le Jour un diplomate français. Retour, en trois points, sur les enjeux de cette évolution.

Comment se prend la décision ?

Le langage à peine codé pour évoquer des sanctions à l’encontre de la classe dirigeante libanaise est de plus en plus explicite. Mais, alors que les déclarations se sont multipliées et que les menaces se précisent, le processus pourrait prendre plusieurs mois avant de se traduire de manière officielle et concrète. « L’affaire ne se règle pas en quelques semaines, le travail d’étude et de recherche lancé à Bruxelles sera suivi d’une deuxième phase d’expertise juridique » au cours de laquelle aura lieu la création d’une « base légale et d’un régime juridique adapté permettant de lister et désigner les entités ou individus à sanctionner », explique le diplomate français précité.

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Les phases administrative et juridique sont suivies d’une troisième étape politique. « Une phase de recherche de consensus pour se mettre d’accord à 27 sur les différentes options », dit le diplomate. La mise en place de sanctions nécessite une décision prise à l’unanimité. Les divergences politiques ralentissent parfois l’adoption de tels dispositifs, comme dans le cas de la Turquie où les velléités de sanctions se sont un temps heurtées aux divisions internes. Mais dans le cas libanais, la phase politique ne devrait pas poser problème. Elle devrait au contraire être facilitée par le consensus diplomatique en place parmi les États membres. L’absence de réserves ou d’opposition, « la frustration largement partagée vis-à-vis de la classe politique libanaise responsable de la situation » et le fait que « tout le monde soit déterminé à travailler ensemble sur le sujet » pourraient désamorcer l’un des principaux obstacles du processus décisionnel.

Mais un autre facteur politique pourrait entrer en jeu et affecter le calendrier : l’équipe de Bruxelles dispose certes des outils nécessaires, mais elle pourrait tenter de coordonner son action avec les États-Unis. « Les sanctions européennes ne peuvent pas être imposées sans consultation avec Washington », estime Joe Macaron, analyste au centre de recherche Arab Center Washington DC. Or « la nouvelle administration américaine ne voit pas le Liban comme une priorité, et il est difficile d’imaginer une avancée de l’initiative française sans davantage de clarté sur le dossier américano-iranien », poursuit ce dernier.

Quel est l’objectif ?

L’objectif premier est de faire plier la classe politique libanaise en la frappant de manière indifférenciée afin de la pousser au compromis dans le but de dépasser le blocage politique. Pour cela, les possibles sanctions économiques devraient être dirigées contre des personnes et entreprises appartenant à l’ensemble du champ politique. C’est la principale différence avec les sanctions américaines portant elles exclusivement sur le camp allié au Hezbollah. De portée générale, ces sanctions pourront s’incarner de manière individuelle sous plusieurs formes, « des interdictions de voyager, des gels d’avoirs, des sanctions plus symboliques, politiques ou financières... » estime le diplomate français, pour qui il revient désormais à l’administration européenne d’établir les options les plus pertinentes.

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Les sanctions ne sont qu’un outil parmi d’autres afin d’induire un changement de comportement. L’Union européenne pourrait également adopter d’autres moyens, moins classiques ou plus conciliants, afin de contraindre la classe politique libanaise à effectuer les réformes tant réclamées. D’autres leviers pourraient inclure « des démarches politiques, comme la diminution du niveau d’accès aux Européens accordé à certains politiques ou bien la réduction de certaines aides », estime le diplomate. L’ensemble pourrait s’inscrire dans le cadre d’une nouvelle stratégie globale vis-à-vis du Liban comprenant un brassage de mesures hétéroclites, « des incitations, de nouveaux compromis, ou des solutions originales », poursuit-il. Pour beaucoup, les sanctions économiques restent la seule option qui puisse encore faire bouger les choses après plus de six mois d’impasse. « À moins que la France ne prenne le risque d’imposer des sanctions à l’ensemble des politiques libanais, personne ne prendra l’initiative au sérieux », fait remarquer Joe Macaron.

Est-ce efficace ?

La politique des sanctions est peut-être nécessaire, mais elle n’est certainement pas suffisante. L’impact de ces mesures, qu’elles prennent la forme de sanctions ou d’un ensemble plus hétérogène de mesures à l’intention du corps politique libanais, reste incertain. « On l’a vu par le passé, les sanctions ne représentent pas la panacée, ni même une garantie d’amélioration de la situation », note le diplomate français. « La corruption est si profondément ancrée au Liban que des sanctions individuelles pourraient ne pas suffire », estime de son côté Joe Macaron, pour qui le précédent des sanctions américaines dirigées contre Gebran Bassil prouve que celles-ci ont pu « changer certains de ses comportements, mais n’ont pas eu de conséquences sur la formation du gouvernement ».


