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Nos Lecteurs ont la Parole

Le peuple libanais, symbole de la résurrection

Une année entière s’est écoulée depuis le premier confinement et l’isolation ne tire pas à sa fin. Une année insolite, c’est le moins que l’on puisse dire, surtout ici, au Liban. Je ne trouve plus les mots adéquats pour décrire ce que je ressens après ce long périple, d’autant que la lueur est toujours invisible et que l’obscurité ensevelit ce tunnel interminable.

Fatiguée est le premier adjectif qui me vient à l’esprit. Fatiguée de tout et de rien. Physiquement, moralement et psychiquement. Fatiguée de la situation socio-économique et géopolitique d’un pays qui ne guérit pas, d’un pays si malade qu’il ne réalise plus son mal-être, qu’il le porte désormais en lui, sur lui, comme une marque de naissance inhérente à son existence.

Fatiguée d’entendre le terme Covid et le décompte quotidien des victimes et des personnes atteintes de ce virus, d’alterner entre confinement et déconfinement, entre distanciation sociale et retrouvailles, entre couvre-feu et liberté de circulation.

Fatiguée de ces journées inlassablement répétitives ponctuées de réunions virtuelles, de productivité suspicieuse et de créativité forcée, le tout sur fond d’effondrement global, total, magistral d’un Liban disloqué, violé et violenté, roué de coups de pied, poignardé, vidé de son sang ; un Liban abandonné, inerte, agonisant sur le trottoir, tel un sans-abri que les passants ignorent en détournant les yeux.

Je ne sais plus si je m’identifie plus à ce sans-abri qu’aux passants. L’état d’impuissance est tel que je ne sais plus si je suis une victime ou une spectatrice. Un mélange des deux, je suppose, des sentiments mitigés typiquement libanais. C’est le syndrome de Beyrouth, semble-t-il, cette sensation qui fluctue entre victimisation et culpabilité, entre espoir et désespoir, entre abnégation et amour-propre, entre résilience et résignation, entre révolution et abdication.

Je fais partie d’un peuple qui a perdu ses repères, qui assiste, impuissant, désemparé, déboussolé, à la chute de sa patrie comme un château de cartes qui s’écroule.

Je fais partie d’un peuple qui a passé la majorité de son existence à espérer, à bâtir, à construire, à croire. À résister. Un peuple qui a sacrifié des années de son existence, des étapes entières de sa vie éphémère d’ici-bas à déjouer les complots, les guerres, les conspirations, les assassinats, les machinations de corruption et les explosions ! Il ne mérite pas de vivre sous l’emprise de cet absurde sentiment de culpabilité, de désespoir et de colère noire, ou de se croire atteint d’un syndrome quelconque au moment où le seul souci des citoyens du monde libre est de se faire vacciner !

Le peuple libanais a dû mourir plusieurs fois au cours de sa vie, a vu des parties de lui-même périr au long du chemin. Ce peuple a souffert, a été mis à genoux, la face enfoncée dans la boue, le cœur pulvérisé en mille morceaux. Ce peuple qui a lutté sans plier l’échine, vécu explosion après explosion, assassinat après assassinat, déception après déception, regarde désormais le monde avec des yeux ronds de stupéfaction, ébahi, meurtri, n’arrivant pas à comprendre le pourquoi, le comment des choses.

Ce peuple qui s’affaisse aujourd’hui, qui baisse les bras, qui se sent aigri, épuisé, trahi, demeure toutefois le cœur battant de cette patrie. De ce qui reste de cette patrie. Il est sa dernière planche de salut. Ce peuple patriotique et militant, qui commence à douter de lui-même, de ses décisions, de son combat, de sa raison de vivre, est pourtant le rêve inespéré de toute nation qui se respecte. Le symbole de toute résurrection. Il ne peut pas, il ne doit pas mourir. Ce peuple qui s’essouffle doit se battre jusqu’au dernier souffle. Sinon, ce serait la fin pure et définitive. Irréversible.

Il doit retrouver sa force.

La force, tu la puises quand la vie te tabasse à terre, et non quand tu virevoltes dans l’air.


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Une année entière s’est écoulée depuis le premier confinement et l’isolation ne tire pas à sa fin. Une année insolite, c’est le moins que l’on puisse dire, surtout ici, au Liban. Je ne trouve plus les mots adéquats pour décrire ce que je ressens après ce long périple, d’autant que la lueur est toujours invisible et que l’obscurité ensevelit ce tunnel interminable.Fatiguée...

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