Les diplomates européens, en premier lieu les Français, semblent décider à changer de méthode pour pousser les dirigeants libanais à agir. Les dernières déclarations en provenance du Quai d’Orsay sont claires : la France a souhaité faire remonter le dossier libanais au niveau européen afin d’envisager collectivement de nouvelles mesures. Paris a sollicité l’Union...

commentaires (6)

Les investigations faites par des journalistes courageux, comme les Jads les Layals, les Hatoum et j'en passe bien d'autres, ont bien pointé des politiciens ainsi que leurs acolytes mafieux... l'Europe se doit de mettre la main sur ces instigations pour mettre la main sur tout l'argent volé! Si l'europe est sérieuse dans sa position envers le Liban... Bon courage à ces valeureux journalistes!!

Wlek Sanferlou

21 h 08, le 04 avril 2021

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Commentaires (6)

  • Les investigations faites par des journalistes courageux, comme les Jads les Layals, les Hatoum et j'en passe bien d'autres, ont bien pointé des politiciens ainsi que leurs acolytes mafieux... l'Europe se doit de mettre la main sur ces instigations pour mettre la main sur tout l'argent volé! Si l'europe est sérieuse dans sa position envers le Liban... Bon courage à ces valeureux journalistes!!

    Wlek Sanferlou

    21 h 08, le 04 avril 2021

  • Saisissez les biens et l argent des corrompus politiciens libanais,chez vous bien au chaud dans les banques européennes!! et rendez les a nos caisses au Liban! Voila! Facile d agir. Mais vous êtes tous partenaires de notre génocide au Liban!

    Marie Claude

    12 h 03, le 03 avril 2021

  • "L'affaire ne se règle pas en quelques semaines": en effet, peut-être que dans dix ans, cela ira un peu mieux quand les pauvres gens seront morts de faim, merci la France! Et les sanctions économiques ne toucheront que le peuple, les responsables s'en tireront toujours! Quelles idées brillantes, il suffisait d'y penser!

    Politiquement incorrect(e)

    22 h 02, le 02 avril 2021

  • Si toutes ces sanctions, s’ils décident évidemment de sauter enfin le pas, ne sont pas accompagnées d’une obligation à les traduire en justice qu’elle soit locale ou internationale -puisque notre justice craint les représailles des milices armées- il serait improductif de lancer des noms et des sommes sans parler des crimes commis sur le peuple libanais qu’ils séquestrent et pillent depuis des décennies et l’exposent aux dangers de guerres fabriquées de toutes pièces pour anéantir ses infrastructures et attentaient à la vie quotidienne de son peuple en le réduisant à l’esclavage puisque le résultat de son labeur et les économies de toute sa vie ont été confisqués, et pour se nourrir et se soigner il doit quémander son argent qu’on lui donne au compte goutte parce qu’ils en disposent pour se nourrir et fortifier leur machine de guerres et avec un autre peuple dont un nombre phénoménal se trouve sur son sol à profiter du peu qu’il lui reste à savoir l’eau, l’électricité, le travail, le pain etc... si le but des européens est de permettre à ces bandits politiques d’avoir le dernier mot pour avoir enfin un gouvernement la réponse des libanais serait NON MERCI. Vous avez assez fait de dégâts alors laissez nous dans notre mouise on se débrouillera.

    Sissi zayyat

    13 h 19, le 02 avril 2021

  • en somme prendre une decision finale au niveau de l'UE serait exactement pareil a la formation de gouvernement chez nous autres. simple comme bonjour. deja que kellon touches par une decision potentielle s'en foutent carrement tant que leur chef supreme est khamenai a la sauce libanaise

    gaby sioufi

    11 h 28, le 02 avril 2021

  • LES SANCTIONS POUR ETRE EFFICACES DEVRAIENT CIBLER DES GROUPES PAR EXEMPLE CITER LE HEZBOLLAH COMME GROUPE TERRORISTE TOUS INCLUS, IL N,E A PAS DES AILES LES AILES NE VOLENT PAS SANS LE CORPS, FRAPPER LE CPL DE SANCTIONS POUR SUPPORT AU TERRORISME CAR CES DEUX GROUPES SONT CEUX QUI RECOIVENT DES ORDRES D,IRAN, INTIMIDENT, MENACENT ET BLOQUENT TOUS LES GOUVERNEMENTS PASSES ET LA FORMATION DU PRESENT EN GESTATION. VOILA OU IL FAUT FRAPPER SINON CE NE SERA QUE DE L,AIR.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 04, le 02 avril 2021

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